CHAPITRE
âge, que les États opposaient comme un obstacle à son élévation, ne faisait que Tatlendrir en sa faveur S^ . Le clergé calviniste entretenait soigneusement ces dispositions. Les ministres protestants, mécontents de n'avoir pu faire partager leurs passions d'intolérance religieuse à l'Assemblée Générale, étaient en outre restés attacbés aux intérêts de la maison d'Orange, par le souvenir des services qu'elle avait rendus à la religion réformée. Ils ne cessaient de les invoquer comme un reproche de Tingralitude du parti républicain, et affectaient de recommander dans les prières publiques le jeune fils de Guillaume II comme l'héritier des charges de son père, sans tenir aucun compte du pouvoir souverain qui appartenait aux députés de la province.
Les États de Hollande ne s'étaient pas laissé intimider par ces témoignages de regret et de mécontentement. Résolus à se faire reconnaître comme les successeurs légitimes des princes d'Orange, ils voulaient supprimer les honneurs rendus aux anciens stathouders. Ils demandèrent^ que l'ordre de remplacer le pavillon du prince par celui des États généraux fût adressé par les conseils d'amirauté aux chefs de la flotte, sans pouvoir néanmoins obtenir que la résolution fut mise aux voix dans l'assemblée fédérale ^ Ils n'osèrent pas y donner suite, dans la crainte de mécontenter les matelots qui venaient de se mutiner à Amsterdam, en réclamant le payement de leur solde entière; mais ils se dédommagèrent en changeant les drapeaux de la bourgeoisie, sur lesquels les armes de la maison d'Orange avaient été jusqu'alors conservées. Ils se prémunirent en outre contre les abus de la presse et de la parole qui pouvaient mettre leur pouvoir en péril. D'après- une résolution proposée par Jean de Witf^, et écrite de sa main sur le registre des Etats, ils menacèrent des peines les plus sévères les auteurs et imprimeurs de pamphlets et de publications séditieuses. Pour empêcher également les prédicateurs de faire de leur ministère un instrument de désordre, ils leur défendirent toute allusion aux affaires publiques ^ La chaire fut même provisoirement inter(]ite
1 De Guiche, Mémoires : Introduction, p. 77.
2 Juin 1652.
^ Le président, qui était un député de la Frise, s'y opposa. 4 Uésol. Hollande, 3 août 1652. ^Résol. Hollande, 3 août 1652.
à l'un d'eux, Jacob Siermoiit, qui, secrètement encouragé par les partisans de la maison d'Orange, donnait libre cours à ses invectives et dénonçait les Etats de Hollande comme des usurpateurs dont Dieu saurait faire justice. Ainsi que l'écrivait à Jean de \l itt le pasteur Hultius, l'un de ceux qui, par une rare exception, se montraient satisfaits, « il fallait que les prédicateurs se contentassent de leur vocation, qui est d'étudier et de prêcher la parole de Dieu, et de visiter les pauvres affligés ainsi que les malades ' « .
Les tristes déceptions de la guerre d'Angleterre rendaient ces précautions insuffisantes, en donnant un irrésistible élan au mécontentement populaire^. Le spectacle des flottes de la république ^ jadis victorieuses de l'Espagne et maintenant vaincues par l'Angleterre, paraissait être le châtiment du parti républicain, ainsi puni d'avoir enlevé le pouvoir au dernier héritier des princes d'Orange, Le rétablissement des charges civiles et militaires en faveur du fils de Guillaume II était dès lors réclamé comme le gage assuré d'une meilleure fortune. Des écrits répandus à profusion rappelaient l'exemple de la France qui,* au quinzième siècle, avait chassé les Anglais, en leur opposant une jeune fille. Les partisans de la maison d'Orange invoquaient le souvenir de Jeanne d'Arc, afin de faire accorder la même confiance à un enfant au berceau, qui avait pour ancêtres les fondateurs et les protecteurs de l'indépendance du pays. Une lettre écrite à Jean de Witt par son oncle Van Sypesteyn n'est qu'un long cri de détresse et signale, avec la vivacité d'impressions d'un témoin peu suspect, le courant irrésistible de l'opinion publique, u Je ne peux pas vous dissimuler 55 , lui écrit-il ^ avec un luxe de citations littéraires qui n'exclut pas la sincérité de l'émotion, « ce que j'entends chaque jour avec un grand chagrin. C'est un dire et un sentiment général que le pays est trahi, comme si les Messieurs de Loevestein l'avaient livré. Il me semble , ayant le temps de bien rechercher les sentiments du peuple, que le vieil Esprit de trouble, ou bien le fantôme du prince défunt, a été envoyé de nouveau sur terre pour mettre tout le pays en guerre. Le malheur nous vient probablement de ceux qui devaient faire entendre dans le peuple la trompette de la paix et de
1 L. man. Hullius à de Witt, 30 mars 1652.
2 L. man. de Witt à Bréderode, i*»- juillet 1653. 2 L. man. Sypesteyn à de Witt, 7 juillet 1653.