‹ Jean De WittChapitre 91 sur 264 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Etats des provinces, il se hàla de terminer la négociation secrète qui tenait en suspens la conclusion de la paix.

Précipitamment rappelés à la Haye par les conseillers députés que de Witt avait dû mettre dans ses confidences, les membres des États de Hollande furent aussitôt invités ' à prêter le serment de garder le secret sur la délibération qui allait s'ouvrir. Une fois cette garantie prise, le Grand Pensionnaire leur communiqua la lettre des deux ambassadeurs dont il était chargé de leur donner connaissance. Cette dépêche rendait compte aux Etats des conférences dans lesquelles Cromwell avait rigoureusement réclamé Pacte d'exclusion ; elle signalait Pinutilité des efforts qui avaient été tentés pour Pen dissuader et avertissait les Etats que le traité de paix restait subordonné à cette condition et au consentement qu'ils y donneraient. Cette communication imprévue fut accueillie avec un douloureux étonnement. On se plaignit que les dispositions de Cromwell n'eussent pas été pressenties ou révélées plus tôt. L'ajournement fut prononcé pour faire droit aux réclamations de plusieurs députés ^ qui ne croyaient pas pouvoir se dispenser de consulter le conseil de leurs villes ^ Pour prévenir les suites dangereuses de ce renvoi qui pouvait tout compromettre, de Witt obtint que la communication ne serait faite qu'aux bourgmestres des villes, sans être transmise aux membres des conseils, à moins que les bourgmestres ne refusassent de se prononcer. 11 demanda que le serment de la tenir secrète leur fût réclamé, et fit décider que la discussion recommencerait dans Passemblée des Etats, après un délai de trois jours.

Le l"mai, elle reprit son cours *, dans deux séances consécutives, avec un emportement inaccoutumé. Le membre de la noblesse qui donna le premier son suffrage fut le comte de Bréderode, grand-oncle du prince d'Orange. Désireux de conserver le commandement en chef qu'il exerçait en qualité de maréchal de camp , il approuva la proposition soumise aux Etats. Son opinion fut partagée

1 28 avril 1654.

2 C'étaient les députés de neuf villes.

3 L. de Witt à Beverningh, 29 avril 1654. — Van Sypesteyn, Geschiedkundige Bijdragen, p. 38.

■* L. de Witt à Beverningh et Nieupoort, l^r mai 1654. — Voir Van Sypesteyn, p. 43, et Archives du royaume. — De Witt écrivit le même jour deux lettres, rendant compte, l'une de la séance du matin, l'autre de la séance de l'après-midi.

par cinq membres de la noblesse; quatre autres la combattirent au contraire avec énergie * , et Tun d'eux , interpellant le vice-amiral Wassenaar d'Obdam qui conformait son vote à celui du feldmaréchal de Bréderode, lui reprocha de a vouloir être un petit Cromwell ' '>\. Le suffrage des nobles ne fut donné en faveur de Pacte d'exclusion qu'à la majorité de deux voix ; mais au second tour de scrutin qui eut lieu à la séance de Taprès-midi, les dissidents se rallièrent à un vote unanime.

Les députés de Dordrecht, principaux représentants du parti opposé à la maison d'Orange, ne témoignèrent aucune hésitation. Ils trouvaient que les bienfaits de la paix ne seraient pas achetés trop cher, s'il fallait y sacrifier la cause d'un prince enfant; ils ajoutaient que ce sacrifice devait peu coûter aux Etats de Hollande, qui , depuis la mort de Guillaume II, avaient tenu son fils à l'écart du pouvoir. Aussi pressèrent-ils l'assemblée d'accepter une condition que les malheurs de la guerre ne permettaient pas de repousser sans témérité. Les députés d'Amsterdam, forts du vote unanime du conseil de leur ville, appuyèrent les députés de Dordrecht, et leur opinion, qui représentait celle de la ville la plus importante de la province, fut confirmée par le plus grand nombre des suffrages, entre autres ceux de Gouda et de Rotterdam.

Toutefois les défenseurs de la proposition trouvent des adversaires décidés à la combattre, notamment le pensionnaire de Haarlem, Ruyl; le pensionnaire de Leyde, Wevelinckhoven; le pensionnaire d'Alkmar, Shagen. Les députés de Haarlem donnent le signal de la résistance « avec une éloquence insinuante ^ » . Après avoir accusé les ambassadeurs de s'être rendus coupables de dissimulation, en tenant secrètes les dernières propositions qu'ils avaient reçues, ils repoussent l'acte d'exclusion comme étant injurieux pour la liberté de l'État et pour la maison d'Orange. Déclarant qu'ils préfèrent continuer la guerre, plutôt que se soumettre à cette humiliation, ils demandent que l'acte soit communiqué aux Etats généraux. Les députés de Leyde, appuyés par ceux d'Edam, se montrent encore plus

' Des dix nobles, les six qui donnèrent un vote affirmatif furent de Bréderode, Wassenaar-d'Obdam, Wimmenum, Wassenaar de Duyvendode, Van der Myie, gendre d'Oldeii-Barnevelt, de Mérode, beau-frère d'Obdam. Les quatre opposants furent Wassenaar de Warmond, Beverwaert, Shagen et Van Nordwyck.

2 L. Glianut, 7 mai 1654 : Arch. aff. étr.

' L. de Witt à son père, 2 mai 1654.

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