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Divers voyuges, p. 38 de la réimpression

sur les ondes qui baignent toute cette côte : « Terra nec ab Anglis primum fuit inuenta. »

Thorne était anglais de naissance, vivant à Séville, forcément en compagnie de Sébastien Cabot ', son compatriote par adoption; ses lettres témoignent

d'une grande connaissance du sujet; il tenait ses renseignements de son pére, citoyen de Bristol, témoin | du départ et du retour de la première expédition de ; Jean Cabot, et qui, moins de cinq ans après, explora ÿ en personne les régions découvertes par ce dernier. Où ; trouver un témoignage présentant plus d'éléments de

certitude? Or, Robert Thorne, on vient de le voir, dans un mémoire et sur une carte qui devaient passer sous les yeux de son roi, détermine la position des terres trouvées par ses compatriotes. Il les place à l'extrême nord du nouveau continent, et il les identifie explicitement avec le pays qu’en: Espagne on appelait le Labrador ‘. Si, maintenant le lecteur daigne jeter les yeux sur les cartes de Weimar, lesquelles sont contemporaines du mémoire de Thorne et également datées de Séville, il verra que pour les Espagnols, en 1527, le Labrador ou « fierra que descubrieron los

1. Thorne adjoignit même à Cabot deux Anglais pour se rendre compte des découvertes que ce dernier devait faire lors de l’expédition à la Plata, Report of a voyage of two Englishmen in the company of Sebastian Caboto in april 1527, taken out of the information of Mr. Robert Thorne, Hakluyt, t. IL, p. 727.

2. « Which mayne land or coast goeth Nortinvarde and finisheth in the lande that ivee founde, which is called heere, Terra de Labrador, » Loc, cit., t. I, p. 216.

Ingleses, » n'est pas l'ile du Cap-Breton, mais bien une contrée située dix degrés plus au nord,

Ces données trouvent une confirmation, assez inattendue, dans les propres assertions de Sébastien Cabot, recueillies de ses lévres mêmes ‘ par un témoin digne de foi, et qui ctait son ami.

« Ces régions, dit Richard Eden, sont nommées Terra Florida et Regio Baccalearum où Bacchallos, au sujet desquelles vous pouvez lire quelques détails dans la relation du voyage de ce digne vieillard, encore vivant, Sébastien Cabote, au livre VI de la troisième Décade *. Mais Cabote n’a atterri qu’à Pextrémité* seplentrionale et la partie la plus sauvage, d’où

1. Le passage en question se trouve dans l'ouvrage où, à plusieurs reprises, Eden rapporte des paroles qu’il dit tenir de Sébastien Cabot « himselfe, » Supra, page 37, note 2,

2, Eden fait allusion à sa traduction des Décades de Pedro Martyr, dont nous donnons le texte latin de la partie qui se rapporte à Sébastien Cabot, dans notre appendice XIX.

3 « These regions are cauled Terra Florida and Regio Baccalearum or Bacchullaos of the awhich you may reade sumvhat in this booke in the vyage of the svoor= thy owlde man yet lyuing Sebastiane Cabote, in the VI. booke of the thyrde Decude. But Cabole touched only in the north corner and most barbarous parte hereof, from ohense he vas repulsed with Ise in the moneth of July ». The Decades of the New Worlde written in Latin by Peter Martyr of Angleria, and translated into Englysshe by Rycharde Eden : Lond. 1555, in-4; préface, sign. Ci. Comme le dit justement M. J. Carson Brevoort, ce curieux passage, qu’il a le premier signalé (Werrazano the Navigator, New-York, 1874. in-8, p. 76), a l'apparence d’une glose dictée par Cabot pour expliquer le sens des assertions de Pedro Martyr, que Eden traduisait alors en Angleterre, probablement sous les yeux du vieux navigateur.

Le texte porte : « corner », mot qui est employé dans le sens d’ « angle », mais aussi dans celui d’ « extrémité » : « Corner. The end, extremity, or limit, » Webster, Dictionary, 1849, in-4, p. 267, sur l'autorité de la Bible anglaise dite Version du roi Jacques,

il fut repoussé par les glaces au mois de juillet, »

Nous reconnaissons qu'après avoir pesé ces arguments, le lecteur est fondé à se demander quel pouvait Ctre l'intérêt de Sébastien Cabot à placer son point d'atterrissage au cap Percé plutôt qu'au Labrador, si c’est véritablement sur la côte de ce dernier pays qu'il aborda. Les manifestations de la vanité humaine sont multiples. Ce n'est peut-être qu’une question d’amour-propre. Cabot aura préféré passer Pour avoir découvert un pays que la France cherchait alors à coloniser, et de riches pêcheries qui depuis quarante ans attiraient les navires de toutes les nations du littoral de l'Atlantique, plutôt que ces terres désolées où, selon le langage des COSMoOgraphes espagnols ct portugais, il n'y avait rien qui vaille : « nada de provecho !, »

En résumé, le peu de durée du premier voyage des Cabot, l'impossibilité de circonscrire leur découverte dans les termes qu'emploie Sébastien, l’époque tardive où il réclame l’île du Cap-Breton pour sa prima vista, quand pendant trente ans, avec son concours, S£S compagnons de chaque jour, ses confrères et ses élèves, fixent quinze degrés plus au nord le lieu où, selon leurs données, il aurait abordé, détermination qu’adoptent les cartes marines de tous

1. « No ay en ellu cosa de provecho », planisphère de Diego Ribeiro, ct carte de Alonso Chaves d'après la description d'Ovicdo,

les peuples, avant, pendant et après la confection du planisphère de 1544, tout cela constitue un ensemble de raisons dont le critique doit tenir compte.

Il est donc possible que, malgré ses assertions, Cabot ait atterri en 1497, non à l’île du Cap-Breton, mais sur la côte du Labrador. Il était même dans la

nature des choses que, partis de Bristol, les Cabot vinssent y aborder, plutôt qu'à à l'entrée du golfe Saint- Laurent. Mais ceci n’est qu’une hypothèse, qui appelle l'attention sans que l'historien puisse cependant cspérer résoudre la question avec les documents aujourd'hui connus.

BMELON la carte de 1544, c’est à l'ile du A Prince - Edward que Île 21 juin 1497 nous aurions laissé les Cabot. Quelles RL terres cxplorérent-ils avant de revenir en Angleterre? Lorenzo Pasqualigo dit qu'au retour Jean Cabot reconnut à sa droite deux îles : « e altornar al dreto a visto do ixole. » Ce sont les seuls renseignements que nous possédions.

Si l’on accepte la position de la petite flotte de Cabot au moment où, de l’île du Prince-Edward, elle se prépare à continuer son périple, c’est-à-dire la Proue tournée du côté de l'ouest, les seules îles notables que Cabot ait pu voir à sa droite sont Anticosti et Terre-Neuve. Dans ce cas, il côtoya la Gaspésie, atteignit les côtes du Bas-Canada et vint déboucher dans l'Atlantique par le détroit de Belle- Isle.

Sitelle avait été la route suivie par Cabot, Terre- Neuve n'aurait pas continué à figurer comme terre

ferme sur toutes les cartes sans exceptions, pendant quarante ans encore!

Ce navigateur n’a pas eu non plus assez de temps pour une exploration aussi étendue. Il lui fallut du commencement de mai au 24 juin pour arriver du port de Bristol aux parages du cap Percé, soit quarante-neuf jours. Dans l'hypothèse où, porté par les vents d'ouest et le Gulf-Stream, son « piccolo naviglio » franchit au retour cette distance en gagnant un tiers du temps employé pour accomplir le voyage d’aller, comme Cabot était déja à Londres pendant la première semaine d'août 1497, il aurait exploré tout le golfe Saint-Laurent, contourné un nombre infini de petits caps et traversé le détroit de Belle-Isle aux abords si dangereux, en moins de douze jours. Ce n’est guère probable. Que penser aussi des récits et des commentaires qui, non satisfaits d’une navigation aussi étendue, font en outre remonter Cabot, au cours de ce même voyage, jusqu’à la baie de Hudson et descendre jusqu'aux Florides ?

Si, au contraire, nous plaçons l'atterrissage sur le littoral du Labrador, on s'explique qu'après avoir fait une brève tentative dans la direction du détroit de Davis, Cabot, ne trouvant rien qui vaille : « no cosa de provecho, » ait viré de bord. En suivant la côte orientale de Terre-Neuve, il a pu alors voir des îles à tribord, telles que Grouais, Belle-Isle bis, Fogo et l'archipel de Bonavista.

En résumé, les documents que nous connaissons ne sont pas assez précis pour déterminer le périple des Cabot en 1497. Le critique se trouve réduit à forger des hypothèses sur ce que Sébastien a racontt ou voulu faire croire, bien que dans ses récits (tels qu'ils nous sont parvenus) il y ait évidemment confusion entre plusieurs voyages, et que les résultats de deux ou de trois expéditions soient présentés comme devant se rapporter au seul voyage de 1497.

Or, si nous en croyons les paroles que l'Anonyme de Ramusio attribue à Sébastien Cabot, ce dernier serait allé sans son père, en 1496, directement de Bristol jusqu’à l'ile du Cap-Breton. Traversant le golfe Saint-Laurent, il aurait atteint les côtes du Labrador, traversé le détroit de Belle-Isle et rangé le littoral jusqu’au 56€ degré ', ou jusqu’au 60° degré, voire jusqu’au 67° degré 30° de latitude nord: Ca gradi 67 et mezzo, sotto il nostro polo. » C'est-à-dire qu'il aurait longé le détroit de Davis jusqu’à la mer de Baffin. Revenant sur ses pas, Cabot, suivant la

côte dans la direction du sud, aurait atteint la Floride, entre les 30° et 26° degrés de latitude. De ce point, cinglant à travers l'Atlantique, il serait revenu directement à Bristol.

Et afin qu’on ne puisse se méprendre sur l’époque et la durée de ce voyage extraordinaire, achevé en

1, Ramusio, 1550, t. I, £. 415.

2. Idem, 1565, t. III, £, 417, 3, Idem, t, III, verso de Aüüij.

Co JEAN ET SÉBASTIEN CABOT

trois mois, Cabot ajoute qu’il débarqua en Angleterre lorsque la guerre sévissait entre ce pays et l'Écosse, ce qui nous reporte à l'automne de 1497 ‘. Il ajoute même, qu’en conséquence, on ne s’occupa plus de voyages dans ces régions «ne pit era in considerationc alcuna il navigare a questo parte, » et que ce fut la cause de son émigration en Espagne et du bon accueil que lui fit la reine de Castille.

Cette partie du récit est aussi peu exacte que l’autre. Il y eut certainement d’autres voyages sous pavillon anglais au nord-ouest. Les lettres-patentes des 3 février 1498, 19 mars 1501 et 9 décembre 1502, établissent que Henry VII était loin d’avoir abandonné ses visées sur les Terres Nouvelles. D'autre part, la Chronique de Fabyan, rapportée par Stow, en nous montrant Sébastien Cabot revenant lui-même dans l’année 1502 des « Newfound Ilandes before named in anno 1498, » prouve aussi que ces projets furent suivis d'effet. Enfin, ce n’est que quinze ans après, en 1512, que Sébastien Cabot se mit à la solde, non d'Isabelle la Catholique, puisqu’elle était morte depuis 1504, mais de Ferdinand d'Aragon.

1. La bataille de Blackheath est du 22 juin 1497, et la trève entre James et Henry, amenée par l'entremise de Pedro de Ayala, est du 13 décembre suivant.

A A nouvelle que Cabot avait enfin trouvé Q l'île du Brasil, les Sept-Cités et le:

royaume du Grand Khan, produisit en | #% Angleterre une trés vive impression :

€ Calbot (sic) porte le titre de grand amiral, on lui rend les plus grands honneurs, il est vêtu de soie, et les Anglais courent aprés lui comme des fous, , écrit Pasqualigo Henry VIL satisfait du résultat, promit à Cabot

de lui équiper une flotte de dix navires pour le printemps suivant, Selon Raimondo di Soncino, l'expédition devait se composer de quinze à vingt bâtiments. Les nouvelles lettres-patentes que le roi accorda à Jean Cabot, n’autorisent que l'envoi de six navires, du port de 200 tonneaux et aux frais du concessionnaire : « payne for theym and every of theyim as and if we should in or Jor our owen cause paye and

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