‹ Jean De WittChapitre 86 sur 264 · CHAPITRE III. I«l · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. I«l

dre. Cromwcll ne leur ayant pas répondu, ils partirent, décidés à s'embarquer; mais ils furent bientôt rejoints par un envoyé du Protecteur, Dolman, qui vint presser leur retour, en les invilant à ne pas désespérer d'un accord. Les plénipotentiaires, craignant d'encourager par trop de précipitation les mesures que Cromwell prétendait leur imposer à l'égard du prince d'Orange, et gênés par la responsabilité d'une décision à prendre, se tinrent en garde contre ces avances, au lieu de chercher à en tirer parti. Beverningh etNieupoort auraient volontiers cédé à l'appel qui leur était adressé, mais leur collègue Jongesthal ne voulut en tenir aucun compte. Il obéissait aux inspirations de l'ambassadeur français à Londres, Bordeaux ; celui-ci, intéressé à retarder la conclusion d'un traité dont la France ne semblait pas devoir profiter, entretenait la défiance du député de la Frise contre ses collègues d'ambassade, en lui persuadant' qu'ils avaient, à son insu, engagé des négociations secrètes avec le Protecteur contre le prince d'Orange. Pour déjouer ces manœuvres, Jongesthal les menaça de partir seuP et les obligea ainsi à l'accompagnera Avant de s'éloigner, les envoyés des Provinces-Unies, espérant détourner le mécontentement de Cromwell, l'avertirent qu'ils presseraient l'assemblée de la confédération de lui donner une prompte réponse; mais il leur fit savoir a qu'il rejetait sur eux les malheurs qu'un tel délai pourrait entraîner, et qu'il s'en déchargeait devant Dieu et devant les hommes v . La faute était consommée. Une hésitation inopportune avait fait perdre l'occasion favorable, et de nouvelles tergiversations, déconcertant les derniers efforts de Jean de IVitt, allaient rendre encore plus onéreuses les conditions de la paix.

A peine arrivés à la Haye, les plénipotentiaires rendirent compte de leurs négociations à l'assemblée des États généraux ^. Leur rapport ne portait que sur la clause du tempérament; il laissait ignorer l'ouverture faite par Cromwell à Beverningh, pour obtenir des Etats de Hollande l'engagement de s'opposer à la restauration de la maison d'Orange. Les États de Hollande, prévoyant les dan-

1 L. Bordeaux, 12 janvier 1654 : x^rch. aff. étr.

2 L. Chanut, 29 janvier 1654 : Arcli. aff. étr.

3 16 janvier 1654. — L. Bordeaux, 9 février 1654, dans laquelle il rend compte des communications qui lui ont été faites par Beverningh.

4 22 janvier 1654. — Résol. États généraux.

gers de ce brusque retour et voulant au moins en réparer les suites funestes, firent demander avec instance, au nom du comité chargé des affaires diplomatiques, que les ambassadeurs fussent renvoyés en Angleterre, avec l'ordre de signer le traité, tel qu'il avait été préparé; mais les autres provinces n'eurent pas la sagesse de répondre à cet appel. Elles se défiaient de Nieupoort et de Beverningli ', les soupçonnant d'avoir pris Tinitiative de propositions secrètes faites à Cromwell. D'ailleurs, la plupart désiraient se signaler par leur zèle pour la cause orangiste , en faisant repousser ou contester avec retentissement toutes les conditions qui mettraient le gouvernement de la république dans la dépendance du Protecteur. Aussi firent-elles décider, sur la demande de la Gueldre, que les articles du traité seraient soumis à l'examen des différents Etats provinciaux. C'était aller au-devant de difficultés qui devaient provoquer la rupture des négociations.

De Witt chercha aussitôt à préserver son pays des dangers de cette politique imprévoyante. D'après ses conseils, les Etats de Hollande, à la suite d'une discussion prolongée, approuvèrent, par un vole unanime, le projet de traité qui contenait la clause du tempérament^. Dans l'espérance de faire suivre cet exemple par les autres provinces, ils informèrent aussitôt les Etats généraux de leur résolution. En même temps, ils se hâtaient de la communiquer au Protecteur, auprès de qui ils renvoyaient Beverningh, sans avoir obtenu toutefois que les Etats généaux lui accordassent les pouvoirs diplomatiques indispensables pour remplir sa mission.

Revenu à Londres % Beverningh reconnut aussitôt que les dispositions de Cromwell n'étaient plus les mêmes. Déjà les ambassadeurs des Provinces-Unies avaient encouru son animosité, en pressant leur départ, quand il aurait voulu les retenir. Lorsqu'il apprit ensuite que Beverningh revenait seul , sans être accrédité par les Etats généraux, et sans être autorisé dès lors à le reconnaître en qualité de Protecteur, il se considéra comme offensé et donna libre cours à sa colère. Elle était habilement exploitée par le parti de la guerre, qui le pressait d'écarter toute concession. Beverningh, faisant part à de Witt des inquiétudes qu'il ressentait, lui écrivait

» L. de Witt à Beverningh, 6 février 1654. 2 Résol. Hollande, 27 janvier 1654.

^ 4 février 1654.

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