‹ Jean De WittChapitre 70 sur 264 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

major de larmée navale pouvait donc encore, malgré la mort de Tromp , soutenir sans désavantage le poids de la guerre.

De Witt n'avait en outre rien épargné pour que la république trouvât tontes les ressources nécessaires à sa défense. La lutte avec l'Angleterre était engagée depuis quatorze mois, quand il fut définitivement nommé Grand Pensionnaire, au mois de juillet 1653; mais il avait pris les devants, pour mettre les Provinces- Unies en état de la soutenir, dès que l'exercice provisoire de ses fonctions lui avait été confié ' . Désirant la paix , en étant néanmoins décidé à tout tenter pour la continuation de la guerre, il avait commencé par donner ses soins aux finances, dont la pénurie mettait obstacle à de nouveaux armements. La guerre contre l'Espagne, prolongée dans un intérêt de conquête par le stathouder Frédéric-Henri, et à laquelle la paix de Munster avait mis fin depuis cinq ans seulement, avait légué à la république une dette de 140 millions de florins portant intérêt à 5 pour 100, à laquelle s'ajoutait un fonds de 13 millions dont le remboursement était exigible^. Opposé à de nouveaux emprunts % de Witt cherchait des ressources dans les contributions volontaires, dans les retenues sur les emplois publics, dans le produit des taxes sur l'entrée et la sortie des marcliandises. Pour venir en aide plus efficacement encore aux nécessités financières, il obtenait des Etats de Hollande non-seulement l'augmentation de l'impôt sur le revenu, mais encore la levée de l'impôt sur le capitaP. En outre, il essayait de rétablir l'autorité de direction qui manquait, en se faisant accorder^ un droit de surveillance sur la conduite des affaires maritimes. Pour subvenir à l'insuffisance des forces navales, le nombre des vaisseaux de guerre était porté à quatre-vingt-six; l'amirauté d'Amsterdam achetait deux grands vaisseaux construits pour la république de Gênes; une acquisition de bâtiments se négociait avec le Danemark, et les meilleurs navires de la Compagnie des

1 Mars 1653.

2 Delacourt, Principes et maximes politiques, p. 305.

3 II n'y eut pendant la première guerre d'Angleterre qu'un seul emprunt de 800,000 florins, à la date du 25 juin 1654.

^ Un impôt commença par être levé au taux du 200^ denier sur tous les revenus qui excédaient 1,000 florins. L'année suivante, il fut abaissé au 1000» denier, sur tous les revenus qui excédaient 300 florins; le produit qu'il rapporta ne dépassa pas 400,000 florins.

^ Résol. Hollande , 15 et 16 juillet 1653.

Indes étaient mis en réquisition. De Witt prit avec la même sollicitude les mesures nécessaires, soit pour Famélioration de Tartillerie, soit pour Tenrôlement d'un plus grand nombre de matelots, auxquels une augmentation de paye fut promise. Pour se prémunir contre la défection des troupes écossaises qu'ils employaient, les Etats de Hollande leur demandèrent de nouveaux serments et laissèrent aux officiers et soldats qui n'étaient pas disposés à prendre parti contre le Parlement, la liberté de quitter leur service ^

De leur côté^ les Etats généraux^ exhortèrent matelots et soldats à faire leur devoir, promettant des secours et des pensions aux blessés et aux veuves, et offrant des récompenses à tous ceux qui se signaleraient par Tabordage et la prise des vaisseaux ennemis. Ils ne se contentèrent pas de ces encouragements : pour rétablir la discipline, ils menacèrent de la peine de mort^ tout capitaine qui refuserait d'obéir au signal de l'attaque. Les exemples de patriotisme qui étaient donnés rendaient leur tâche plus facile à remplir. Un professeur de théologie, Robert Junius, demandait à aller remplir sur la flotte son pieux ministère. Le secrétaire d'Amsterdam , Gérard Hulst , s'offrait comme volontaire et équipait à ses frais vingt-quatre matelots, s'engageant à payer leur solde et leur nourriture. Le ministre des Etats généraux à Stockholm , Van Beuningen , se déclarait prêt à supporter tous les sacrifices, « quels que fussent les impôts ou les emprunts * 5) , et offrait de concourir pour 6,000 florins aux dépenses de la guerre ^

Un nouveau désastre rendit inutiles ces préparatifs de défense. Avant que la flotte eût repris l'offensive , elle fut assaillie par une terrible tempête ® qui lui fit subir des pertes irréparables et détruisit les espérances de la nouvelle campagne. Les Provinces-Unies n'étaient pas en mesure de supporter la prolongation d'une guerre qui leur imposait une dépense annuelle de 800,000 livres. Les sources de revenu qui avaient toujours entretenu la richesse de l'Etat, telles que la pêche et le commerce, étaient presque taries;

1 Résol. de Hollande, 15 et 16 juillet 1653.

2 Résol. États généraux, 4 août 1653.

3 Secrètes Notules États généraux, juillet et août 1653.

4 L. Van Beuningen à de Witt, 19 juillet et 9 août 1653.

^ Il offrait ces 6,000 florins pour équiper et entretenir pendant six mois 150 matelots de choix.

^ Novembre 1653.

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