‹ Jean De WittChapitre 69 sur 264 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Anglais y^ , dit-il, « sont maintenant maîtres de nous et des mers \ w Ces alarmes n'étaient que trop justifiées; les vaisseaux ennemis bloquaient les embouchures du Texel, et la crainte d'une descente tenait en éveil tous les habitants des côtes. Les Etats généraux ne se laissèrent pas décourager ; ils firent réparer les vaisseaux endommagés et pressèrent l'envoi de nouveaux renforts. Ils donnèrent ensuite à Tromp Tordre d'aller ofTrir le combat à la flotte anglaise, afin de la forcer à s'éloigner du Texel, où elle retenait captive l'escadre de l'amiral de With. Cette manœuvre réussit et assura la réunion des forces navales de la république.

Après avoir soutenu seul la poursuite de l'ennemi, Tromp, rejoint par les vaisseaux qu'il avait dégagés, donna le signal d'une nouvelle attaque, à la hauteur de Catwyck, en vue de Scheveningen , sous les yeux de la population des côtes, attirée par l'émotion d'un spectacle où se jouaient les destinées de la patrie. Plein de confiance dans la victoire, il s'ouvrit un passage à travers la ligne des navires anglais, afin d'y jeter le désordre ; mais le retour lui fut coupé, et il tomba frappé d'une balle ^, en prononçant ces paroles dignes de sa grande âme : ce C'en est fait de moi; mais pour vous, ayez bon courage, v II emportait avec lui ces inspirations soudaines du commandement, qui auraient pu terminer le combat en faveur des Provinces-Unies. Après trois attaques acharnées, les deux flottes se séparèrent pour rentrer, l'une dans le Texel, l'autre dans la Tamise. Les pertes étaient à peu près égales ; mais la mort de Tromp, qui mettait en deuil toute la république, paraissait plus fatale qu'une défaite. ^ Nous avons perdu w , écrivait Jean de Witt, Cl un héros de mer comme la terre en a peu porté, et comme elle en portera peut-être peu à l'avenir ^ •>■)

Il fallait lui chercher un successeur. Les États de Hollande avaient le droit de présentation au commandement de la flotte, qui était laissé au choix apparent plutôt que réel des Etats généraux. Ils y auraient volontiers appelé le vice-amiral de With, qui avait mérité leur confiance par son attachement au nouveau gouvernement; mais ils n'ignoraient point combien son caractère altier le rendait impopulaire, et ils reculèrent devant la crainte de mécon-

1 De Jonge, Histoire de la marine, t. II, p. 120.

2 Dimanche 10 août 1653.

3 L. Jean de Witt à Boreel, ambassadeur en France, 15 avril 1653.

tenter Farmée navale. Toutefois, ne voulant préférer à de With aucun autre officier supérieur de la flotte, ils mirent leurs escadres ^ sous les ordres d'un commandant de leur armée de terre, colonel d'un régiment de cavalerie, Jacques d'Obdam, seigneur de Wassenaar, qui appartenait à la première noblesse de la province et leur donnait tous les gages de fidélité politique. Jean de Witt fut envoyé auprès de lui avec quelques-uns des membres de rassemblée, pour lui faire connaître sa nomination au grade de lieutenant-amiral de la Hollande,qui préparait celle d'amiral en chef. D'Obdam, « habitué à des goûts de dépenses fort au-dessus de ses ressources, qui lui faisaient demander plus qu'on ne lui donnait, sauf à revenir, en cas de refus, sur ses petits dégoûts ^ «, voulut mettre à haut prix son acceptation. Il prétendit se faire accorder, outre la garantie d'une pension pour sa femme et ses enfants, en cas de sa mort au service , le droit de nomination aux emplois de capitaines qui deviendraient vacants, et la promesse d'une prochaine augmentation de traitement. Ses exigences empêchèrent que le titre d'amiral en chef ne lui fût reconnu , et ce fut sans être investi nominalement de cette charge qu'il en exerça les pouvoirs. a N'ayant jamais navigué que sur les canaux de la Hollande « , écrivait un contemporain % il avait besoin de suppléer, par son bon vouloir et sa bravoure, à l'expérience maritime qui lui manquait. Le concours des meilleurs lieutenants lui fut assuré par le choix de ses vice-amiraux et de ses contre-amiraux ^. L'un des premiers commandements fut donné au contre-amiral Ruyter, nommé viceamiral de Famirauté d'Amsterdam. Ruyter, qui, sous la rude enveloppe d'un homme de mer, cachait l'àme d'un Gincinnatus, opposa à son avancement une assez longue résistance. Toutefois le Grand Pensionnaire réussit, par l'autorité persuasive de ses conseils, à triompher de ses scrupules, et prépara ainsi la destinée du grand homme de guerre qui devait être appelé à rétablir, dans des temps meilleurs, la fortune chancelante de la république. L'état-

1 22 septembre 1653.

2 Mémoire Chnnut 1655 : Arch. aff. étr.

3 De Guiche, Mémoires, p. 53.

^ Deux nouveaux vice-amiraux furent adjoints à ceux qui étaient en exercice, de Witii et Evertsen. Les deux nouveaux vice-amiraux furent Pierre Floriszoon et Ruyter. Les contre-amiraux étaient Jean Verliaaf, Corneille Tromp, fils de l'ancien lieutenant-amiral, et de Boer.

Page 1