‹ Jean De WittChapitre 74 sur 264 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

sances m'ont employé en Allemagne » , lui écrivait le ministre des États généraux en France, Boreel\ ce j'y ai trouvé beaucoup d'inclination. Les Allemands s'accorderaient mieux avec nous que personne, et tiendraient mieux leur parole. Ils sont les plus proches voisins de la république, et s'ils entraient avec elle dans une étroite alliance, elle n'aurait besoin de rechercher celle de personne. " Mais la difficulté de traiter avec un aussi grand nombre de princes, souvent rivaux les uns des autres, la crainte de n'obtenir qu'à prix onéreux des alliances inutiles et peut-être trompeuses, avaient rendu les Provinces-Unies indifférentes aux relations avec l'Allemagne. Les malheurs de la guerre qu'elles soutenaient contre l'Angleterre ne leur permettaient plus de tenter avec succès des avances qu'elles n'avaient pas su faire en temps opportun. Elles s'étaient tenues à l'écart de l'électeur de Brandebourg, qui, en sa qualité d'oncle du jeune prince d'Orange, encourait la défiance des chefs du gouvernement de la république. A Vienne, l'empereur Ferdinand III, affaibli par l'âge, gouverné par son ministre favori, le comte d'Aversperg, leur témoignait des dispositions plutôt malveillantes que favorables. Elles se croyaient en outre menacées par le corps d'observation de 4,000 hommes que les princes et les villes du cercle de Westphalie armaient sur leurs frontières. Elles craignaient que Cromwell n'en fît, par ses subsides, des troupes auxiliaires de l'Angleterre, et redoutaient une diversion qui les aurait mises hors d'état de se défendre sur terre , pendant que la guerre maritime absorbait toutes leurs forces.

L'attitude de l'Espagne leur donnait encore plus d'inquiétudes. Obligée de reconnaître leur indépendance, l'Espagne ne pouvait leur pardonner de l'avoir conquise. Le voisinage de ses possessions des Pays-Bas perpétuait entre les deux Etats des différends sans cesse renaissants. L'établissement d'un tribunal mixte, appelé chambre mi-partie^ auquel ces contestations devaient être soumises, avait été une mesure de précaution insuffisante pour les régler. Les démarches faites par la cour de Madrid pour se ménager l'alliance de Cromwell qu'elle disputait à la France, achevaient de rendre précaires ses rapports pacifiques avec les Etats généraux. L'ambassadeur qui la représentait auprès d'eux, Antoine Le Brun,

* L. Boreel à de Witt, 24 octobre 1653.

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était traité avec défiance à la Haye, malgré les grandes qualités qui le faisaient appeler par l'un de ses contemporains ^ « l'un des meilleurs hommes d'Etat de la chrétienté, et le plus capable de comprendre les intérêts de tous les pays de l'Europe « . — " Quoiqu'il fût subtil autant que sage, il avait fait une fausse démarche que les Etats de Hollande ne pouvaient lui pardonner. Il avait proposé au stathouder Guillaume II de lui venir en aide dans son coup d'Etat, en lui faisant offrir les armes du roi son maître pour la soumission d'Amsterdam. Le prince d'Orange lui avait noblement répondu que le roi d'Espagne n'avait que faire de se mêler des affaires du pays, et que s'il faisait avancer ses troupes, on verrait bientôt toutes les forces de l'Etat réunies pour s*opposer aux étrangers. L'ambassadeur, voulant réparer sa première faute, en avait commis une seconde, en demandant aux Etats de Hollande une audience solennelle, pour les complimenter sur l'accord qui avait été conclu. Dès qu'ils en connurent le sujet, ils le firent prier de trouver bon qu'on la remît à une autre fois, de sorte qu'il fut obligé de s'en retourner avec une espèce d'affront^. » Résolu à s'en venger, l'ambassadeur espagnol se montrait contraire à toute politique de rapprochement avec la république des Provinces-Unies.

La seule puissance sur laquelle, en d'autres temps, les Etats généraux auraient pu utilement compter, s'était peu à peu détachée de leur cause. La France avait cessé d'être pour eux l'alliée d'autrefois. La paix de Munster, qu'ils avaient conclue avec l'Espagne, leur avait fait encourir les ressentiments du gouvernement français. Leur commerce maritime avait été ruiné par des pirateries dont ils ne pouvaient obtenir justice, et ils se préparaient à tirer parti des troubles de la Fronde pour exiger une réparation, lorsque les malheurs de la guerre contre l'Angleterre, en venant les surprendre, leur firent sentir la nécessité d'une réconciliation. Leur ambassadeur à Paris reçut l'ordre de négocier un traité qui leur assurât l'appui dont ils avaient besoin.

Us étaient représentés auprès du gouvernement français, depuis l'année 1650, par Guillaume Boreel, baron de Vrendijke, qui avait commencé par être avocat de la Compagnie des Indes orientales et

* Clarendon, Mémoires, Antoine Le Brun mourut à la Haye, au commencement de l'année 1654.

2 WiCQUEFORT, Traité de V ambassadeur et de ses fonctions, p. 214. Edition 1677.

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