CHAPITRE IJI
trats. ce Nous sommes les magistrats 5) ,leur répond la foule; « nous sommes les bourgmestres; nous ne voulons pas que vous entriez, i? Après avoir vainement parlementé jusqu'au soir, ils sont obligés de repartir. En route, ils sont rejoints par les délégués du conseil de la ville, qui leur donnent des espérances d'accord dont ils doivent se contenter. Le succès de cette insurrection était un exemple qui pouvait devenir contagieux.
C'était contre Jean de Witt et sa famille que les passions populaires se déchaînaient avec le plus d'animosité. Les fonctions de Grand Pensionnaire, qu'il remplissait à titre provisoire depuis quelques mois, et dans lesquelles il s'était signalé par son énergie, le faisaient considérer par le parti orangisle comme Tennemi public dont il fallait se débarrasser pour renverser le gouvernement des Etats, qui trouvait en lui le plus vaillant défenseur. Son père, Jacob de Witt, qui siégeait dans l'assemblée de Hollande comme bourgmestre de Dordrecht, faillit être la victime d'un assassin. Comme il rentrait à son logis \ accompagné du secrétaire des États, Beaumont, il fut abordé par un passant, qui lui dit en lui montrant le poing : ce Je vous apprendrai à parler contre le prince. « Quelques pas plus loin, on vint à sa rencontre, pour l'informer qu'un homme inconnu avait frappé à sa porte et avait tiré une arme, en disant qu'il en ferait usage le soir même. Peu s'en fallut qu'il ne mît à exécution son sinistre projet, aux abords de la demeure de Jacob de Witt, où il avait été l'attendre. Les Etats, informés de cette tentative de meurtre, chargèrent la cour de justice de faire procéder à une instruction criminelle ^. A Rotterdam, Corneille de Witt n'osait sortir le soir sans une escorte de serviteurs ^ Six semaines plus tard, Jean de Witt, à qui la charge de Grand Pensionnaire venait d'être définitivement confiée *, fut à son tour exposé aux ressentiments d'une multitude égarée qui menaçait les États de Hollande d'une révolution '.
Le désordre, encouragé par l'audace croissante du parti orangiste, avait recommencé à la Haye, par une réunion tumultueuse d'enfants
ï 24 juin 1653.
2 Résol. Hollande, 25 juin, et L. man. Van Sypesteyn à de Witt, 7 juillet 1653.
3 L. man. Corneille de Witt à Jean de Witt , 10 îuin, 17 juillet 1653. ^ 30 juillet 1653.
s 8 août 1653.
qui, pour fêter le retour du jeune prince d'Orange, s'amusaient à parader avec des drapeaux et des écharpes de papier portant ses couleurs. L'ayant aperçu à sa fenêtre dans les hras d'une des femmes à son service , ils firent sonner leurs trompettes en son honneur et le saluèrent de leurs acclamations. Les Etats, craignant que cette manifestation ne fût le signal de Tinsurreclion , donnent l'ordre de la faire cesser; mais les parents interviennent, et quand Tavocat fiscal ou officier de justice Corneille Boys s'avance pour disperser les attroupements, un barbier le repousse, en proférant contre lui les plus grossières injures. Aussitôt la foule s'ébranle; elle est contenue par la cavalerie appelée en toute bâte et qui menace de faire emploi de ses armes, pour la faire reculer; mais à la faveur de la nuit, les mutins reviennent à la charge. Ils se divisent en deux troupes, dont l'une va casser les vitres de la maison occupée par Tavocat fiscal , tandis que l'autre se porte aux mêmes excès devant la demeure des députés de Dordrecht et d'Amsterdam, que le parti orangiste considérait comme les principaux chefs du parti républicain. La maison du Grand Pensionnaire faillit être pillée. « Où est ce coquin, ce traître, cet ennemi du prince? •) criaient à sa porte les plus forcenés, qui l'accoutumaient ainsi, dès les débuts de sa vie publique, aux imprécations de la haine populaire. Les Etats, pour se protéger contre ces violences, appelèrent dans la ville de nouveaux renforts. Néanmoins, ils ne s'y trouvaient plus en sûreté, et, craignant la contagion de la révolte, ils se préparaient déjà à abandonner la Haye, })our aller siéger à Delft, ville forte où leur assemblée pouvait être plus facilement défendue contre un soulèvement \ C'en était fait du nouveau gouvernement, si l'audace de l'attaque eût fait fléchir l'énergie de la résistance. Le soulèvement de la Zélande rendait le danger d'autant plus menaçant. Le parti orangiste venait de reprendre possession de cette province, en donnant, dans la ville de Ter-Gocsle signal d'un changement de gouvernement^. Le drapeau d'Orange arboré sur la tour de Middh bourg, semblait déjà enjoindre aux Etats de donner satisfaction au vœu populaire. Ils s'y soumirent de bonne grâce et chargèrent leurs députés à l'assemblée fédérale de demander la
^ Thurloe, State papers, 8 août 1653.
*^ L. man. de Witt à Bcvcrninjjli, 27 juin 1053.