CHAPITRE III
était devenu pensionnaire d'Amsterdam. Il avait rendu à la république de nombreux services diplomatiques auprès des cours du Nord , et plus tard en Angleterre, quand il avait été chargé d'offrir une médiation entre Charles I" et le Parlement. Resté fidèle à la maison d'Orange, au service de laquelle son fils fut employé, il n'avait pas la confiance des Etats de Hollande, quoiqu'il cherchât à la mériter par la régularité de sa correspondance, ce II se laissait facilement prendre aux espérances de renouvellement d'alliance qui lui étaient données, et se montrait plein de confiance dans le succès de ses négociations ^ 5) Attaché à la politique traditionnelle de l'alliance des deux pays, il professait en faveur de la descendance royale de Henri IV les sentiments les plus monarchiques. Douze ans plus tard, occupant encore les fonctions d'ambassadeur en France qu'il remplit jusqu'à sa mort, il rappelait à l'un des ministres de Louis XIV, à l'occasion de la naissance du duc d'Anjou, a qu'en sa première jeunesse, en 1603, il avait senti sur sa tête la main guerrière et bénigne du grand roi Henri, et avait lors reçu la bénédiction royale qui l'avait à tout jamais attaché à sa postérité ^ v „
Les bonnes dispositions du gouvernement français, sur lesquelles Boreel croyait pouvoir compter, étaient plus apparentes que réelles. Détourné par la victoire du Parlement et par le triomphe de Cromwell de tout projet d'assistance en faveur de la cause royale, Mazarin mettait désormais son ambition à obtenir les bonnes grâces du Protecteur qu'il voulait à tout prix enlever à l'Espagne. Mais, d'autre part, il tenait à ne pas rebuter les Etats généraux. Il craignait qu'une fois abandonnées par la France, les Provinces- Unies ne fissent la paix avec l'Angleterre et ne se prêtassent , par désespoir, à l'union des deux républiques, rêve orgueilleux de Cromwell. Il était donc intéressé à leur donner assez d'encouragements, pour les décider à continuer une guerre qui servait tous ses desseins, en affaiblissant, au profit de la France, les deux grandes puissances maritimes de l'Europe.
Une fois vainqueur de la Fronde et rentré à Paris, il fit son programme de cette politique à deux fins. Le résident français. Brasset, affaibli par l'âge, suspect au parti républicain par son attache-
1 L. Mazarin à Ghanut, 14 novembre 1653 : Arch. aff. étr.
2 L. man. Boreel à Lionne, 11 août 1668. Id.
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ment à la maison d'Orange, ne lui paraissait pas pouvoir être employé utilement à ce manège diplomatique. Loin de se montrer disposé à récompenser les longs et fidèles services « dans lesquels Brasset avait blanchi et s'était rendu presque aveugle par un continuel labeur de quarante ans ^ w , Mazarin résolut de le remplacer. Pour gagner la confiance des Etats généraux, il fit choix d'un ambassadeur extraordinaire, Pierre Chanut^. Trésorier de France à Riom, Chanut était entré dans la carrière diplomatique et s'était déjà signalé par son ambassade en Suède. Sa correspondance manuscrite, dont le mérite littéraire lui fait honneur, révèle les qualités du négociateur, aussi bien que celles du moraliste et du philosophe chrétien. D'après la curieuse relation d'un voyage contemporain % « il avait ce qu'il faut pour plaire dans une république, joignant aux dons les plus rares d'un esprit à la fois délié et élevé le mépris de toute pompe et de toute vanité , et semblant s'étudier à ne vivre qu'à la stoïque ^) .
Fidèle à ses instructions, Chanut fit aux Etats généraux des avances calculées. Il commença par accorder à leurs députés, en leur donnant la main le jour de sa première audience, une satisfac tion d'étiquette que son prédécesseur, le président de Bellièvre, leur avait refusée quelques années auparavant. Il « exagéra w ensuite, d'après les termes mêmes des dépêches qu'il avait reçues, « le déplaisir que la guerre d'Angleterre donnait à la cour de France ^ 5) , voulant empêcher qu'on ne la soupçonnât d'encourager la continuation des hostilités, mais assez circonspect pour éviter en même temps toute déclaration qui aurait pu donner ombrage à Cromwell. Il entreprit en outre de rassurer les chefs du gouvernement républicain inquiets de la préférence que la France avait jusqu'alors accordée au parti orangiste, et il eut l'art de se ménager d'étroites relations avec de Witt, ainsi qu'avec les principaux membres des Étals de Hollande.
Néanmoins, ceux-ci n'étaient pas disposés à être les dupes de ses bons procédés, et n'espérant pas s'assurer l'appui douteux du gou
1 L. Brasset, l^r janvier 1654 : Arch. aff. étr.
2 Chanut était né en 1600. Il mourut en 1662.
^ Journal d'un voyage à Paris en 1657-1(558, p. 138.
4 Voir Instruction de Chanut, 10 décembre 1653 : Arch. aff. étr. : Correspondaîice de Hollande, t. III.