‹ Jean De WittChapitre 99 sur 264 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

défaillance se manifestait, il mettait tout en œuvre pour rétablir la discipline et se faire obéir. Les députés de Dordrecht à rassemblée des Etats s'étant abstenus de voter dans une séance importante où il s'agissait de justifier l'acte d'exculsion, il écrivait à son père * : tt Je ne peux pas m'empêcher de dire que j'ai vu avec une surprise extraordinaire (dans un temps où la paix et la liberté de notre cher pays seraient évidemment en danger, à défaut de l'assistance prudente et sage d'hommes courageux) la conduite qu'a tenue la ville de Dordrecht qui jamaisn'avait failli en pareille occasion. Elle a envoyé ici des députés qui, au simple nom d'un enfant et au reçu de la lettre de deux princesses veuves, se sont laissé tellement intimider, qu'ils ont honteusement abandonné leur poste, sans qu'il ait été possible de les ébranler, pour reprendre les places qui leur ont été assignées, malgré des sommations réitérées. Je vous demande donc très-humblement d'agir sur eux avec une vigilance encore plus grande; car quelquefois le vaisseau, par l'inexpérience d'un pilote ignorant, peut rencontrer un écueil ou une digue, de telle sorte que les plus habiles timoniers ne sauraient plus comment s'y prendre pour le remettre à flot. Si nous n'étions pas ici autant sur nos gardes , nous n'aurions sans doute jamais revu le port. î) L'autorité qu'il exerçait avec une énergie à la fois si vigilante et si impérieuse, était due à la confiance qui lui était acquise et sur laquelle il pouvait compter. Un jour ^^ où dans l'assemblée des États généraux il avait repoussé les violentes attaques des députés de la Frise, en dénonçant avec indignation « leurs fausses assertions, leurs injurieuses invectives et leurs excès de langage dont des hommes civilisés ne devraient jamais se servir les uns à l'égard des autres ^ , il dut sejustifier des paroles qui lui étaient imputées. Les Etats de Hollande, dès qu'ils furent réunis, intervinrent euxmêmes ^ pour prendre sa défense et lui donnèrent le témoignage public de leur approbation. Il trouvait ainsi un inébranlable appui dans leur fidèle concours.

C'était leur cause qu'il n'avait cessé de servir et dont il venait d'assurer le succès, en ne laissant aux Etats généraux aucune prise sur leur indépendance et en les affranchissant ainsi de toute sujétion

* L. man. Jean de Witt à Jacob de Witt, 12 mai 1654. 2 Résol. secr. Etats généraux, 18 mai 1654. Voir p. 198. 2 Résol. Etats Hollande, 4 juin 1654.

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vis-à-vis du pouvoir fédéral. Dès les débuts de sa vie publique, il s'était déclaré le partisan résolu de cette autonomie, et il en faisait le programme de sa politique, a Les Anglais » , écrivait-il ' à l'un des ambassadeurs en Angleterre, un an avant d'être nommé Grand Pensionnaire, «appellent les Provinces-Unies une république. Mais ces provinces ne sont pas une république. Chaque province, à part, est une république souveraine, et les Provinces-Unies ne devraient pas être appelées une république au singulier, mais des républiques fédérées ou unies, au pluriel. « Le vote de Pacte d'exclusion était la revendication de celte souveraineté provinciale. En la mettant hors de toute atteinte, de IVitt avait assuré la durée du gouvernement dont la destinée lui était conGée, et qui trouvait en lui l'éclatante personnification d'un grand homme d'Etat.

1 L. de Witt, 10 mai 1652. — Geddes, p. 202.

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