‹ Jean et Sébastien Cabot [microforme]Chapitre 39 sur 219 · Lettre de Pasqualigo, Append. VIII · texte numérisé non relu

Lettre de Pasqualigo, Append. VIII

pagnole dit même que ce fut à diluculo », ce qui enlève encore un ; q

Parti de Bristol au commencement de mai, — mettons le 6, — Jean Cabot atterrit le 24 juin, soit une traversée de quarante-neuf jours. La distance de Bristol au cap Percé est Cgale à 2,243 milles marins. La traversée a donc été d’une moyenne de 45 à 46 milles par jour; ce qui donne moins de deux nœuds à l'heure.

Comment Cabot aurait-il pu franchir cette distance du cap Percé à l'ile du Prince-Edward, cent vingt-neuf milles, entre le lever et le coucher du soleil, quand son navire ne comportait qu’une marche maximum de trente-deux milles pour seize heures ? Les difficultés de navigation étaient même, au 24 juin, beaucoup plus grandes qu'auparavant. Cabot, à cette date, ne se trouvait pas en pleine mer où, ne craignant guère les récifs et les bas-fonds, son navire pouvait évoluer à l'aise et obéir, autant que sa légère voilure le lui permettait, à l'impulsion d’un vent favorable. Ici, dans les parages du cap Breton, il était en vue d’une terre absolument inconnue, longeant des côtes profondément denteltes, dans des eaux exigeant de fréquents sondages. Il avait aussi à lutter contre de forts courants, et cependant, c’est malgré ces obstacles, alors que son navire pendant quarantehuit jours lui avait à peine donné deux milles à l'heure, que tout à coup, prenant des ailes, il aurait quadruplé sa marche ?

Nous hésitons à admettre ce phénoméne.

Ces raisons ne sont pas les seules qu’on puisse

alléguer contre l'authenticité d’une découverte qu’au-

raient accomplie les Cabot en ce lieu même au cours de leur premier voyage.

Plusieurs cartes officielles dressces par les propres collègues de Sébastien Cabot antérieurement à son départ définitif d’Espagne, indiquent les découvertes des Anglais au nord-ouest.

Or, par le mot Jngleses apposé dans les parages de l'Amérique septentrionale sur toute carte des premiéres vingt-cinq annces du xvie siècle, il faut entendre les Cabot, surtout lorsque, comme dans le planisphére de Ribeiro conservé au Vatican, on y voit ajoutée la spécification : « de Bristol". » Il n'y a pas, en fit, hormis les expéditions cabotiennes, de voyage accompli pour le compte de l'Angleterre autre que celui de la Mary Guilford et du Samson, fait par John Rut, qui ait laissé des traces, et ce voyage cest de l'année 1527.

Sébastien Cabot à eu forcément connaissance du lieu où les cosmographes portugais et espagnols n'ont jamais cessé de placer les découvertes des Anglais, c’est-i-dire les siennes propres. Il avait qualité pour corriger les erreurs cartographiques des pilotes espagnols, lesquels ne pouvaient naviguer au Nouveau-Monde sans avoir subi les examens qu'il leur imposait comme pilote major. Le Padron

1, R. Thomassy, Les Papes géographes, Paris, 1852, in-8, p. 121.

Real! était aussi dans les attributions de Cabot, lequel faisait partie de droit des commissions de cosmographes nommées à l'effet de reviser les cartes marines et d'y ajouter les pays nouvellement découverts ; enfin, c’est lui qui gardait sous clef toutes les cartes de l’hydrographie espagnole”. Il a donc connu les planisphères dressés à Séville. Comment se fait-il, alors, que les découvertes attribuées aux Anglais par les cartographes qui travaillaient sous ses ordres et sous ses yeux, ne soient pas placées dans les parages de l’île du Cap-Breton, puisque Cabot lui-même affirme que cest bien là, à l'entrée du golfe Saint-Laurent et à l’île du Cap-Breton que lui et son père sont venus atterrir? Pourquoi cette terre des Bacallaos qu'il déclare sienne, en vertu d’une découverte accomplie trente ans auparavant, est-elle octroyée aux Cortereal par tous les cartographes, même après Mercator, tandis que les découvertes des Anglais ou des Cabot sont reléguées au pays des Esquimaux ?

Il n’y avait aucune raison politique pour dissimuler la part qui revenait à l’Angleterre dans les expéditions transatlantiques. Ni les Portugais ni les Espagnols n'étaient en guerre avec Henry VIII. Les deux bulles d'Alexandre VI ne pouvaient non plus être une

1. Voir pour le détail des attributions du pilote major et le caractère de ce Padron Real, la cédule nommant Americ Vespuce à ces fonctions, le 6 août 1508. Navarrete, t. III, p. 299.

2. Veitia Linage, Norte de la Contratacion, lib. II, cap. XI, p. 146.

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raison, car à l'endroit même où Sébastien Cabot marque son atterrissage et où son pére aurait planté les bannitres de saint George ct de saint Marc le premier nom qui saute aux yeux, c'est celui de @ Tierra de los Bretones. » Les Portugais et les Espagnols pouvaient donc tout aussi bien inscrire à la place: « Tierra de los Ingleses, » d'autant plus qu’à l'époque où Reinél, Ribciro et Chaves dessinaient des cartes pour Charles-Quint, ce monarque guerroyait avec François Ir, roi de France et, jusqu'en 1532, duc de Bretagne.

Il est aussi digne de rémarque que les Portugais, les Espagnols et les Italiens n'étaient pas seuls à placer au Labrador l'atterrissage des Anglais. Ces derniers qui, certes, devaient être exactement informés, fixent eux-mêmes comme lieu de leurs premières découvertes transatlantiques une terre plus boréale de dix degrés que l’île du Cap-Breton. Hakluyt en a public les preuves documentaires.

Robert Thorne, de Bristol, riche nc

gociant établi à Séville, croy

ant à l'existence d’un passage au nord- Ouest, fit, en 1527, des démarches pour engager Henry VIII à tenter une nouvelle entreprise. À cet

effet il adressa à son Souverain une lettre‘, et à

Edward Leigh, ambassadeur d'Angleterre auprés de

1. À Declaration Of the Indies and landes Emperour. Hakluyt, Divers voyages , p, 2 Navigations, t, I, p. 216.

discouered and subdued vnto the 7 de la réimpression, et Principall

Charles-Quint, un mémoire et une carte " de la partie septentrionale du nouveau continent.

Dans le mémoire, Thorne rapporte que son père fut un de ceux « qui découvrirent Terre-Neuve [alors considérée comme terre-ferme], en compagnie d’un autre marchand de Bristol, appelé Hugh Eliot*. » On trouve, en effet, un Hugh Eliot parmi les concessionnaires des lettres-patentes octroyées par Henry VII au mois de décembre 1502, pour un voyage dans ces régions ”. Le père de Thorne avait donc visité la côte septentrionale du Nouveau-Monde vers l'année 1503.

Thorne dit, en outre, que les pays découverts à cette époque par ses compatriotes constituaient le prolongement extrême des terres nouvelles au nord, et qu’elles étaient ce que les Espagnols appellent : « Terra de Labrador *. » Puis, lorsque le lecteur se reporte à la carte même, il y relève, sur l'emplacement qui correspond aux lieux ainsi dénommés, dans les planisphères sévillans de 1527 et 1529 dits de Weimar, la légende : « Noua terra labaratorum dicta, » et

1, The Booke made by the Right Worshipfull Master Robert Thorne in the geere 1527, in Siuil ; Ibidem. La carte ne se trouve que dans les Divers voyages, mais elle a été reproduite en fac-similé dans la réimpression de la Société Hakluytienne, en 1850.

2. « This desire of this discouerie I inheriled of my father, which with another merchant of Bristowe, named Hugh Eliot, vere the discouerers of the netve found lands. » Hakluyt, Princip. Navig., t. I, p. 219.

3. Rymer, Fœdera, t, V, pars IV, p. 186; Kohl, Documentary History of Maine, p. 186.

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