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CHAPITRE SIXIEME

SUITE DES ÉCRITS FRANÇAIS. — l'œUVRE TRIPARTITE. — l'a B C DES SIMPLES GENS. QUELQUES AUTRES TRAITES THÉOLOGIQUES

joiT immédiatement après son retour de Bruges, soit un peu plus tard, Gerson travailla à d'autres traités religieux, remarquables toujours par leur caractère pratique. Il n'est pas seulement un spéculateur, un contemplatif vivant d'abstractions; c'est un moraliste, et il est vraiment père pour les âmes qu'il conduit. Qu'il prêche ou qu'il professe; qu'il confesse ou écrive, son but n'est pas uniquement de parler des beautés du ciel et de l'essence de Dieu. A tous, grands et petits, savants et illettrés, il montre le chemin qui mène à la possession de l'un et à l'amour de l'autre.

Parmi les ouvrages d'instruction populaire, l'Œuvre tripartite vient en première ligne. C'est une espèce de catéchisme destiné à dégager la doctrine chrétienne de toute argutie de l'école et à la présenter aux fidèles, et même aux esprits les plus simples, sous une forme régulière et facile à saisir. Elle a été traduite, et, sous ce même nom d'Opus tripartitiun, se trouve dans les Œuvres latines.

Le manuscrit 24.867 (Bibl. nat.), qui renferme une des anciennes copies françaises, présente à la première page une petite biographie de l'auteur; puis un Prologue de Maistre Jehaji Gey^soHj Docteur en théologie^ Chancelier de l'Eglise de PariSf pour son Œuvre tripartite^ des commandements^ de confessiony et de scavoir bien mourir. Là il explique le but de son

travail, « proufîttable, selon lui, à 4 sortes de personnes » : 1° auxcure's et prêtres non lettre's qui doivent ouïr les confessions ; 2" à toutes personnes séculières ou religieuses qui ne peuvent assister aux instructions et sermons pour entendre expliquer commandements de Dieu ; 3° aux enfants et jeunes gens qui, dès leur enfance, doivent être enseignés et instruits es principaux points de notre foi ; 4° aux personnes qui fréquentent les hôpitaux et maladreries, et qui ont la sollicitude des malades. « Gloire à Dieu, dit-il en terminant, en quel nom, pour le salut des âmes du simple peuple chrétien, et pour eux montrer en gros la teneur de notre foy, et sçavoir ce que Dieu nous commande et deffend, est donnée ceste briefve escripture. »

Suit un mandement de Jean de Foix, archevêque de Bordeaux et primat d'Aquitaine, sur le profit inestimable que l'on peut faire de cette œuvre. Il dit l'avoir fait copier, puis imprimer en latin et en français, et par le présent mandement du i5^ jour de septembre lôig, il enjoint aux curés, hospitaliers, maîtres d'école, etc., de s'en servir.

Enfin le texte de l'ouvrage lui-même comprend trois parties : La première, consacrée aux commandements de Dieu, pose d'abord en principe les titres de Dieu à notre obéissance : « Coînment le monde fust crée' de Dieu, qui est un en 3 personnes. — Mesmement, nous devons croire et tenir qu'il est un Dieu en 3 personnes : Père, Fils et Saint-Esprit, par qui a été fait de rien tout le monde, car il peut tout, et fait tout ce qui existe, selon sa doulente bonté. En espécial il crée les créatures humaines auxquelles il donne âme immortelle en sa semblance pour lui cognoistre, aimer, servir et honourer, afin que par bien vivre en ce siècle, elles viennent à la gloire pardurable de passer en l'autre vie avec les bons anges. Contrairement avec les anges mauvais iront ceux qui vivent comme se ils feussent bestes sans âmes ou ennemis de Dieu en chair humaine. » Puis viennent les articles suivants : Commefif, pour le péché des premiers parents, nous sommes venus en telle misère. — Comment Dieu nous racheta ; quelle est notre généi'ale créance. — Quelles choses Dieu nous commande. Là un article spécial est consacré à chacun des 10 commandements. Ensuite : Cofnment nous dej'ons regarder en ces 10 pi^éceptes pour nous cognoistre. — Comment on se doibt garder de faire autriiy péchier.-^ Qiiant et comment on doibt se confesser. — Comment, pour dire de

bouche ou de cuer trois véi^ités^ 7ious nous mettons en estât de grâce. Peut-être sera-t-on curieux de connaître ces trois vérités, les voici : 1° Si j'ay péché ainsy contre votre bonté, je m'en repens et m'en déplais, pour ce que vous estes digne d'être aimé, honoré, et que vous m'avez commandé le contraire. — 2° Sire, j'ay bon désir et ferme propos, moyennant votre ayde, me garder d'ores en avant de reenchoir en péchié, et mettray peine à oster et fuir les occasions d'iceluy. — 3° Sire, j'ay bonne volonté de me confesser entièrement en temps et lieu, selon le commandement de vous et de vostre Eglise. — « Toutes les fois, ajoute Gerson, en quelconque lieu le pécheur dit à Dieu ces 3 vérités en conscience et sans mentir, saiche de certain qu'il est en état de grâce et de salut; et sont ses œuvres, valables à la viepardurable. Et s'il mourait en cet estât, sans autre confession, soit soudainement, ou en dormant, ou à deffaut de prestre, il serait sauvé finablement, en payant la peine en purgatoire, qui est un lieu de très âpre douleur, mais d'où l'on sort. «

La seconde division de l'Œuvre tripartite traite de la confession et renferme un examen de conscience qui suit minutieusement les péchés capitaux : Si tu as recherché les louanges au détriment des autres. — Si tu as entretenu ire et courroux contre le prochain, etc. Les écoliers n'y sont pas oubliés, et une partie de l'examen leur est propre. Il y est question de savoir si l'écolier a bien gouverné son cuer et ses cinq sens corporels ; s'il a été paresseux à se lever pour aller à l'école ou à l'église, à dire ses heures, à ouïr la messe ou faire sa pénitence.

Cy commence la science de bien mourir. — Tel est le titre de la tierce partie : « Si les amis d'un malade, y est-il dit, font grant diligence envers lui pour la vie corporelle et faillable, Dieu et charité requièrent, que eulx soient plus soigneux pour son salut et vie espirituelle et pardurable. En ce dernier besoing, voit-on qui est vrays amis, car n'est pas de miséricorde plus nécessaire et proufittable. »

L'ouvrage s'ouvre par quatre exhortations au malade. — \. Mon ami ou amie, pense à la grâce que Dieu te fait en te donnant connaissance à ce dernier trespas, au lieu de te laisser mourir de mort soudaine. Si le dois bien recognoistre et remercier, et recourir maintenant à sa miséricorde. — IL Pense que nous sommes tous en la main de Dieu. N'est homme, ne roy, ne prince ou aultre qui ne meure, car nous n'avons pas été mis au

monde pour y demeurer, mais pour acquérir le logis et la gloire du Paradis par bien vivre et bien mourir. — III. Pense que tu as fait plusieurs péchés dans ta vie par lesquels tu as mérité d'être puni. Tu dois bien prendre la peine de ta maladie et la douleur de ta mort en bonne patience, et priant Dieu que tout tourne à la purgation de ton âme et rémission de tes péchés, et que ce soit ton purgatoire. — IV. Pense à cette heure à ton salut, car, par adventure, jamais n'y pourras retourner. Et laisse toutes pensées des choses mondaines, lesquelles ne te suivront point.

Il procède ensuite par interrogations pour s'assurer des dispositions du malade. — I. Mon ami ou amie, veux-tu vivre et mourir en la foy chrestienne de Notre Seigneur Jésus-Christ comme loyal et vray fils de l'Eglise ? Respons cy. — II. Demandes-tu pardon à Dieu et à tous saints et saintes de tes faultes et péchiés passez, de ce que tu as fait contre leur amour ou bonté, et que tu ne les as pas honorés comme tu eusses deu ? Respons cy. — III. Pries-tu dolente Notre Dame de te donner repentance et te secourir, par amour pour son Fils? — IV. Has-tu point conscience de péchié mortel duquel tu ne sois confessé et que tu puisses avoir encore temps d'avouer et de recepvoir miséricorde ? — V. Pardonnes-tu de bon cuer à tous et toutes, en l'honneur et pour l'amour de celluy Seigneur duquel tu attends pardon ; et demandes-tu pardon à tous ceux auxquels tu as fait peine, de parole ou de faict ? — VI. Renonces-tu de bon cuer aux biens temporels ès-vue des éternels, et remets-tu ta famille ès-mains de la divine Providence?

Enfin il suggère au malade quelques courtes oraisons : — Mon ami ou amie, dis maintenant de bon cuer à Dieu : Dieu, mon bon Père, ayez pitié de moi; je commande mon esprit en vos mains. — Père de miséricorde, ayez pitié de vostre povre créature ; aydez-moi en ce dernier besoing ; secourez ma povre âme desconfortée, recepvez-moi au nombre de vos élus. — Mon doux Sauveur et Racheteur, je réclame bénéfice de votre Passion ; je viens à vous; ne me reboutez pas ; je demande Paradis. — Dy à Notre Dame : Bonne et dévote mère de miséricorde et refuge des pécheurs, accordez-moi à luy prier, pour que, par votre . amour, il me pardonne tout, et me preigne en sa grâce... ^\

Gerson n'oublie pas ce qu'il faut faire si le malade a perdu la parole, et il termine en disant : « Item. Pour ceste cause, et pour

ce que la maladie corporelle vient aulcunes fois par la maladie de l'âme, le Pape commande par expresse décrétale à chacun médecin qu'il ne ordonne point médecine au malade lequel il visite, ne que par avant il l'ait exhorté de appeler le médecin de l'âme, son Pasteur ou son confesseur. Et seroit expédient que, en chacun hospital ou Maison-Dieu, par ordonnance faite, on ne receut malade qui ne se confessât dès le premier jour, ou au moins qui ne se présentât au prêtre à ce ordonné, comme on garde nottablement à l'Hostel-Dieu de Paris (i).

L'Œuvre tripartite, on le voit, ne renfermait rien de bien nouveau ni de bien recherché; mais elle était éminemment pratique ; elle condensait en quelques pages les vérités chrétiennes que le peuple avait besoin d'entendre ou de lire le plus souvent. Cet écrit fut approuvé par un grand nombre de Conciles, inséré par des évêques dans plus de trente rituels. Du vivant même de Gerson, vingt-deux diocèses de France ou de Belgique l'avaient adopté, et on considérait déjà son auteur comme le meilleur théologien et un des plus savants canonistes de son temps. Plus tard, saint François de Sales fit mettre aussi l'Œuvre tripartite dans le rituel de son Eglise, et chaque dimanche au prône les curés devaient faire lecture au peuple au moins d'une partie de l'ouvrage.

Si simple que fût cet écrit, Gerson en voulut un plus concis encore, où les enfants et les personnes simples trouvassent juste les prières principales et les notions indispensables; ce fut VA B C des simples gens^ dont il fit faire de nombreuses copies. « Entendez-vous, petits enfants, fils et filles, et aultres gens simples, je vous escripray en françois cet ABC, qui contient la Patenostre, laquelle Dieu fist de sa propre bouche; VAve Maria^ que l'Ange Gabriel adressa à la Vierge Marie; et le Credo qui fut fait par les Apôtres ; et les X Commandements, et aultres points de notre religion chrétienne, lesquels ont été révélés de Dieu, et montrés au commencement en la claire lumière de grande foy dedans les âmes des saintes personnes, et auxquels on doit croire. » C'est donc un petit Manuel des choses indispensables, destiné à ceux qui ne pouvaient se procurer les heures ou autres livres si chers à cette époque. L'A B C contient en effet : La Patenostre avec ses 7 pétitions — VAve Maria — le Credo ou les

(i) Man. Jranç., 1.861,4.268, 24.867, 25.55i. — Œuvres latines, X. II.

XII principaux articles de notre foi — le texte des X Commandements — rénumération des 7 vertus : 3 cardinales et 4 morales. Gerson désigne sous le nom de cardinales la foi, l'espérance et la charité, que nous nommons théologales; et, sous le nom de morales, la prudence, la force, la tempérance et la justice, que nous appelons cardinales. — Viennent ensuite : les 7 dons da Saint-Esprit — les 8 Béatitudes — les 7 œuvres de miséricorde spirituelle et les 7 de miséricorde corporelle — les 7 Sacrements — les 7 Ordres ecclésiastiques, tant majeurs que mineurs — les 7 domaines de gloire, dont 3 à l'âme et 4 au corps : vision de Dieu clère, dilection de Dieu, certitude de ainsy estre toujours; clarté, subtilité, agilité, impassibilité — enfin les 7 peines des damnés : estre en un lieu très-horrible, et puant, et obscur ; estre en douloureux tourment de feu en tous ses sens; estre battu des diables, de très-épouvantables fligarts; estre en haine de Dieu, des saints et saintes, et les maudire, maugréer, despiter; estre raillé et frondé des démons; estre en continuelle mort sans pouvoir mourir, avec le ver ardent de conscience; et trébuchier de mal en mal et de péchié en péchié, sans fin et sans espoir (i).

En 4 pages, cet A B C donne les notions essentielles de la religion.

L'A B C d'abord, l'Œuvre tripartite en second lieu, puis la réunion de nombreux opuscules traitant diverses questions, et en tête desquels il faut mettre V Abrégé de théologie et les Règles de morale : Competidium theologiœ ; Régule morales (2), présentent donc à 3 degrés différents un aperçu de la doctrine chrétienne. Gerson ne veut oublier ni un âge de la vie, ni un état de l'intelligence. Non seulement le Christianisme entier, dogme et morale, grâce et sacrements, vices, péchés, vertus, cas de conscience, est passé en revue dans ses Œuvres, mais il en présente les principes dans un développement plus ou moins grand, selon que les esprits auxquels il s'adresse sont plus ou moins ouverts.

Il n'est peut-être pas en effet une question théologique qui ne soit traitée dans l'ensemble de travaux que nous considérons comme le troisième degré de son enseignement, et on trouve, dans certains opuscules, des détails fort intéressants.

(1) Man. franc. — Bibl. nat. 1861.

(2) Opéra, t. II.

146 JEAN GERSOX

Le Livre de la distinction des péchés moi^tels et véniels (i), renferme les titres suivants :Co;;z;;ze«/ en tout péché peut être trouvée faute vénielle seulement — Quant vaine gloire^ quant orgueil^ quant paresse ou gloutonnerie sont péchés mortels ou véniels — Quant ignorance est péché et quel — Des péchés qui sont en niarchandises — Quel mal fait péché véniel. — « Encore, dit-il, dans ce dernier article, que pe'che' ve'niel n'ôte point la gloire de Dieu, toutefois par lui viennent telz dommaiges que on s'en doibt tenir esloingné, car on en acquiert paine, on pert aultres occasions de gaigner grants mérites, et en cheit-on plus tôt en péché mortel. Et vrayment un bon fils ne doibt mie seulement se garder de faire à son père trahison telle par quoy il perde son amour et se rende digne de mort, mais se garde aussy défaire quelconque chose qui ne lui soit pointa plaisir. »

On lit à la suite de cet Opuscule : Cy commetice le livre de diverses temptacions de Vetinemi aux créatures., et est ung livre très proujîttable pour simples gens (2). — Ce titre ne ment pas. L'ouvrage traite en effet de questions qui se présentent souvent. « Pour nous humilier dessous la main de Dieu, y est-il dit; pour cognoistre en général notre grande ignorance, notre impuissance, notre fragilité; affin que nous n'ayons quelconque fiance en nous, mais en Dieu et en l'ayde des saints, je vueil nombrer aulcunes temptacions subtiles qucnous baille l'ennemi en tous nos faicts, et comment, en ce que nous pensons, parlons et omettons, il s'efforce par espécial, de nous induire à mal et de nous détourner du droit chemin. » Il énumère donc un certain nombre de tentations. — « Quelquefois, sous couleur de faire aumône, l'ennemi exhorte à acquérir de toutes parts, de tort et de travers, car il sait trop que pis est acquérir mal pour faire bien. — Aultres fois ennemy trouble la pensée de choses abominables, afin que la personne doubte estre en état de grâce, se desconforte et délaisse Dieu, etc

En ces tempacions, lesquelles, hélas! sont sans nombre, n'est que ung remède seul, selon ce qui fut révélé à saint Antoine, c'est que la personne détienne confiance et humilité, mettant de cuer et d'affection toute son espérance en l'aide de Dieu, et que elle répute souveraine grâce de Dieu, de le pouvoir amer, faisant

{i) Manuscr. franc., 1861. 2555i.

(2 Manuscr. Jranç., 1861. 4268-2555i.

toujours son devoir envers lui et ses commandements, tel que

si elle estoit en joye Et se l'ennemy te dit en ion cuer que

quelconque chose tu faces, Dieu sait bien que tu seras damné, respons que, quelconque Dieu ait ordonné de toy, toujours est-il digne d'être amé, honoré, et qu'il ne peut mentir, promettant Paradis à ceux qui le servent de tout leur pouvoir. En conclusion n'est rien qui enseigne tant les créatures, en toutes les temptacions dessus dites, et autres sans nombre, comme la grâce de Dieu qui se acquiert par oraison dévote, faite en bonne et profonde humilité et contrition de cuer, et celle grâce nous doint le Père et le Fils et le Saint Esprit, par les mérites et intercession de la Vierge et des Saints. — Amen — »

D'un bout à l'autre cette théologie morale est pleine de sagesse et de prudence. Les exemples et les détails révèlent un jugement parfait, de la mesure, et une grande habitude des âmes. Un petit traité tout entier est intitulé : Doctrine contre conscience trop étroite et sci^upideuse, exposée par maistre Jehan Gerson, docteur en téologie. « Dieu veut, dit-il, qu'on soit raisonnable quant au corps et quant à l'âme ; car si doibt la personne tellement gouverner son corps qu'il ne soit rebelle à l'âme, d'une part; d'autre part ne doibt pas perdre son bon sens et son bon jugement, ou que le cervel se troublast par trop jeûner, trop plourer ou trop mélancholier »... Il insiste pour que les personnes scrupuleuses ne reviennent pas toujours sur le passé. — « Soit oublié le passé, dit-il, fors en général pour en demander pardon à Dieu par générale contrition, comme en disant jusques à cy : — ■ Sire, j'ai perdu mon temps par mauvaise vie, je ne vous en puis aultre chose rendre, fors cuer contrit et humilié.

Si, le recevès et ne despités mie » Il prévoit le cas où

l'imagination ne cédera pas facilement, et où l'obéissance sera le seul remède au mal. — « Si le temps passé revient trop au devant, par paour de non avoir avoir faict entière confession, humilie-soy la personne, et dire : — Sire, je scay bien que par tout mon effort, je ne souffiray jamais à faire confession comme mes péchés le requerroient; néanmoins vous cognoissez ma volonté et mon désir de rien céJer, et puisque mon confesseur se tient assez informé de ma vie jusqu'icy, souffise vous, sire, car pour obéir à son conseil, je oublie le temps passé, et veux m'en aller au pardevant en votre suite. »

Certains scrupuleux donnent pour raison que le confesseur

n'a pas dû les comprendre ou n'est pas assez inte'rieur, et ilsajoutent plus de foi à leur propre jugement qu'à ses lumières. Gerson réfute ces objections dans un autre ouvrage destiné au clergé, dans la Pi^épai^ation à la Sainte Messe^ dont nous avons parlé déjà. — « Quelle erreur est la vôtre! dit-il, car enfin vous n'avez pas tel homme pour confesseur parce qu'il est instruit ou saint, mais parce que Dieu vous l'assigna pour guide. En conséquence, obéissez-lui, non comme à tel homme, mais comme à Dieu lui-même, et vous ne vous égarerez pas ».

Aucune situation d'âme n'échappe à son œil clairvoyant, et, dans ses prévisions, ses recommandations, on sent cette sagesse, cette mesure, que l'Esprit Saint inspire seul. C'est la théologie morale que développera aussi plus tard saint François de Sales. Certaines phrases sont presque les mêmes : — Demander humblement et doucement à Dieu son pardon et son ayde, et ne pas se laisser troubler et abandonner; ains comme l'enfant qui est

cheu, tend la main à sa mère Car courroucier contre soy

engendre tristesse, ennuy, désespérance C'est orgueil, c'est

mettre en soy force et confiance, ce qui ne se peut ni ne se doibt faire Et se mille fois tu est cheu en ung jour, mille fois relèvetoi par tourner les yeulx du cuer à Dieu et par dire : Sire, aydez-moy, pardonnez-moy, ayez de moy merci.

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