CHAPITRE III
nomination du jeune prince d'Orange comme capitaine et amiral général, conformément à la résolution qu'ils avaient prise euxmêmes Tannée précédente, mais qu'ils avaient laissée jusqu'alors en suspens ^ Les députés de Frise et de Groningue accueillirent avec faveur cette proposition. Les offres d'intervention de la Princesse Douairière ne suffisaient pas pour rassurer de Witt, qui les considérait comme suspectes. !l lui répondait « qu'elle ferait mieux de témoigner son bon vouloir par actions plutôt que par paroles, en disposant les régents de Zélande à appuyer ses sentiments au lieu de les contrarier' « . Il faisait appel avec plus de confiance au feldmarécbal de Bréderode, auquel il témoignait ainsi ses inquiétudes : ce Monsieur, vous avez sans doute appris la communication que Messieurs de Zélande ont faite aujourd'hui aux Etats généraux, et puisque vous savez avec quelle énergie il faut aller à Fencontre de la mauvaise impression qui en résulte, j'ai jugé être de mon devoir de vous faire cette prière , par laquelle je vous souhaite demain au soir ici, afin que par votre sage et prudente conduite, on puisse prévenir un mal qui plus lard serait irréparable. J'ose donc espérer vous voir demain au soir ici , si vous aimez la patrie et la bonne cause, ce dont je ne doute nullement ^ «
Menacés de Tintervention des États généraux, pendant qu'ils étaient obligés de se défendre contre la sédition populaire, les Etats de Hollande n'avaient cédé jusqu'alors à aucune défaillance. Toutefois l'union des membres de leur assemblée commençait à s'ébranler. Gagné à la cause du jeune prince, le conseil de Haarlem les pressa tout à coup de s'y rallier. 11 chargea de celle proposition son pensionnaire Ruyl, qui , après avoir été emprisonné à Loevestein par Guillaume II, donnait, par un brusque changement d'opinion, le gage de son dévouement aux intérêts de la maison d'Orange C'était demander aux Etats de Hollande de capituler.
Mais à peine la brèche fut-elle ouverte par cette tentative de défection, que de Witt la ferma. Inaccessible au découragement, il entra en conférence avec le pensionnaire de Haarlem et réussit à le convaincre de inopportunité et du danger de sa proposition. Il
» 28 juillet 1653
2 L. de Witt à Beverningh, 24 juillet 1653. — Sypestevn, Geschiedkundige Bijdragen, t. l^i-, p. 213.
3L. man. de Witt ù Bréderode, 28 juillet 1653.
no JEAN DE WITT.
le décida àfaire des représentalions au conseil de la ville, qui finit par en tenir compte '. Une fois l'accord rétabli, les Etats de Hollande profitèrent de l'énergique direction qui leur était donnée, pour prendre leurs mesures défensives contre les autres provinces. Craignant toujours qu'elles ne fussent disposées à renouveler le coup d'Etat de Guillaume II, ils interdirent aux conseils des villes de recevoir les députations qui pourraient leur être envoyées, soit par les Etats généraux, soit par les Etats des autres provinces '\ En même temps, pour justifier leur politique de résistance, ils décidèrent qu'ils feraient connaître par écrit leur opinion sur la proposition de la Zélande. Un long mémoire^ de leur Grand Pensionnaire développa les raisons qui déterminaient leur opposition à tout changement dans la constitution de la république, pendant la minorité du jeune prince d'Orange. Afin de repousser le rétablissement de la charge de capitaine et amiral général, sans témoigner aucun mauvais vouloir contre le fils de Guillaume II, ils invoquaient son jeune âge, qui ne lui permettait pas l'exercice du commandement sur terre et sur mer, et le désintéressait du débat: ils prétendaient même servir sa cause, en ne lui donnant pas comme lieutenant le comte de Nassau, qui pourrait être ainsi encouragé à le supplanter. Ils rappelaient d'ailleurs que puisque la république était engagée dans une guerre maritime, les fonctions de capitaine général de Tarmée de terre étaient inutiles. Enfin, pour manifester leur défiance contre le pouvoir militaire, ils signalaient les dangers de la trop grande autorité laissée à un seul homme, qui, a n'étant plus retenu en équilibre par aucun contre-poids, ne peut manquer de dépasser les bornes de son devoir ^ .
Ils ne se contentaient pas de discuter; ils savaient agir. Leur énergie eut bientôt raison de la sédition qui s'était retranchée à Enckhuyzen et y bravait l'autorité du nouveau gouvernement. De IVitt usa des pouvoirs de Grand Pensionnaire dont il venait d'être investi , pour presser l'adoption des mesures de conciliation et de fermeté qui devaient arrêter cette dangereuse tentative de guerre civile. Dociles à ses inspirations, les États de Hollande, pour ramener les esprits égarés et rassurer les craintes de repré-
1 L. man. de Witt ù Beverningli, 11, 18, 24 juillet 1653
2 Résol. Hollande, 2 et 7 août 1653.
'^ Dcduction des Etats de Hollande du 7 août 1653.