CHAPITRE III
avaienl-ils déjà déclaré ', « c'était mettre les Provinces-Unies hors d'éiat de faire la paix sans lui, et rendre éternelle la guerre contre les Anglais, tandis qu'on en viendrait plus sûrement à bout.scit par les victoires, soit par Pépuisement de leurs finances, soit par des propositions raisonnables de paix. «
Il importait d'autant plus de se mettre en garde contre la politique des aventures, qu'elle pouvait porter une atteinte irréparable aux espérances pacifiques qui venaient de renaître. Dès le commencement du mois de février 1653 ^, le grand pensionnaire Pauw d'Hecmstede avait été averti par des correspondances secrètes des dispositions plus conciliantes de Cromwell, dont les desseins ambitieux trouvaient un obstacle dans la prolongation de la guerre. Cette communication était faite par le lieutenant-colonel Dolman, employé au service des Provinces-Unies, et qui avait été envoyé en Angleterre, où il s'était ménagé d'utiles relatioas. Les Etals de Hollande en furent aussitôt informés et décidèrent qu'une lettre privée faisant connaitie leurs désirs pacifiques serait adressée " par le Grand Pensionnaire au maître des cérémonies Olivier Fleming. Elle ne parut pas suffisante à Dolman, qui insista * sur la nécessité d'une déclaration faite par les Elats de Hollande, plus disposés que ceux des autres provinces aux avances désirées par Cromwell.
De Witt profila des pouvoirs qui venaient de lui être conférés, pour appuyer cette proposition, et demanda aux députés de s'engager par serment à tenir la délibération secrète ^ Il leur soumit une nouvelle lettre rédigée par le pensionnaire de Haarlem, Ruyl, et dont deux exemplaires devaient être adressés en Angleterre, l'un au Parlement, l'autre au conseil d'Etat. L'invitation leur était ainsi faite de prendre les devants, sans attendre la décision des Etats généraux, auxquels le parti orangiste, intéressé à la guerre contre Cromwell, aurait pu imposer une politique contraire à la paix. C'était le prélude d'une négociation séparée, telle que de Witt devait plus tard la reprendre. Les députés de Leyde furent les seuls qui s'opposèrent au vote,
* Secr. résol, Hollaïule, 13 mars 1653.
2 L. man. et chiffrée de Witt à Van Beuningen, 3 février 1653.
3 2 février 1653.
^ L. de Witt à Van Beuningen, 17 mars 1653. ^ Résol. États Hollande, 18 mars 1653.
17/i JEAN DE WITT.
en (lemandant le consentement préalable des Etats généraux. Les États de Hollande, pour se mettre en mesure de prévenir un conflit, cliargèrent les députés qui les représentaient à l'assemblée fédérale de donner aux autres provinces ^ toutes les explications qui leur seraient demandées ; mais ils ne s'en décidèrent pas moins à prendre Tinitiative d'une démarche diplomatique.
Ils comptaient sur le succès pour la justifier. Mais la publicité donnée à leur lettre qui fut imprimée à Londres sous le titre offensant : Supplication respectueuse des Etats de Hollande ^ implorant la paix du gouvernement hritannique y trompa leur attente, et la rectification officielle qu'ils en exigèrent ne leur donna qu'une satisfaction insuffisante ^. Pour couper court aux espérances de conciliation , le Parlement déclara dans sa réponse qu'il persistait à traiter aux conditions qu'il avait proposées avant îa guerre, prétendant dès lors imposer à la république un acte de soumission auquel elle ne pouvait souscrire. Les Etats de Hollande éprouvaient ainsi une humiliante déception qui déconcertait leur tentative prématurée de rapprochement. Leur précipitation, qui avait exposé les Provinces-Unies à l'arrogance du gouvernement anglais, ne manqua pas de leur être reprochée dans l'assemblée des États généraux, et les députés de Groningue demandèrent que les négociations fussent désavouées. Les conseils de la modération allaient être écartés : de Witt intervint et les fit écouter. Malgré l'abstention des députés de trois provinces qui voulaient en référer à leurs assemblées provinciales, il obtint que les Étals généraux répondraient au Parlement, sans faiblesse, mais sans irritation, en se déclarant disposés à nommer des ambassadeurs qui régleraient librement les conditions d'un nouveau traité ^
Un événement inattendu avait d'ailleurs rendu les États généraux plus favorables à une politique de ménagements. Le gouvernement d'Angleterre venait d'être changé par un coup de main. Cromwell avait chassé le Long Parlement, afin d'exercer en maître
1 L. man. J. de Witt à Van Beuningen, 24 mars 1653. Elle indique que la lettre des États ne fut envoyée en Angleterre que le 21 mars, trois jours après le vote de l'assemblée.
2 Hollandsch Mercurius, mars 1653.
3 Résol, Etats généraux, 30 avril 1653, — L. de Witt à Van Beuningen, 5 mai 1653.