‹ Jean GersonChapitre 31 sur 51 · GERSON MENACÉ DE MORT — TRAITÉ SUR LA MUSIQUE · texte numérisé non relu

GERSON MENACÉ DE MORT — TRAITÉ SUR LA MUSIQUE

NE question se présentait en même temps que la pensée d'un concile général : pouvait-il se convoquer légitimement sans l'autorité du Pontife romain ? Les cardinaux réunis déclarèrent qu'on le pouvait dans le cas actuel : i° parce qu'il n'y avait pas de pape certain ; 2° parce que ni l'un ni l'autre des deux pontifes ne pouvait convoquer une assemblée générale ; 3° parce que le Saint-Siège pouvant être considéré comme vacant par le doute où l'on était sur le véritable pape, il appartenait aux cardinaux d'en élire un qui fût certain ; 4° parce qu'il n'était pas question de rien décider touchant la foi, mais seulement de détruire un schisme auquel les deux prétendants mêmes avaient jadis promis de mettre fin. Le concile s'ouvrit le 25 mars 1409 dans la vaste et belle nef de la cathédrale de Pise. Les cardinaux des deux obédiences y avaient convoqué 180 archevêques ou évêques, environ 3oo abbés et autant de docteurs en théologie. Plusieurs souverains de l'Europe y avaient des ambassadeurs, Gerson y assistait comme député de l'Eglise de France et prit part à presque toutes les délibérations. Grégoire XII et Benoît XIII, vainement sommés d'y comparaître, furent déclarés contumaces dès la première

session, puis déposés pour crime de parjure/ Le concile annonça la vacance du Saint-Siège et dégagea les princes et le peuple de toute obédience envers les deux concurrents. Mesure triste et non moins extraordinaire que ne l'était le grand schisme luimême, et qui ne fut prise, on peut le dire, que lorsque tous les autres moyens eurent échoué.

Gerson en particulier, ne s'y était rangé qu'à la dernière extrémité. Jusqu'alors il n'avait pleinement approuvé ni la soustraction d'obédience ni la neutralité, croyant seulement légitime la libre et volontaire cession de la papauté ; mais la continuité des maux de l'Eglise avait lassé son cœur ; l'opiniâtreté des deux concurrents l'avait éclairé sur le fond qu'on pouvait faire de leur parole. Il avait réfuté dans son traité de l'Unité de l'Eglise : de Unitate ecdesiastica [Opéra, t. I,, les raisons que l'on apportait contre la convocation du concile; c'est pendant la durée même du concile qu'il publia l'écrit : del Aiiferibilitaîe Papœ ab Ecclesia : de la Déposition du Pape par l'Eglise (t. I). Ces ouvrages renferment plusieurs propositions téméraires. Ils tendaient à établir que le concile convoqué aurait le droit de disposer des pontifes existahts ; de là, hélas! on pouvait trop facilement inférer qu'un concile général est supérieur au pape, ce qui devient une erreur condamnable. Mais que de circonstances atténuantes plaident en faveur de Gerson, et viennent diminuer sa culpabilité ! « Finalement, dit l'abbé Rohrbacher dans son histoire de l'Eglise, ce que Gerson a écrit sur ces matières, vu les circonstances malheureuses où il se trouvait, doit être lu avec circonspection et ne peut servir de règle » (t. XXI). Servir de règle, certainement non ! car le cas fut unique, et il faut même la gravité du cas, l'inutilité des efforts déjà tentés, l'embarrras où se trouvaient les plus droites consciences, tout le péril enfin de la situation et la difficulté d'en sortir, pour que l'on comprenne comment ont pu surgir certaines propositions qui deviendraient dangereuses si on les appliquait en d'autres circonstances. Mais tout cela étant donné, il nous semble que l'on comprend l'effarement universel. L'entente ne pouvant se faire sur aucun des deux papes, il dut venir assez naturellement à l'esprit des docteurs de proposer un concile, et, dans le désir qu'ils avaient de le voir accepter, ils ne mesurèrent point assez leurs expressions. Il s'agissait de guérir un mal invétéré, résistant aux autres moyens. Or, on commet

souvent des imprudences en opérant un sauvetage ; on ne songe qu'au plus pressé quand le péril est grand ; la terreur vous jette un voile sur les yeux ; voilà ce qui explique les propositions erronées de Gerson. Ce qui les excuse, c'est sa vie entière et ses autres travaux, montrant qu'il ne donne aux écrits de ce moment-là d'autre portée que celle du moment même. Tout ce qu'il dit dans ces opuscules s'applique à des papes douteux, non à un pape légitime et certain. On n'a qu'à consulter les opinions émises en mille autres endroits de ses œuvres ; on verra que le principe reste toujours pour lui le principe, et que sa foi ne subit pas d'atteinte. « La papauté, dit-il dans un écrit sur l'Eglise, a été instituée par le Christ, surnaturellement et immédiatement, pour avoir laprimauté monarchique et royale dans la hiérarchie ecclésiastique, état unique et suprême, suivant lequel l'Eglise est dite une sous le Christ. Oser attaquer cette primauté, ou la diminuer, ou l'égaler à un état ecclésiastique particulier, et faire cela avec opiniâtreté, c'est être hérétique, schismatique, impie et sacrilège. » Et ailleurs : « La puissance ecclésiastique a sa plénitude formelle et subjective dans le seul Pontife romain. » [De potestate ecclesiasticà) [Opéra, t. L)

On résolut donc, quoique à tort, de considérer le Saint-Siège comme vacant. Les cardinaux entrèrent en conclave, et élurent le cardinal de Milan, Pierre de Candie, religieux franciscain et docteur de l'université de Paris. Il prit le nom d'Alexandre V. Sur la demande des Pères du concile, Gerson harangua le nouveau pape. Il prit pour texte ces mots de l'Ecriture : Domine^ si in tempore hoc restitues regnum Israël (Act. i); et, dans un sage et éloquent discours, il fit parler l'Eglise demandant au Pontife de rétablir, de réformer le royaume d'Israël, de lui rendre son antique splendeur. Son rêve va même plus loin, et nous aimons à relever les paroles suivantes, qui témoignent de son attachement au siège de saint Pierre, qu'on peut opposer par conséquent, jusqu'à un certain point, à ses maximes gallicanes : « Pourquoi, dit-il, n'enverriez-vous pas des missionnaires aux Indiens dont la foi peut être si facilement corrompue, puisqu'ils ne sont pas unis à VEglise romaine, de laquelle doit se tirer la certitude de la foi? » [Sermo factus coram Alexandro papa in die ascensionis — Opera^ t. I.)

Le premier usage que fit Alexandre V de son autorité, fut d'assurer la réunion en un seul collège des cardinaux apparte-

nant aux deux obédiences préce'dentes, de ratifier toutes les mesures qu'ils avaient prises depuis leur rapprochement, et il annonça pour rannée3i4i2, un concile qui serait la continuation de celui de Pise et qui aviserait aux réformes nécessaires dans l'Eglise.

Le nouveau Pontife était digne d'occuper le siège de saint Pierre. Recueilli dès son enfance et élevé par les franciscains, dont il avait ensuite pris l'habit, il ne devait qu'à ses vertus et à ses talents d'avoir parcouru successivement tous les degrés de la hiérarchie ecclésiastique. Plein de reconnaissance pour l'ordre qui l'avait fait ce qu'il était, il accorda aux fils de saint François de nombreux privilèges. Ceux-ci, à Paris surtout, se prévalurent avec orgueil de leur situation et en abusèrent un peu. Quelques-uns, oubliant qu'il y a du travail pour tous dans la vigne du Seigneur, regardaient les curés de paroisses comme de purs agents du pouvoir temporel et s'arrogeaient en diverses circonstances un droit trop exclusif d'instruire le peuple, d'administrer les sacrements, de lever les dîmes. La vieille querelle du clergé régulier et du clergé séculier allait se ranimer. Mais Gerson avait fait ses preuves dans la lutte. On ne pouvait l'accuser d'agir par intérêt, d'être exclusif et aveugle quand il s'agissait du bien de l'Eglise, lui qui s'était fait un devoir de défendre les dominicains persécutés et de leur rouvrir les portes de l'Unisité, injustement fermées pour eux. Aussi sa parole fit-elle autorité quand elle s'éleva dans ce conflit. Il sut, avec une sagesse admirable, avec une modération et une prudence qui étaient précieuses à l'aurore d'un nouveau pontificat, prêcher contre l'abus des privilèges accordés par le pape, non contre les privilèges euxmêmes; il sut blâmer la hauteur déplacée de quelques religieux sans en rendre tout l'ordre responsable ; il parvint ainsi à réprimer sans éclat les prétentions des uns et le mécontentement des autres.

Mais le schisme, hélas ! n'était pas terminé. Grégoire XII et Benoît XIII, chacun, de leur coté, faisaient tout leur possible pour se maintenir dans leur prétendue dignité. Rome cependant, jusqu'alors au pouvoir de Ladislas, protecteur de Grégoire, Rome tout entière, sénat, peuple et clergé, avait reconnu Alexandre et lui demandait de se fixer dans la ville éternelle. Ce pontife, qui avait d'abord résidé à Bologne, allait se rendre à ces vœux; il n'en eut pas le temps, et mourut en traversant les

Apennins, le 3 mai 141 o, après dix mois et quinze jours de pontificat. A ses derniers moments il exliorta les cardinaux à se tenir unis pour le bien de l'Eglise, et leur recommanda de rester d'accord avec la France, surtout avec l'université de Paris qui avait toujours travaillé avec zèle à l'extinction du schisme. Bathazar Cossa, cardinal de Bologne, lui succéda sous le nom de Jean XXIII. Il acheta par une faiblesse la protection de l'Université de Paris, accordant à quelques-uns de ses membres qui continuaient à la demander, la révocation des derniers privilèges des Ordres mendiants, et ne disposant des bénéfices ecclésiastiques que sur les rôles qu'elle lui envoyait. Il réclamait en même temps des subsides de l'Eglise de France pour travailler à l'extinction du schisme et à la réunion des Grecs et des Latins. L'Université se contenta de promettre un subside charitable pour les seuls cas d'absolue nécessité. Mais la protection du roi de France lui valut un autre avantage. Il parvint à rentrer dans Rome après avoir enlevé cette ville au roi de Naples Ladislas. Il fortifia son parti par la nomination de 14 cardinaux, parmi lesquels se trouvaient 3 anciens membres de l'université de Paris: Pierre d'Ailly, archevêque de Cambrai, Gilles Deschamps, évêque de Coutances, et Guillaume Pilastre, doyen de Reims. Gerson eut sa part des honneurs par lesquels Jean XXIII cherchait à s'attacher le clergé de France : il devint pénitencier de l'Eglise de Paris.

Sur la fin de l'année 1412 et au commencement de I4i3, Jean XXIII ouvrit à Rome le concile annoncé par son prédécesseur pour travailler à la réforme de l'Eglise. Le seul acte qui en reste est une bulle contre les écrits de Wiclef, mais l'assemblée étant trop peu nombreuse pour qu'on pût y traiter les questions d'importance capitale, le Pape décida qu'on reprendrait ce concile à Constance le V^ novembre de l'année suivante.

Avant de suivre dans sa marche l'auguste assemblée qui rendit enfin à la chrétienté la paix et l'unité si compromises, il nous faut un peu revenir en arrière, et voir ce que faisaient les deux partis rivaux qui s'agitaient en France.

Les fils du duc d'Orléans excitaient la noblesse à venger la mort de leur père. Alliés au comte d'Armagnac, beau-père du duc actuel, ils avaient formé une ligue et levé une armée où les aventuriers gascons et la noblesse pauvre du midi faisaient le plus grand nombre. Le duc de Bourgogne, appelant à son aide

Brabançons, Picards et Lorrains, ne restait pas en arrière ; et, chose honteuse à avouer, tous deux se disputaient l'alliance de l'ennemi. Plusieurs trêves avaient été signées; on les violait aussitôt. Les troupes indisciplinées des deux partis excitaient au pillage les populations des villes; et dans les campagnes, chaque manoir devait s'ériger en forteresse pour soutenir des sièges. C'était à qui s'emparerait du roi et de la capitale. Grand nombre d'aventuriers ne cherchaient que ces occasions. « Tous gens pauvres et méchans, dit Jouvenel des Ursins, désirant piller et rober allaient à Paris par tourbes et délaissaient leurs

métiers et aussi puisqu'ils ne gagnaient rien, il fallait qu'ils

pillassent et desrobassent, et aussi le faisaient-ils de leur autorité privée. »

Pour cette lutte qui devenait celle de la bourgeoisie contre la noblesse, du Nord contre le Midi, il fallait de l'argent. Les princes avaient mis de lourds impôts sur leurs sujets ou leurs alliés. En 1413, Jean sans peur, maître de Paris, abandonnait la ville à tous les excès de ces bouchers et écorcheurs qu'il avait pris pour auxiliaires. Ceux qui ne reculaient pas devant le sang versé et les atrocités les plus féroces ne pouvaient se laisser arrêter par des questions d'argent. Ils résolurent de percevoir une contribution générale et la couvrirent du nom d'emprunt. Pour cela ils faisaient venir devant eux toutes gens, tant du Parlement que des marchands et bourgeois de Paris, et leur demandaient à emprunter. Laissons parler ici Jouvenel des Ursins, fils du prévôt des marchands, lequel en cette occasion, fut rançonné à mille écus. « 11}^ avait, dit-il dans son histoire de Charles VI, il y avait alors un notable docteur en théologie et de grande réputation, nommé Maistre Jehan Jarson, chancelier de Notre- Dame de Paris et curé de Saint-Jean-en-Grève, lequel avait accoutumé de s'en acquitter loyaulment. Et pour ce que, en compagnie où il était, il dut dire que les manières qu'on tenait, n'étaient pas bien honnestes, ni selon Dieu, et le disait d'une bonne amour, on le voulut prendre, mais il se bouta ès-haultes voultes de Nostre-Dame, et fut son bien tout pillé et robbé. »

Gerson, on le sait, était déjà suspect au parti bourguignon pour avoir dévoilé ses excès en diverses rencontres, pour avoir coupé court surtout à l'apologie du meurtre de Louis d'Orléans. Justement, le 3o novembre 141 3, fut prononcée par Tévêque de Paris et l'inquisiteur de la foi la condamnation des 8 ou 9 pro-

positions de Jean Petit; et le traité de Gerson, sur le Pouvoir des évêques,qui les constitue, dans leurs diocèses, juges et gardiens de la foi, n'avait point e'té étranger à cette mesure. Au premier mot de remontrance touchant les nouvelles taxes, il fut donc poursuivi par des émeutiers qui jurèrent sa mort. Ils arrivaient comme des forcenés ; les garçons bouchers portant au côté leurs longs couteaux, et vêtus de ces habits de travail cirés par la graisse et le sang; des écorcheurs, les bras à moitié nus, les épaules couvertes de quelques lambeaux de peaux de bêtes. C'était la hideuse compagnie de Caboche. Ils avaient déjà forcé le lourd portail du cloître Notre-Dame et se ruaient en foule vers le logement de Gerson. Celui-ci n'eut que le temps de s'échapper par une sortie qui donnait du côté de l'église; il gagna l'escalier des tours ; et, arrivé à la galerie qui s'étend comme une ceinture à mi-hauteur des tours, il eut la douleur de voir cette horde révolutionnaire lacérer ses vêtements, jeter à la Seine ses livres bien-aimés. Ils menaçaient de leurs couteaux quiconque osait approcher. Se livrer eût été complètement inutile. Gerson pensa qu'il valait mieux leur épargner de nouveaux crimes et que le temple divin lui serait un asile. Il resta, avec quelques personnes qui s'y étaient réfugiées, dans la chambre des voûtes, et on n'osa en effet pas teindre de son sang les pierres de la cathédrale. Il avait écrit jadis à l'évêque de Cambrai les paroles de saint Mathieu : Bienheureux ceux qui souflrent persécution pour la cause de la justice ; et il avait ajouté : C'est parce que Dieu envoie toujours plus de calamités aux justes qu'aux autres hommes. Il pouvait maintenant s'appliquer ces m.ots à lui-même.

Il vécut deux mois dans ce logis presque aérien, au-dessus des voûtes de Notre-Dame, entre les arêtes de pierre et les croisements des charpentes. Si Gerson eût été un ambitieux, un homme de parti, il eût subi dans la colère cet exil d'un nouveau genre, et eût là-haut préparé sa vengeance. Chose admirable ! dans cette solitude complète, ni son cœur ne fut troublé, ni son temps ne fut perdu. Voyant en tout cela la volonté divine, il ne songea qu'à profiter du loisir qui lui était fait, et travailla à un ouvrage qui, depuis quelque temps, occupait sa pensée. C'était son Traité de la musique. « Ne voulant pas, dit-il, garder inutile le don d'un talent divin qui, parmi les troubles affreux de la patrie, nous a fait goûter du repos et ou-

blier les calomnies des hommes ; considérant d'ailleurs que Dieu envoie sa misérico7^de au jour de la prospéinté, et soji cantique, au four de la tribulaîion, nous croyons à propos, dans les ténèbres profondes de cette tempête publique, d'écrire sur les cantiques, et de nous adresser à la postérité, si la malignité bruyante rend sourdes à nos paroles, les oreilles de l'âge présent » [Plures Tractatus de canticis — Opérait. III.)

Ces petits traités, embrassant à la fois la musique des sens et la musique du cœur ou chant de l'âme, sont comme le complément de la mystique de Gerson. « Son rhythme, dit-il en parlant de la musique de l'âme, est aussi varié que celui des passions et de l'amour. » Il compare cette harmonie à celle des sphères célestes, redisant toutes ensemble la louange de Dieu.

Certainement, l'homme capable d'enseigner l'harmonie dans un moment pareil et d'y plonger son âme, était au-dessus des petites passions du vulgaire et des discordes civiles. Il se mêlait aux partis seulement pour les apaiser et leur faire entendre la voix de la justice ; non parce qu'il avait quelque intérêt dans l'un d'eux. Il était l'homme de la modération et l'homme de la charité.

Le calme se rétablit enfin. Après un retour du pouvoir aux Armagnacs, qui traitèrent Paris comme une ville prise d'assaut, le duc de Berri s'interposa entre les princes. Depuis quelque temps déjà il s'était attaché, à titre de chapelain et d'orateur, le vertueux chancelier, et jouait un rôle de conciliation entre la noblesse et la bourgeoisie parisiennes. L'Université elle-même s'occupa de pacifier les esprits. On voulut remercier le ciel d'une paix qui ne fut, hélas ! qu'une trêve, et Gerson, un des persécutés, fut choisi pour être l'interprète de la reconnaissance publique. « En 141 3, dit Jouvenel des Ursins, après la paix conclue entre les princes, le samedi, fut faite une grande assemblée à Saint-Bernard de l'Université de Paris. Et là envoyèrent Monseigneur de Guienne et les seigneurs remercier l'Université de ce qui avait été fait, et de ce qu'ils s'y étaient grandement conduits, en montrant l'affection qu'ils avaient au bien de la paix. Et firent ceux de ladite Université une bien notable procession à Saint-Martin des Champs. Et il y eut du peuple beaucoup. Et fit un bien notable sermon Maistre Jehan Jarson qui était un notable docteur en théologie, et prit son thème : In pace in idipsum, lequel il déduisit bien grandement et notablement, tellement que tous furent contents. »

S'adressant au roi, au nom du Parlement, du clergé, de la bourgeoisie, et de toute la bonne ville de Paris, Gerson avait dit : « II ne faut point menacer ou occire'aucun ; les autres en seraient plus animés à défendre l'autorité royale et la vérité. Donnez que on en occira un pour dire vérité, quoi de cela? Il en viendra plus tôt en gloire et sera délivré de grands maux. » Puis, faisant allusion à un petit manteau violet ou hoqueton, que les Parisiens avaient adopté pour insigne en même temps que le chaperon blanc des Bourguignons, manteau sur lequel était tracée une grande croix blanche avec ces mots : — Le droit chemin. — Gerson ajoute : « Et quel est le droit chemin ? C'est celui qui ne va ni à droite ni à gauche ; qui est patent et public ; sans embûches, sans fraude, sans déception ; et non pas celui où un honnête homme n'ose aller, quand les meutriers y marchent tête levée. »

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