‹ Jean des bandes noires, 1498-1526Chapitre 11 sur 38 · BRAQUES · texte numérisé non relu

BRAQUES

Quêtai lie. La Seiche.

Le More. Fétu.

Baron. Le Compère.

Bande. Seichelte.

Rousseiiu. L'Unique.

Vilain. I La Tardive. .

RulTiau. Faisan.

Sylviue.

Espérance.

(Il mitonne.

.Tourdan.

Mi-cùle.

Léveillé. !

Quatre petits braques de l'année. Trois braqueau.x. de 4 mois,, petits- de la Bulorde.

Cini] petits de La Seiche, qui ont l'air de matins. Quant et, quels sont tous les chiens susdits^ .lulien en pourra donner avis à V. S. »

En outre, Laurent Salviati avait envoyé un cheval barbe.

Jean se fit amener tous les chiens pour les remettre au pied. On lui adressait aussi des faisans, des paons, des perdrix. Il revenait vers sa Toscane.

Dès juillet, il revoyait Ferrare. Le Duc, tout Français, tout Impérial, tout Papal, suivant qu'il croyait affermir

sa couronne, le politique Alphonse pouvait causer savamment avec lui des eaux thermales : il avait fréquenté, six années auparavant, ces mêmes boues d'Abano, « pour s'y guérir des infections contractées durant sa jeunesse ». Et c'est alors que Léon X avait envoyé l'évêque de Vintimille et six cents hommes au pays de la Mirandole, avec ordre de se saisir de Ferrare si le Duc mourait.

C'est de Ferrare que Jean des bandes noires adressait une lettre au successeur de Bonnivet, l'amiral de France Philippe Chabot. Il lui annonçait la venue à la Cour de son secrétaire,, chargé de ses intérêts, il le priait d'aider le favorable dénouement d'une situation toujours précaire. En effet, depuis Pavie, on ne payait ni le présent ni l'arriéré.

Ce secrétaire était Jean-François Cantalupo. De Lyon, où la cour de France se tenait en août, il écrivait à son maître. Durant des mois et des mois, ces lettres se continueront. Jean des bandes noires pourra longuement regretter le noble geste qui fit déchirer le parchemin de sa charge et de la pension accordée par François P'' ; le prudent François-Marie de la Rovère aurait pu lui dire que l'on vivait de telles aubaines.

La Duchesse Marguerite d'Alençon allait partir afin de rejoindre François I" à Madrid. Il fallait tenter d'obtenir justice avant son départ. Jean des bandes noires avait fait dire au Connétable de Montmorency, qui partait aussi pour ce nouveau voyage, de transmettre au Roi les hommages de son dévouement filial.

On s'occupait médiocrement, dans cette Cour en désarroi, des affaires en souffrance et des soldes dues. D'autres intérêts, et plus immédiats encore, sollicitaient aussi Jean des bandes noires qui venait de rentrer au Trebbio. Il y était revenu fort allègre, et tout de suite il se donnait à la chasse et à la pêche. « Il n'est pas encore,, disait l'intendant, aussi sur de cette jambe que de l'au-

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ire, bien que hier, in'a-t-oii raconté, il ail couru un bout de chemin derrière un faisan pour l'attraper. »

Mais les marquis Malaspina s'étaient remis en haleine pendant la maladie de leur adversaire. Charles Masi, capitaine et commissaire de Florence à Fivizzano, tout près de lAulla, tenait la République au courant de ces guerres locales; il racontait que les bandes noires avaient repoussé b^s agresseurs qui voulaient leur enlever deux chiiteaux-forts. Les Malaspina ravageaient le pays, « qui se donnerait volontiers à cette haute République )■, Aidés par les gens du Marquisat de Massa, forts d'un millier d'hommes, les ennemis inquiétaient les forteresses florentines, mal pourvues, de corselets et d'arquebuses rouillées.

Pendant le mois d'août, Jean des bandes noires laissa ses hommes se démêler dans leurs garnisons de Lunigiane au milieu des Malaspina. Les places cédaient peu à peu, le pays était maintenant pour ses anciens Seigneurs, et les approvisionnements, les recrues affluaient vers eux. On saccageait, on incendiait.

Mais les intérêts de la paye en France, qui devenaient plus obscurs de jour en jour, avaient fait craindre à Jean de Médicis d'avoir à dépêcher son intendant lui-même, Suasio, à la Cour. Il lui avait fait donner un bénéfîce, pour l'encourager. Une autre question le retenait encore dans son Trebbio, près de Florence ; Pierre-François de Médicis venait de mourir. Pauvre cadet, bourgeois plus qu'à demi , valétudinaire de corps et mesquin d'esprit ; le meilleur Médicis pourtant, puisqu'il engendra Lorenzino.

Déjà, sur la fin de 1524, Marie Soderini décrivait à Marie Salviati les malaises de Pierre-François, les coliques, les fièvres tierces qui l'épuisaient. La maladie venait de l'abattre à Cafàggiolo : de Florence, où elle restait pendant que son mari bouleversait le Trebbio par sa vie soldatesque, Marie Salviati communiquait les volontés

du Pape elle sommaire du testament, comme le lui avait transmis Octavien de Médicis au nom de Clément VII. Elle demandait l'avis de Jean des bandes noires pour le deuil que les Soderini priaient de faire prendre au petit Cosme.

Le rancunier Piei re-François ne nommait point, en son testament, Jean des bandes noires « ni en bien ni en mal )). Le Pape cependant ne laissait pas de r.jconnaitre Jean pour chef de la branche cadette, et le cardinal Passerini lui écrivait en cette qualité.

« Vous savez, répondit Jean au cardinal, et vous pouvez avec votre sagesse beaucoup mieux accommoder les choses, en dormant, que moi en veillant. » Mais il apprenait au cardinal, de la même plumée, que le défunt avait laissé force dettes, et qu'à son avis « l'honneur devant passer avant les messes » on pouvait réserver l'argent du Saint Père pour les payer, plutôt que pour les mille messes demandées par Pierre-François.

Dans cette lettre, il s'excusait de ne point venir à Florence, voir Silvio Passerini, « à cause de soninfir.nité ». Marie Salviati ne croyait pas à cette excuse ; elle savait pourquoi la vie obscure et libre du château plaisait mieux à son époux. Elle disait à l'intendant Suasio, qui songeait au départ pour la France : « Notre très cher; derechef j'ai été exhortée, et par le médecin, et par ceux qui aiment fort le Seigneur, d'user de tous les moyens possibles pour qu'il vienne à Gastello, ou à Florence ; et c'est vous, qui êtes auprès de lui, qui le pouvez faire plutôt que moi ; mais attendu que je vous sais occupé non médiocrement dans une province (un gouvernement) pareille, je n'écrirai rien de superflu. Il suffît qu'en ceci vous m'informiez de tout, et l'encouragiez à ne pas se dissiper; ce serait facile à obtenir, s'il n'avait pas sans cesse les appeaux autour de lui. Que Dieu très bon, très grand, daigne lui donner quelques gouttes de bon sens. »

Les appeaux, les leurres, auxquels Marie voyait se prendre son tiercelet, ne le retinrent pas longtemps. Parmi de petites requêtes, qu'il expédiait avec sa large bienveillance, il lui arrivait des nouvelles mauvaises, au sujet de l'Aulla ; les Malaspina l'assiégeaient, avec deux mille hommes et trois pièces de grosse artillerie, venues de Sarzana ; tous les marquis étaient devant les remparts : le marquis Laurent de Fosdiimovo, le marquis Spinetta des Monts, le marquis Guillaume, le marquis Jacques, fils du marquis Galéas du Château de l'Aigle. Le vol tournoyant de gerfauts, exaspérés par les insultes, et par la captivité des leurs, voulait en finir avec cette aire du Médicis, qui les gênait.

Quatre-vingt-dix cavaliers espagnols, que la paix désoccupait, les renforcèrent. Les Florentins ordonnaient à leur Commissaire de rester neutre. Mais, le lundi soir 18 septembre, Jean des bandes noires apparut en personne au pied de l'Aulla. Sept cents hommes de pied, cinquante chevau-légers le suivaient. En un tour de main, il reprit tout ce qu'on lui avait péniblement enlevé, et ce fut le tour des marquis déroutés de voir saccager leurs châteaux. Au seul bruit de son arrivée, ils avaient dégagé l'Aulla, ils s'étaient enfoncés dans tous les repaires de la contrée.

Que voulait Jean^ las de ces terres éternellement disl)Utées ? Un accord, des arbitres, et de l'argent. Jacques Gorsi passait, au nom de Florence, la revue des forteresses, pour étabUr les conditions. Dès le 2G septembre, Jean des bandes noires allait quitter les bords de la Magra torrentueuse, laissant les pauvres gens de la Lunigiane, seules victimes, abandonnés et désolés. Le 27, il partait, rendant, moyennant qu'on lui solderait une somme de deux mille cinq cents écus d'or, au marquis Guillaume, sous le nom de l'Empereur, l'Aulla, Panzano, Bibola, Pallerone, Bigliolo, toutes ses prises, et « tous à grand

regret rentraient sous le joug des susdits marquis. » La quittance par devant le notaire Ser Pierre de Médicis de Panicale, fut signée le même jour et remise au marquis Antoine. Et, dès le o octobre, les Malaspina, par les mains du marquis Antoine, versaient à Jean de Médicis l'indemnité des deux mille cinq cents écus d'or. Ils se remirent tout de suite à détrousser, à molester leurs vassaux et leurs voisins, pour rentrer dans leurs frais.

Pourtant, le nom des Mala?pina, tout ruisselant de massacres et de rapines, brille avec justice parmi les antiques noms d'Italie. Pourquoi? C'est qu'en treize cent six, le marquis Moroel Malaspina reçut à son foyer Dante Alighieri. C'est, encore, que le marquis Franceschino Malaspina ouvrit son château de Mulazzo devant les pas de Dante. Les Médicis peuvent montrer beaucoup de gloire autour de leurs écussons. Ils n'ont point de gloire pareille!

Ce n'était pas pour s'éterniser en Toscane que Jean de Médicis rentrait au Trebbio. Il allait partir, on le savait, et le petit Cosme lui écrivait; Marie Salviati, sans doute, avait renoncé, car elle faisait recommander ses protégés par Luc Antoine Cuppano. Il s'agissait d'un « vaillant homme, qui avait tué son neveu, et dont son oncle voulait faire un soldat auprès du Seigneur, car on craignait que ses parents ne le tuent, ou fassent tuer ».

Le petit Cosme, avec sa grosse écriture d'enfant où l'on sent la main de son maître, le curé Suasio, disait : « Illustrissime Seigneur mon père. Je désirerais qu'avant le départ de Y. 111® Seigneurie vous m'accordiez de venir au Trebbio vous voir, je ne saurais présentement avoir faveur et joie plus grande, et je me recommande à V. Seigneurie, que Dieu tienne... etc. » Le petit prince datait sa lettre de la Topaïa, cette villa perchée au-dessus de Castello, celle-là même qu'il octroiera plus tard, étant Duc, au vieux Forlunati, puis à l'historien Benoît Yarchi.

OÙ donc allait s'établir Jean? Il allait se faire corsaire, pirate contre les pirates, afin d'occuper les bandes noires. Il allait armer des vaisseaux pour la course. Le l'ape avait cherché manière de l'employer et de le soutenir. Il avait demandé quelques bribes dans le royaume de Naples « assez pour faire vivre le seigneur Jeannin de Médicis ». Mais c'était là des paroles. Il fallait vivre, en effet, pendant cette paix, ces intrigues sourdes, si mauvaises aux condottieri.

Fano, ville de la « Marine », postée au revers de l'Apennin qui domine la mer, Fano, toute proche d'Ancône, au pays des premières armes, avait toujours été la ville, dans les Marches, qui plaisait le mieux à Jean des bandes noires. On dominait l'Adriatique, du haut de Tantique Fanum. La grande aventure des mers allait tenter cet intrépide.

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