CHAPITRE III
mark, pour le décider à joindre sa flotte à celle des Provinces- Unies. r>
Cet appel à la résistance ne pouvait laisser Cromwell indifférent, et il retint à Londres les ambassadeurs, qui, désespérant d'obtenir une satisfaction, se disposaient à s'éloigner. Une semaine s'était à peine écoulée, qu'il se débarrassait' du parlement Barebone, après l'avoir fait élire, et se faisait donner, sous le titre de Protecteur^, l'investiture d'un pouvoir peu différent du pouvoir monarchique. Délivré ainsi de la pression du parti républicain, il ramena sa politique étrangère à des vues plus sensées. Il se montra prêt, sinon à abandonner, au moins à limiter ses prétentions au sujet de la souveraineté des mers qu'il réclamait pour l'Angleterre, et concentra toutes ses exigences sur la proposition d'exclusion, devenue pour lui une question dynastique.
Les négociations entraient ainsi dans une nouvelle phase. Plus elles mettaient en jeu l'intérêt personnel du Protecteur, plus il devait se montrer intraitable. Beverningh comprit aussitôt que si l'on voulait obtenir la paix à de meilleures conditions, il fallait chercher une transaction, au lieu d'opposer à toute demande de garantie un refus péremptoire qui rendrait une rupture inévitable. Il se contenta de représenter à Cromwell que les Etats généraux trouveraient trop humiliant l'abandon de leur droit de souveraineté, pour consentir à y renoncer. Le Protecteur, changeant de tactique pour arriver plus sûrement au même but, déclara ^ qu'à défaut de l'engagement des Etats généraux, il pourrait trouver suffisant celui des Etats de Hollande, se flattant de les détacher d'autant plus aisément des autres provinces, qu'ils avaient déjà exclu du gouvernement le jeune prince d'Orange, en laissant le stathoudérat vacant.
Beverningh ayant repoussé cette première ouverture*, Cromwell, sans renoncer définitivement à ses exigences, parut disposé à se contenter soit d'un engagement secret des Etats généraux % soit d'une résolution des États de Hollande *, qui confirmerait celle
* 16 décembre 1653.
2 8 décembre 1653.
* L. Bordeaux à de Brienne, 11 décembre 1653 : Arch. aff. étr.
* 5 et 6 janvier 1654.
6 Verbael, p. 270.
^ M., p. 277. — L. Bordeaux à de Brienne, 7, 12 janvier 1654.
180 JEAN DE VVITT.
qu'ils avaient prise quelques mois auparavant', en s'opposant au rétablissement de la chargée de capitaine et amiral général, au profit du fils de Guillaume II. « Ce dernier expédient 55 , ainsi que Cromwell le qualifiait lui-même^, ne fut pas vraisemblablement a^jréé, puisque le lendemain de l'entretien dans lequel il l'avait suggéré à Beverningb, il s'opiniàtrait à sa première demande, en voulant que l'exclusion fût prononcée par les Etats généraux ^
Ce fut sans doute dans ces pourparlers diplomatiques qu'un nouvel article fut proposé; il stipulait l'obligation imposée par serment à tout capitaine et amiral général de respecter le traité de paix conclu avec la république d'Angleterre*. Cette clause, appelée Clause du tempérament^ semblait suffire pour garantir au Protecteur l'alliance des Provinces-Unies et en faire une loi de l'État à laquelle le prince d'Orange devrait se soumettre, s'il était jamais chargé de commander l'armée et la flotte des Provinces-Lnies. Cromviell ne répondait ni par une adhésion ni par un refus à cette offre d'arrangement, " quoiqu'elle eut élé communiquée aux ambassadeurs de bonne part et par une personne de distinction ^ « . Son indécision permettait de continuer des démarches qui auraient pu assurer promptement le succès de la négociation, si par une imprudence irréparable elles n'avaient pas été interrompues.
Le Protecteur, résolu à tirer vengeance du roi de Danemark qui lui avait déclaré la guerre, en confisquant dans ses ports des vaisseaux anglais, venait de signifier qu'il refusait de le laisser participer au traité de paix. Les plénipotentiaires des Provinces-Unies ne pouvaient, sans se déshonorer, consentir à l'abandon d'un allié et cherchaient vainement à lui faire donner satisfaction. Après d'inutiles instances, Beverningh et les deux autres ambassadeurs, Nieupoort et JongesthaP, résolurent' d'aller demander des instructions aux Etats généraux et proposèrent îi Cromwell de laisser à Londres l'un d entre eux, avec lequel il pourrait peut-être finir par s'enten-
ï 2 août 1653.
2 Vkrbael, p. 277.
3 Id., p. 279.
* Déduction des Etats de Hollande : Narration du fait, p. 4. 5 Uid.
^ Le troisième, Van de Perre, était mort. De Veth, député de Zélande , fut chargé plus lard de le remplacer.
■^ 13 janvier 1651p : Aitze.aia , t. III, p. 904.