‹ Jean De WittChapitre 93 sur 264 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

well, ne désespéra pas d'échapper à la nécessité d'en faire usage. Ses dernières lettres aux ambassadeurs, tant publiques que secrètes, achèvent de le justifier contre tout soupçon de complaisance servile. L'acte d'exclusion, au lieu d'être adressé directement à Cromwell, ne fut envoyé à Beverningh et à Nieupoort qu'avec l'injonction expresse de le garder secrètement entre leurs mains, sans le délivrer, ni même le faire connaître au Protecteur.

Les deux ambassadeurs devaient représenter à Cromwell que la Hollande s'était suffisamment prononcée contre la restauration du prince d'Orange, pour qu'il n'eût pas besoin de prendre vis-à-vis d'elle la garantie d'un engagement diplomatique qui donnerait le signal des divisions intérieures. « Nous avons trouvé bon » , leur écrivait de Witt dans une lettre officielle ' , « de vous envoyer cet acte dont vous pourrez vous servir pour faire réussir la conclusion du traité de paix, de telle sorte cependant qu'avant de le délivrer, ou de faire savoir à personne qu'il a été arrêté et qu'il vous a été envoyé, vous fassiez toute la diligence possible pour y faire renoncer le Protecteur, et l'amener à se contenter du tempérament. Nous avons toute confiance que vous ferez tous vos efforts pour agir en conséquence de ces ordres, dans cette affaire qui est pour PEtat d'une si grande importance, w

Le Grand Pensionnaire leur renouvela confidentiellement, à plusieurs reprises, la même invitation*. Tandis que les Etats de Hollande les remerciaient de n'avoir pas encore délivré Pacte, en les exhortant à redoubler d'efforts pour s'en dispenser % il continuait à leur faire savoir secrètement* que, « dans le cas où l'affaire pourrait encore être esquivée, ce serait le mieux « . Il leur promettait comme récompense du succès de cette négociation , la reconnaissance des membres de l'assemblée, en leur représentant, sans aucune hésitation, w que ceux-ci n'étaient pas satisfaits de ce qui s'était passé ' 55 . Beverningh et Nieupoort suivirent ses instructions avec la plus scrupuleuse fidélité, sans se laisser décourager par

1 L. de Witt à Beverningli et Nieupoort, 4 mai 1654 — Voir Résol. secr. Hollande , 4 mai 1654.

2 h. secr. de Witt à Beverningh et Nieupoort, 5 et 9 mai 1654. — Sypesteyiv, Bijdragen, p. 50 et 54.

3 Résol. secr. Hollande, 10 et 22 mai 1654.

4 L. secr. de Witt à Beverningh, 22 mai 1654.

5 L. secr. de Witt à Beverningh et Nieupoort, 5 et 9 mai 1634.

robstinalion deCromwell, qui, en faisant solennellement proclamer la paix, avait pris soin de déclarer que le traité serait nul et non avenu, si l'acte d'exclusion ne lui était pas délivré. Deux semaines après le vote de l'acte d'exclusion, ils persistaient encore ' à résister aux sommations du secrétaire d'Etat Tliurloë, en feignant de n'avoir reçu aucun nouvel ordre des Etats de Hollande. Le lendemain, dans une audience de trois heures avec Cromwell lui-même, ils insistaient de nouveau pour le faire renoncer à ses exigences, sans lui laisser croire que l'acte fût voté, et cherchaient à gagner du temps, dans l'espérance d'une meilleure occasion dont ils pourraient profiter. Enfin, le 29 mai seulement, ils écrivirent que toutes leurs démarches étaient restées inutiles, « le Protecteur tenant à son opinion d'une manière si ferme et si précise, qu'il aurait préféré, plutôt que de changer d'avis, en venir aux dernières extrémités^ ^^ . Avant d'être contraints de céder, ils n^avaient au moins épargné aucun effort de résistance.

C'était l'opposition bruyante du parti orangiste qui avait détourné le Protecteur de toute concession, et elle venait de fermer à de Witt la dernière issue qu^il se ménageait. A peine l'assemblée des États de Hollande se fut-elle prononcée sur l'acte d'exclusion, qu'en dépit du serment des députés, le secret en fut ébruité. « On commençait à en parler avec grande émotion dans les bateaux et les voitures ^ « Il ne resta dès lors d'autre parti à prendre que celui de relever les députés « de leur engagement de discrétion '^ 55 . La délibération des Etats de Hollande ayant été ainsi livrée à la publicité, la famille du prince d'Orange, profitant de Témotion populaire qui se donnait libre cours, se pressa d'agir pour obtenir une réparation. La Princesse Douairière, qui recherchait les bonnes grâces du parti républicain, se serait volontiers tenue à l'écart; mais elle n'osait se montrer indifférente aux intérêts de son petit-fils, et se trouvait obligée d'agir de concert avec sa belle-fille. Les deux princesses, auxquelles se joignit l'électeur de Brandebourg qui partageait avec elles la tutelle du fils de Guillaume H, adressèrent leurs représentations aux Etats de Hollande, qui se contentèrent de

- L. Beverning et Nieupooit à de Witt, 29 mai 1654.

3 L. de Witt à Beverningh, 9 mai 1654.

^ Résol. Hollande, 5 mai 1654,

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