CHAPITRE III
sailles, votent en faveur d'Enckhuyzen un acte appelé Acte de nonpréjudice '^ par lequel ils garantissent à la ville la conservation de SCS droits et de ses privilèges. Mais ils décident en même temps qu'ils y enverront une garnison, et font partir secrètement des compagnies destinées à forcer, au besoin, l'entrée de la ville. Une ruse habilement concertée prévient toute résistance : un messager des Etats, introduit dans Enckhuyzen, fait convoquer le peuple à l'hôtel de ville, pour lui donner connaissance de l'acte de non-préjudice; les habitants accourent en foule, et les portes laissées sans défense sont occupées par les troupes. La bourgeoisie, fatiguée de la révolte, leur fait un accueil favorable. Aucune vengeance n'est exercée; les plus coupables prennent la fuite ou sont seulement condamnés à l'amende ^. La soumission d'Enckhuyzen arrêtait la prise d'armes du parti orangiste, et déconcertait le plan d'attaque des autres provinces, qui s'étaient flattées d'assurer ainsi le prompt succès d'une restauration. Les Etats de Hollande retrouvaient la force de résistance qui, dans les jours de désordre, fait le salut des pouvoirs publics.
En s'opposant ainsi à un changement de gouvernement avec une indomptable énergie, de Witt épargnait à son pays de nouveaux et irréparables désastres; il lui laissait les chances de la paix sans laquelle les Provinces-Unies étaient condamnées à devenir les vassales de l'Angleterre. Surprises par un ennemi qui les accablait par la supériorité de ses ressources, affaiblies par leur isolement diplomatique, elles succombaient sous le poids de leurs épreuves. La continuation d'une guerre dont les malheurs donnaient aux passions populaires les plus redoutables encouragements , n'était pas moins funeste aux intérêts du parti gouvernant qu'à ceux de la république atteinte dans sa prospérité et menacée dans son indépendance. La prompte conclusion d'un traité ne pouvait donc être impunément retardée. Mais les tentatives aventureuses du parti orangiste y mettaient obstacle; elles détournaient Cromwell d'un accord, en lui faisant craindre le rétablissement du pouvoir de la famille d'Orange unie par des liens étroits de parenté aux descendants de Charles I". « Nous croyons qu'il est de notre devoir de dire en toute franchise î) , écrivait de Londres Beverningh à de Witt
1 Résol. Hollande, 2 et 4 septembre 1653. •
2 11 septembre 1653.
dans une lettre confidentielle \ " que nous ne serions pas admis, non-seulement à négocier, mais même à être entendus en audience, si quelque proposition publique était faite pour désigner le prince d'Orange aux charges de ses ancêtres, ce qui, comme cela doit avoir lieu inévitablement, serait connu ici et rendrait stérile toute notre négociation. « En inquiétant le pouvoir révolutionnaire du nouveau chef de TAngleterre, le parti orangiste ne pouvait manquer de le rendre intraitable* : la résistance que le Grand Pensionnaire de Hollande opposait à toute tentative de restauration du prince d'Orange était dès lors la première condition de la paix.
Tantôt reprises, tantôt interrompues, les négociations avaient suivi leur cours ', malgré la continuation des hostilités, et Jean de Wilt, chargé de les diriger, ne se dissimulait pas que ^c de leur issue dépendait le salut ou la ruine de son cher pays * v . Aussi se gardait-il de toute imprudence qui aurait achevé de rendre irréconciliables les deux puissances belligérantes. Pour ne pas se départir de celte réserve, il refusa constamment de prendre avec l'héritier de Charles ï" aucun engagement qui pût obliger les Etals généraux à devenir les auxiliaires d'une restauration. Voulant garder pleine liberté pour traiter avec Cromv[^ell, il évita soigneusement toute occasion de prendre parti contre son gouvernement. Vainement Charles II proposa-t-il de monter sur la flotte hollandaise, afin de provoquer par sa présence la défection des vaisseaux anglais sur lesquels servaient beaucoup d'officiers attachés à la cause royale; le Grand Pensionnaire opposa un refus permanent à ses offres courageuses de concours ^ Quelques mois plus tard, les Etats, craignant que « son arrivée dans la province ne devînt dangereuse », décidèrent qu'aucun étranger de distinction ne pourrait entrer en Hollande sans leur autorisation. Cl Lier les intéi'êts de la république avec ceux du roi d'Angleterre î^ ,
* L. de Witt à Beverningîi, 18 juillet 1653. Cette lettre fait partie de celles qui ont été publiées récemment par M. Nedermeijer de Roseiithal, dans la revue intitulée : Bijdragen von Vaderland geschiedenis en Ondheikunded, t. X. hlles ont été retrouvées dans le dossier du procès judiciaire intente plus tard au secrétaire de Jean de Witt, Jean de Messen.
■2 L. man. de Witt à son cousin André Van de Corput, 10 juillet 1653.
3 Gromvvell avait à la Haye un agent secret, Ballhazar Gerbier.
^ L. man. de Witt k Nieupoort, 10 juillet 1653 : Geddes, p. 327.
^ Résol. Hollande, 4 août 1653.