‹ Jean De WittChapitre 76 sur 264 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

veriienient français, à moins de céder à toutes ses exigences, ils ralentirent, sans l'interrompre, le cours des négociations. De Wilt avait démêlé de bonne heure le jeu delà politique française, qui tendait à se servir de la république, au lieu de la servir. Avant d'être nommé Grand Pensionnaire, il avait déjà découvert les projets persévérants de la cour de France, qui ne désespérait pas de faire rompre la paix de Munster conclue par les Provinces-Unies avec l'Espagne. Pour les y intéresser, elle leur offrait les places de Gravelines et de Dunkerque serrées de près par les Espagnols , voulant engager ainsi la république dans un conflit qui la remettrait aux prises avec ses anciens ennemis; mais elle n'avait pu jusqu'alors faire accepter ces propositions. Mazarin les reprenait avec plus d'instance et prétendait imposer aux Etats généraux comme prix de l'intervention de la France contre l'Angleterre, une déclaration de guerre à l'Espagne, qui permettrait à la France la conquête ou le partage des Pays-Bas. De Witt considérait ce voisinage comme trop redoutable , pour s'engager dans une entreprise qui serait inévitablement funeste à l'indépendance de la république. Fermement décidé à suivre vis-à-vis de la France une ligne de conduite dont il ne s'écarta jamais, il ne voulut pas, pour rendre meilleure la situation présente des Provinces-Unies, sacrifier, au détriment de leur sécurité, les garanties de l'avenir. Quels que fussent les avantages de Failiance française, il aima mieux ne pas traiter, que traiter à des conditions dont il ne pouvait se dissimuler les périls. Ayant pris dès lors le parti d'éluder un accord avec la France, il ne continua les négociations que dans l'espérance d'en tirer parti, pour sortir des embarras de la guerre avec l'Angleterre. Les Provinces-Unies se trouvaient donc réduites à ne compter que sur elles-mêmes, pour prolonger une lutte inégale. En outre, la situation intérieure leur imposait une prompte conclusion de la paix. Les divisions renaissantes des partis avaient achevé d'affaiblir la république et l'exposaient aux coups de ses ennemis. Van Beuningen écrivait de Stockholm à de Witt, avant qu'il eût été nommé Grand Pensionnaire : u L'Etat, par ses délibérations intempestives et turbulentes sur le stathoudérat, est sur le point d'être méprisé à l'étranger*. )•> — « La prolongation des disputes

1 L. Van Beuningen à de Witt, 5 octobre 1652.

sur le gouvernement du pays v , ajoutait-il dans une autre lettre*, a étend son mauvais effet jusque sur la cour de Suède, fait gloser à notre désavantage, et encouragera peut-être des projets funestes. ^5 Dix mois plus tard, Beverningh confirmait ce témoignage : « On compte tellement en Angleterre 55 , écrivait-il de Londres, a sur les mutineries et les désordres dans notre Etat, que nos ennemis se croient suffisamment assurés qu'avec les embarras de leurs armes s'y joignant du dehors, nous serons réduits à souscrire à toute espèce de condition ^. v Tant que le stathoudérat désormais vacant n'avait pas été définitivement Remplacé par la domination de la Hollande, ci il manquait une maîtresse pièce à la structure de la république ^ 55 . 't Ce point d'union que nous avions, par le moyen d'une tête qui nous guidait au moins, si elle ne nous commandait, étant ôté ^ " , écrit-on dans un ouvrage du temps, « il est à craindre que nous venions à nous brouiller entre nous, chaque ville ne pensant qu'à son intérêt, chaque province ne cherchant que ce qu'elle croit lui être avantageux, et chaque particulier ne travaillant qu'à agrandir sa famille aux dépens du public, i?

Le système de gouvernement établi par l'Assemblée Générale des provinces, et qui était contraire aux anciennes traditions de la république, ne paraissait pas avoir assez de stabilité pour résister au choc d'une guerre malheureuse. La maison d'Orange trouvait dans les épreuves que traversait le nouveau gouvernement un retour de crédit et de popularité qui semblait menacer le parti dominant d'un brusque changement de fortune. « La fidélité du peuple se réveillait. Il était encore rempli du souvenir des services dont il était redevable aux princes d'Orange qui l'avaient affranchi du joug de l'Espagne, et s'était accoutumé pendant tant d'années à vivre sousleur gouvernement, qu'il regardait ce qui restait d'eux comme étant appelé à exercer leur autorité \ » Aussi, « bien que les Etats de Hollande eussent voulu faire craindre dans le prince d'aujourd'hui le fils du dernier prince Guillaume, le peuple n'y voyait que l'héritier de Guillaume, de Maurice et de Frédéric-Henri, et son

1 L. Van Beuningen à de Witt, 21 octobre 1652.

2 L. man. Beverningh à de Witt, 11 juillet 1653.

3 L. Ghanut, 22 juillet 1653 : Arch. aff. étr.

^ Journal d'un voyage à Paris en 1657-1658, p. 3. ^ Pomponne, Mémoires, p. 28. ,

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