‹ Jean De WittChapitre 73 sur 264 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

est un des plus galants hommes; il a fait de plus grandes choses qu'aucun homme de son temps; je le respecte et Fhonore autant qu'aucun homme vivant, et je vous en prie, qu'il le sache de ma part * . ))

Les États généraux avaient cherché à la détourner de cette préférence donnée à leur ennemi , et le choix de leur ministre fut calculé en vue de gagner ses bonnes grâces. Ils envoyèrent à la cour de Stockholm leur diplomate le plus instruit et le plus lettré, Conrad Van Beuningen. La conversation du jeune ambassadeur, qui était aussi sérieuse que brillante, si l'on en peut juger par le ton de sa correspondance diplomatique, devait le faire rechercher par une reine qui avait le goût du bel esprit. Van Beuningen, qui espérait réussir à la rapprocher des Etats généraux en flattant sa vanité , accepta avec empressement ses offres de médiation^; mais il ne tarda pas à reconnaître que la reine était trop engagée en faveur du gouver nement anglais, pour que son arbitrage pût donner aucune garantie. Dominée par le ministre d'Espagne, Pimentel, l'ennemi déclaré des Provinces-Unies, dont elle avait fait son favori, se défiant^ des négociations engagées par les Etats généraux* pour pacifier les différends entre le Suède et la Pologne , elle semblait ne chercher qu'une occasion de rupture et pressait ouvertement le roi de Danemark de manquer aux engagements qu'il avait pris avec la république. Van Beuningen réussit au moins à retarder une déclaration de guerre qui aurait été un nouveau désastre pour son pays. Christine ne signa ^ le traité d'aillance de la Suède et de l'Angleterre avec l'ambassadeur de Cromwell , Whitelocke , qu'à la veille de sa propre abdication, et au moment où les Provinces-Unies allaient prévenir le danger de cette coalition, par une paix devenue chaque jour plus nécessaire.

De Witt n'avait cessé d'adresser ses conseils à Van Beuningen, en lui recommandant de s'employer à gagner du temps. Dès Pépoque où il ne faisait encore qu'assister le grand pensionnaire Pauw

* Whitelocke, Journal de son ambassade, t. I, p. 251. — Guizox, Histoire de la république d'Angleterre, t. II, p. 73.

2 L. de Witt à Beuningen, 16 février 1653. — L. man. Jean de Witt à Jacob de Witt, 3 février 1853.

3 AÏTZEMA, t. II, p. 781.

* Jacob de Witt , père de Jean de Witt , était l'un de ces négociateurs, s 28 avril 1654.

d'Hcemstede , il écrivait à raml)assadeur des Elats généraux à Stockholm : '^ Quant aux circonstances où vous vous trouvez en ce moment, d'après mon avis, il faudrait, d'un côté, ne pas tendre la corde de manière à la faire casser ; de Tautre, ne pas la laisser flotter, ce qui indiquerait qu'on désespère du succès; et je puis bien remarquer que, pour passer entre ces deux écueils sans faire échouer le navire, il faut beaucoup de dextérité et de circonspection, approchant tantôt de Tun, tantôt de l'autre, selon le changement du vent et de la marée : il n'y a pas, pour le meilleur des pilotes, une occasion plus insigne de déployer son art. Dieu veuille lui envoyer un vent meilleur que celui qui a soufflé jusqu'à présent, afin de l'amener à bon port; car je craindrais que, malgré toute son activité et sa vigilance, il ne passât que très-difficilement \ ^5

Les États généraux, ne pouvant rien attendre du Danemark et ayant tout à craindre de la Suède, n'avaient guère été plus heureux dans leurs relations avec les villes hanséatiques, Hambourg, Brème, Lubeck , qui auraient pu leur venir utilement en aide par le nombre de vaisseaux dont elles disposaient. Ils avaient inutilement négocié avec leur représentant à la Haye, Léo Aitzema, érudit en même temps que dipiomate, qui plus tard fit la première publication de toutes les pièces officielles intéressant Thistoire de la république. Ils n'obtinrent pas un meilleur succès de l'ambassade qu'ils y envoyèrent, et dont le père de Jean de Witt, Jacob de Witt, avait la principale direction. Les lettres fréquentes qu'il échangea avec son fils ^ rendent compte de l'accueil peu favorable fait à ses propositions. Intéressées à la ruine du commerce de la république, les villes hanséatiques ne cherchèrent qu'à tirer parti de ses malheurs pour lui enlever la navigation de la Baltique : malgré leur déclaration de neutralité, l'Angleterre ne cessa de s'approvisionner à Hambourg de toutes les munitions de guerre dont elle avait besoin.

Dans la Confédération germanique, les dispositions à l'égard des Provinces-Unies étaient incertaines et n'avaient peut-être pas été suffisamment ménagées. C'était en vain que de Witt avait pressé l'envoi d'une ambassade à la Diète ^. « Lorsque Leurs Hautes Puis-

^ L. de Witt à Van Beuningen, 18 novembre 1653.

2 L. man. Jacob de Witt à Jean de Witt, janvier, avril 1653.

3 Geddes, p. 266.

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