I. IS
les sacrifices demandés à leur pays, du moment où leurs intérêts politiques y trouveraient pleine satisfaction. Mais Jean de Witt était trop sincèrement honnête pour se prêter à un tel compromis. Malgré les accusations qui ne furent pas ménagées à sa conduite politique, et que l'histoire trompée par les apparences a souvent reproduites, Télude des négociations publiques et secrètes permet de constater que, loin d'agir de concert avec Cromwell, il opposa à ses projels une résistance prolongée, et que s'il finit par céder, ce fut à la fois par sagesse et par résignation, mais non par complicité préméditée.
Si impérieuse que fût encore son attitude, le gouvernement anglais avait déjà reculé : il ne demandait plus aux Provinces- Unies l'abandon de leur nationalité. Toutefois, s'il reconnaissait leur indépendance, il entendait leur faire reconnaître sa suprématie, et les condamner à une sorte de vasselage politique. Les envoyés des Etats généraux, malgré leur désir de hâter la paix, ne pouvaient se prêter h. de telles concessions. Ils déclarèrent que les Provinces- Unies ne se soumettraient pas à la domination de l'Angleterre, ni à son intervention dans leur gouvernement intérieur \ De IVitt partageait leur opinion , sans aucune arrière-pensée. Lorsqu'il eut connaissance des nouvelles prétentions de Cromwell, il écrivit dans une lettre confidentielle ^ qu'il considérait la négociation comme désespérée. « Ce que nous y gagnons au moins » , déclarait-il ', « c'est de savoir désormais ce que nous avons à attendre de l'Angleterre , et l'on peut dès lors prendre ses mesures en conséquence 15 . Il les exposa aussitôt dans l'assemblée des Etats généraux, où il prononça un discours énergique*, dont l'historien Aitzema fait connaître le résumé. « La Hollande » , disait-il, ce était résolue à employer tous les moyens intérieurs et extérieurs de résistance. Les moyens intérieurs étaient l'équipement d'une puissante flotte, pour laquelle elle n'épargnerait aucune dépense. Il fallait chercher les moyens extérieurs dans les alliances avec la France; avec la Pologne, pour l'opposer à la Suède; avec le Dane-
1 2 décembre 1653 : Verhael, p. 216, 229.
2 L. man. de Witt à Bréderode, 10 décembre 1652.
3 L. man. de Witt à Van der Myle, 11 décembre 1653.
^ Résol. secr. Hollande et résoi. Etats généraux, 10 et 11 décembre 1653 : AiTZRMA, t. III, p. 860; Geddes, p. 375.