‹ Jean De WittChapitre 92 sur 264 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

iiîtrai labiés : ils contestent à rassemblée de la province le pouvoir de prendre une décision qui engageait les intérêts de toute la confédération et réclament Faccord préalable, au moins avec les Etats de Zélande. Un dissentiment aussi prononcé jette l'hésitation dans Tesprit de quelques membres qui, avant de donner leur avis, désirent attendre que la minorité se rallie à l'opinion de la majorité. L'absence de plusieurs députés empêche de clore la discussion qui avait été reprise dans l'après-midi : elle est définitivement renvoyée au lundi suivant.

Dès Touverture de cette nouvelle séance, les espérances de conciliation semblent être déçues. L'absence du feld-maréchal de 13réderode, éloigné par la maladie ', mettait de IVitt dans l'embarras. Les députés de Haarlem, de Leyde, d'Edam, reproduisent leur opposition à laquelle adhèrent les députés d'Enckhuysen qui venaient d'arriver. L'acte d'exclusion n'en est pas moins voté par tous les autres membres des Etats, mais sans que les représentants des quatre villes opposantes consentent à céder. Les députés d'Alkmar tentent vainement de rallier l'assemblée à un vole unanime, en demandant l'abolition définitive du stalhoudérat, plutôt que l'exclusion de la maison d'Orange. Leur proposition n'étant pas appuyée, et un second tour de suffrages laissant subsister le même désaccord, l'obstacle mis à un vote définitif paraît désormais insurmontable. Le Grand Pensionnaire prend alors la parole pour essayer de convaincre les dissidents par les arguments les plus pressants. Il leur représente qu'en se prononçant sur la condition mise par Cromwell au traité de paix, ils vont voter le salut ou la perte de la république. Ne pouvant vaincre leur résistance, il demande que la décision soit prise par la majorité. Les députés de Haarlem et les députés de Leyde contestent la légalité de cette proposition. Ils déclarent que la résolution demandée aux Etats exige l'unanimité, parce qu'il s'agit à la fois d'une question de paix et d'un changement de gouvernement; mais de Witt détermine la majorité à passer outre. Pressé de mettre fin à une délibération qui avait continué jusqu'à sept heures et demie du soir, il profite de la prolongation si tardive de la séance, pour faire accorder définitivement aux ambassadeurs Tautorisation que ceux-ci atfen-

* L. man. de Bréderode à de Witt, l^f mai 1654.

194 JEAN DE VVITT.

daient. Il réussiÉ à Tobtenir et se retire aussitôt, pour consigner par écrit Tacte d'exclusion. Quelques instants après, il rentre dans la salle, afin d'en donner lecture aux députés, u Je pense avoir rédigé l'acte 55 , écrivait-il, « de façon à préserver la liberté de l'Etat autant que possible, en même temps qu'à remplir, s'il le faut, le désir du Protecteur '. «

Les Etats de Hollande, pour satisfaire à la demande de Cromwell, s'engagent à ne donner dans leur province aucun pouvoir ni civil ni militaire au prince d'Orange. Ils promettent en outre de refuser leur consentement à sa nomination comme capitaine général des troupes de la république, si elle était proposée aux Etats généraux. Quatorze membres des Etats confirment par leur vote cette résolution; quatre la repoussent, en y opposant une protestation qu'ils font enregistrer : une abstention, celle des députés d'Alkmar, complète les dix-neuf voix dont l'assemblée se compose. L'acte d'exclusion est ainsi adopté à la majorité des suffrages. Le sacrifice si longtemps retardé était accompli.

Peu s'en était fallu que les mesures prises par de Witt ne fussent déconcertées par l'imprudence de Beverningh, qui ne lui avait point fait parvenir à part sa correspondance secrète. " J'ai été bien embarrassé", lui écrit le Grand Pensionnaire, «parla réception de vos deux lettres , qui m'ont été remises en séance ' , au moment où quelques membres se plaignaient de la conduite des affaires, en prétendant faussement qu'on en dérobait la connaissance au gouvernement. Le paquet était si gros qu'il a dû frapper l'attention, et certains membres pourront désormais exiger que les lettres soient ouvertes et lues en séance. Vous ne verriez pas sans peine que toutes les particularités que nous nous écrivons l'un à l'autre, dans notre intime amitié, fussent lues en pleine assemblée. Il faut donc m'adresser vos messages hors l'assemblée, chez moi, en y joignant une courte lettre que je puisse montrer ouvertement à chacun ^ v

Ces précautions n'étaient point destinées à favoriser un double jeu, ni à tromper la confiance des États de Hollande. De Witt, après avoir obtenu les pleins pouvoirs qui l'autorisaient à satisfaire Crom-

1 L. de Witt à Beverningh, 5 mai 1654. — Sypestevn, Bijdragen, p. 50.

2 C'était à la séance du matin, du l^"" mai 1654.

^L. secr. de Witt à Beverningli, 3 mai 1654. — Svpesteyn, Bijdragen, p. 45.

Page 1