CHAPITRE III
Técnuait rambassadcur français, « tout, jusqu'aux négociations les plus secrètes, se faisait au son du tambour ' «, devait mettre Cromwell au courant de ces manifestations de mauvais vouloir qui lui paraissaient faire un choquant contraste avec les démonstrations obséquieuses des autres gouvernements.
Les inimiliés auxquelles le parti orangiste se laissait imprudemment entraîner lui paraissaient encore plus intolérables. Déjà, à Londres, Jongestbal avait compromis le succès de la négociation par ses mauvais procédés. « IVotre confrère Jongestbal », écrivait Beverningb à Nieupoort ^, « outre le tort commun qu'il a fait à FEtal et à nous, a laissé un triste renom derrière lui. Le Protecteur n'a été que trop bien informé non-seuîement de sa désaffection, mais encore de certains discours qu'il a quelquefois laissés tomber imprudemment et qui ont été recueillis perlinemment et complètement. On m'a rapporté notamment qu'on lui avait entendu dire : En cas de non-succès du traité, TEtat est décidé à déclarer la guerre à la personne même du Protecteur, en offrant son amitié à la nation, ce qui a dû dégoûter le Protecteur; et j'en suis fàcbé de tout mon cœur, puisque l'Etat n a jamais eu aucune intention pareille, et que c'est une invention particulière. »
Dans les Provinces- Unies, l'hostilité contre Cromwell n'avait pas cessé de se manifester. A Utrecht, on vendait publiquement un pamphlet dans lequel le Protecteur était surnommé le loupgarou ^ . Pour détourner son ressentiment, la cour de Hollande condamnait à l'amende et à la prison'* l'auteur d'un autre libelle intitulé : Machinations du Protecteur, et défendait de l'imprimer sous peine de mort. Le comte de Nassau encourageait secrètement ces manœuvres et ces attaques. Malgré ses protestations plus apparentes que réelles en faveur de la paix % il conseillait de résister aux exigences de Cromvell, dans la crainte qu'elles ne le rendissent plus insolent, si l'on s'y soumettait : ci Je le considère «, écrivait-il ^, « comme traître à son pays et à son roi, et comme
1 L. Chanut, 29 janvier 1654 : Arch. aff. étr. - L. Beverninçjh à Nieupoort, 3 février 1654.
3 L. de Witt à Beverningli, 6 février 1654.
4 2 mars 1654.
^ Van Sypksteyn, Gcschiedkmidige Bijdragen, le Prince de Nassau et le grand j)ensionnaire de Witt, p. 62.
6 L. du prince de Nassau à Aylva, 4 janvier 1654.
violateur des lois. Je trouve qu'on ne doit prendre en lui aucune confiance. «
Se croyant ainsi provoqué, Cromwell renonça à garder les ménagements auxquels il avait paru disposé. Jusqu'alors, il s'en était tenu aux communications faites à Beverningli , avant le brusque départ des ambassadeurs, et si, depuis le retour de Beverningb , la clause du tempérament ne lui paraisssait plus suffisante ', il ne s'était pas encore expliqué sur les nouvelles conditions concernant le prince d'Orange. Les honneurs qu'il fit rendre aux deux ambassadeurs, IVieupoort et Jongesthal , quand ceux-ci revinrent en Angleterre ^ avec leurs nouveaux pouvoirs diplomatiques, semblaient même faire espérer la prompte conclusion de la paix. Les articles définitivement arrêtés dans les conférences qui venaient d'être reprises n'attendaient plus que sa signature, lorsque tout à coup ses prétentions se manifestèrent avec la plus inflexible opiniâtreté.
Dès leur première audience avec les commissaires anglais, les ambassadeurs des Provinces-Lnies furent informés ^ que le traité ne serait pas signé, avant d'avoir été revisé. En même temps, le secrétaire d'Etat Tburloë demanda un entretien à Beverningb et lui représenta que s'il voulait faire renoncer Cromwell à l'article qui stipulait l'exclusion du prince d'Orange par les Etats généraux, il devrait s'engager à lui faire donner cette garantie par les États de Hollande. Le Protecteur reprenait ainsi son premier projet, et Beverningb, qui croyait avoir obtenu une satisfaction définitive, se retrouvait aux prises avec la même exigence. Il ne se lassa pas cependant de la combattre'^; mais dans les deux nouvelles entrevues qu'il eut avec Tburloë, il dut reconnaître qu'il renouvelait désormais de stériles efforts. Une dernière tentative auprès de Cromwell ne fut pas plus heureuse. Beverningb et Nieupoort lui représentèrent inutilement qu'ils n'étaient pas autorisés à prendre avec lui un engagement, au nom des États de Hollande. Ils ne purent toutefois se dispenser de transmettre officiellement au Grand Pensionnaire la demande d'exclusion, afin qu'elle fût com-
' L. Bordeaux à de Brienne, 9 février 1654 : Archiv. aff. étr 2 18 mars 1654.
•^ 15 mars 1654.
^ 10 avril 1654.