‹ Jean des bandes noires, 1498-1526Chapitre 8 sur 38 · LA BLESSURE SOUS PAVIE · texte numérisé non relu

LA BLESSURE SOUS PAVIE

« Du temps du pape Léon, écrivait un jour Marie Salviati courroucée, tous les gredins ont eu quelque chose ; excepté nous! » Elle a laissé dans la correspondance de cette époque les mille traces d'une activité dévorante. Elle anime Fortunati, parle, intrigue;, affirme avec rage que : « les promesses de Sa Sainteté ne manqueront pas, que Jean a recommandé Cosme, qu'il va pouvoir ne plus penser à son fils, qui l'inquiétait, mais à lui seul, » elle voudrait faire venir Jean lui-même à la Curie.

Elle obtient la première faveur. Elle va s'installer à Ro ne, auprès de son père toujours aimé par les Papes, à côté de sa vaillante et admirable mère, elle va mettre son fils sur le même pied que ces deux bâtards favoris, Alexandre et Hippolyte. Elle déploie une astuce et une énergie bourgeoises à faire de Cosme un vrai prince, bien en vue, doté, rente. Le Pape commence à donner dès le mois de janvier. C'est vingt ducats, pour un cheval au petit Cosme ; puis, en mars, deux cents ducats à Marie Salviati ; et quatre encore, pour équiper le cheval du principicule.

Ce cheval va le mener à Rome. Et Jean des bandes

noires s'en réjouit de loin : « Très-chère épouse, écrit-il de Milan à Marie Salviati, puisque le mauvais sort a voulu que la haquenée que je te voulais envoyer soit fourbue, je neveux pas néanmoins que tu manques d'aller à Rome ainsi que je te l'avais écrit ; aussi je te répète d'y aller, et le plus tut sera le mieux ; loge-toi dans ton Palais Salviati, chez toi, j'en aurai plaisir.

<( Arrivée que tu seras à Rome, dès que tu pourras tu iras aux pieds de Sa Sainteté, tu les baiseras derechef en mon nom, et suivant les paroles qui te viendront sur le moment tu me recommanderas à Sa Sainteté, tu lui feras entendre ce que tu sais de mon état, et puis comment j'ai été et je suis au service du Seigneur Duc, et à cette entreprise-ci pour le compte de Sa Sainteté ; et que je ne suis pas homme à manquer de faire tout mon possible pour bien faire honneur à notre maison. De vrai, je suis accablé de dépenses, et voici longtemps que l'on m'a fort mal payé, comme Sa Sainteté le sait bien, à laquelle je me suis maintes fois plaint par lettres. Je sais bien que Xotre Seigneur pense à mes affaires, tant présentes qu'à venir et qu'il a fait dire au Seigneur Duc, ici à Milan, qu'il fournisse à mes dépenses en m'octroyant un Etal qui me rapporte 6 ou 8 mille ducats ; si je l'avais, ce serait prou. Nonobstant, considérant la variation de ce pays et les continuels mouvements dont il est travaillé chaque jour, il me paraît qu'il y aurait lieu de penser, en outre de cela, à une chose plus ferme et stable, et de plus de fondement. Et ce que cela pourrait être, c'est ce qu'il ne m'appartient point de dire à Sa Béatitude, laquelle, si elle le veut, n'en manquera point. Ce n'est point que j'aie de grandes prétentions, mais je pense seulement à un revenu qui me permit en fait de ne pas être toujours à mourir de faim et sans trêve sur le gril. Je ne puis non plus réformer mes dépenses. Car, celui qui veut être en crédit près des soldats, il faut à toute force qu'il dé-

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