‹ Jean De WittChapitre 90 sur 264 · CHAPITRE III. Ï · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. Ï

partissent (le Londres, il leur écrivait confidentiellement : « Le point concernant le prince d'Orange me donne la plus grande anxiété. La promesse demandée sera certainement refusée par quelques provinces et ne sera pas obtenue, sans aucun doute, de la majorité. Non-seulement elle ne pourra être donnée séparément par aucune province, mais il est également impossible de Fattendre des Etats généraux. J'avais toujours compté et avais toujours voulu que le gouvernement anglais laissât aux Etats généraux et à chacune des provinces la plus absolue liberté d'avancer ou non le prince, suivant leur bon plaisir, mais en admettant d'autre part qu'il restât également libre, en cas de cet avancement, de renoncer au traité, ou de continuer à y adhérer. « Telle était la ligne de conduite qu'il se proposait de suivre, et pendant le séjour de Beverningh à la Haye, il ne lui avait donné aucune autre instruction. La lettre dans laquelle Beverningh, revenu à Londres, se plaint « d'avoir été traité par Cromwell avec manque de courtoisie et même avec rudesse ' », suffit pour écarter tout soupçon de connivence, te J'aime à croire )) , lui écrivait de Witt ^, « que la clause du tempérament fera réussir ce que vous pouviez négocier avec le Protecteur à ce sujet, d'après ce que j'ai cru remarquer dans votre rapport. »

Ce furent seulement les nouvelles communications faites par Beverningh, après son retour en Angleterre, qui commencèrent à détromper le Grand Pensionnaire. « Pour l'affaire du prince d'Orange « , lui annonçait tout à coup l'ambassadeur des Etats, «je pense que Ton passera outre; mais je n'ai désormais aucune certitude, ce point n'étant pas compris par le secrétaire d'État Thurloë dans la dénonciation générale qu'il a faite sur l'immutabilité des articles du traité ^ « Les impérieuses exigences de Cromwell ne tardèrent pas à justifier ces inquiétudes. Elles firent promptement reconnaître à de Witt la nécessité d'y céder; et ne se flattant pas de pouvoir y résister, à moins de précipiter la ruine du pays, il se prépara à prendre le parti de la soumission, mais en tachant encore d'y échapper. La lettre suivante, qu'il adressait à Beverningh, donne à la fois le témoignage des dernières espérances

' L. secr. Beverningh à de Witt, 6 février 1654.

2 L, secr ^q \\Jitt à Beverningh, 20 février 1654.

3 L. secr. Beverningh à de Witt, 6 mars 1654.

qu'il conservait, et des précautions auxquelles il avait recours, dans le cas où aucune concession ne pourrait être obtenue. « La proposition anglaise, telle qu'elle vous a été formulée i) , lui écrivait-il \ «ne m*empêche pas d'espérer que l'acte d'exclusion du prince d'Orange pourra être esquivé, et que l'on se reposera sur la sagesse et le bon vouloir de Leurs Nobles Puissances, qui, une fois le traité conclu, ne laisseront place à aucune crainte sur leurs bonnes dispositions. Toutefois, si l'affaire de la paix était désespérée, à défaut dudit acte, il faudrait non-seulernent en donner l'assurance aux Etats de Hollande, mais encore la renouveler successivement à intervalle de quelques jours, quand même ce serait par dépêche confiée à un exprès. Il est aussi , à mon jugement, très-nécessaire que vous les assuriez constamment, si cette assurance est conforme à la vérité , de l'intention formelle du Protecteur, atin d'écarter ainsi le soupçon que les députés malintentionnés chercheront à répandre. î?

La supériorité de Jean de Witt dans la stratégie politique ^ lui suggéra promptement les meilleures mesures à prendre pour l'exécution du plan quMl s'était tracé et dont il prévoyait toutes les difficultés ^. Sans se laisser abuser « par le mieux qu'on pouvait attendre '* w , ne voulant pas se laisser prendre au dépourvu, il se préoccupa d'empêcher que l'acte d'exclusion ne fût, de la part des Etats généraux, le signal de la rupture des négociations ^ Instruit de la volonté désormais irrévocable du Protecteur par la dernière dépêche que Beverningh et Nieupoort lui adressaient en date du 15 avril 1654- ", il retarda la communication qu'il devait faire aux Etats de Hollande, en les pressant de se séparer, pour prendre leur congé de Pâques '. Dès qu'ils eurent prorogé leur session * , il profita de l'interruption de leurs séances pour obtenir des Etats généraux la ratification du traité, tel que Cromwell venait de l'approuver ^. Ceux-ci l'ayant enfin voté '", sans en référer aux

* L. secr. de Witt à Beverningh, 3 avril 1654.

2 Geddes, p. 405.

^ L. secr. de Witt à Beverningli, 5 avril 1654.

^ L. secr. de Witt à Beverningh, 3 avril 1654.

5 L. secr. de Witt à Beverningh, 5 avril 1654.

« Voir p. 187.

"^ L. secr. de Witt à Beverningh, 15 avril 1654.

^ Ils se séparèrent le 20 avril 1654.

9 Voir p. 187.

10 Résol. États généraux, 22 avril 1654.

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