CHAPITRE PREMIER
provinces wallonnes, l'Artois et le Hainaut. En même temps, les jalousies et les discordes intérieures détruisirent Fœuvre commencée. L'assassinat du prince d'Orange et la prise d'Anvers par le duc de Parme portèrent à l'Union des coups irréparables. Enfin les hésitations du roi de France Henri III, qui ne sut accepter ni pour son frère le duc d'Anjou, ni pour lui-même la souveraineté des Pays-Bas , lassistance équivoque donnée aux Provinces-Unies par la reine d'Angleterre Elisabeth, l'administration désordonnée et violente de son envoyé, le comte de Leicesler, qui aboutit à des tentatives audacieuses d'usurpation de pouvoir, laissèrent les provinces méridionales des Pays-Bas à leurs anciens maîtres.
L'Espagne n'en restait pas moins réduite à la défensive. La diversion tentée par Philippe II contre l'Angleterre et la destruction de son invincible Armada, son intervention dans les guerres civiles de France, au profit de la Ligue, le désarmaient dans les Pays-Bas. Il ne put dès lors empêcher le fils de Guillaume I", Maurice d'Orange, de s'emparer * des places fortes, telles que Nimègue et Groningue, qu'il avait jusqu'alors gardées en son pouvoir. L'indépendance des Provinces-Unies fut mise hors de toute atteinte par l'alliance conclue avec Henri IV et renouvelée avec Elisabeth ^. La trêve de douze ans ^ aurait mis fin aux hostilités, si la France n'avait été intéressée à les faire reprendre, pour s'assurer une aide puissante contre l'Espagne avec laquelle elle restait en lutte.
Pendant vingt-sept ans *, l'Espagne et les Provinces-Unies se disputèrent la possession du Brabant, dans une série de sièges qui illustrèrent la science militaire du prince d'Orange, Frédéric- Henri, et du général espagnol Spinosa, mais sans renouveler l'ancienne animosité entre les puissances belligérantes. Enfin battue et écrasée àRocroy par la France % épuisée par les dépenses d'une guerre qui lui avait coûté, depuis quatre-vingts ans, près de deux milliards , craignant de perdre les provinces qui lui restaient
encore et renonçant à reconquérir celles qu'elle avait perdues, TEspagne rechercha la paix à tout prix. Elle s'estima heureuse de désarmer les Provinces-Unies, en les reconnaissant par le traité de Munster ' comme un Etat libre et souverain.
La petite république avait vaincu le grand empire. Quelle victoire féconde en surprises de tout genre! D'un côté, la monarchie espagnole, dont l'Atlantique et la Méditerranée semblaient être les vassales, jouissant d'un climat privilégié et d'un territoire fertile, pouvant s'enorgueillir des villes les plus magnifiques et les plus populeuses : Madrid, Cadix, Grenade, Tolède, Valladolid et Lisbonne récemment conquise; maîtresse de la Sicile, de la Lombardie, des Flandres; portée par Christophe Colomb jusqu'aux confins d'un nouveau monde dont les trésors paraissaient inépuisables; occupant le tiers de la terre connue, sans 'que le soleil se couchât jamais sur ses possessions; disposant des plus grands hommes de guerre, d'une infanterie d'élite, de la marine commerciale et militaire la mieux équipée et la plus nombreuse du siècle. D'autre part, pour supporter contre l'Espagne le poids de la résistance, voici la Hollande : c'est une petite province à demi submergée par les eaux de la mer, couverte en partie de sables et de marécages. L'homme n'y est pas né de la terre : c'est la terre qui y est née de l'homme, par l'ouvrage de l'homme, et c'est sur l'Océan que la terre a été conquise par l'établissement des digues, prodigieux travail qui donne la mesure de la laborieuse industrie et de l'infatigable vigilance des habitants. Le sol y est réduit à cent mille acres de plaines labourables qui, ensemencées en blé, n'auraient pu donner que deux livres de ^pain à chaque habitant. Sa population, qui bientôt, en moins d'un demi-siècle, augmentera du double, compte à peine 1,240,000 habitants, au commencement de la guerre de l'indépendance. Elle est gouvernée presque exclusivement par des marchands et des artisans, et n'a que peu de ressources à attendre des autres provinces qui ont fait avec elle cause commune; mais elle supplée à tout ce qui lui manque : elle trouve à son service des hommes d'État, des hommes de guerre, des soldats, toute une génération de citoyens à laquelle aucun sacrifice ne coûte pour devenir et pour rester libre, et qui