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LETTRES AU DUC DE BERRY ET AUX ÉGLISES DE FRANCE

DEMANDE FAITE AUX PÈRES DU CONCILE. — LE JOSEPHINA. — QUELQUES AUTRES CITATIONS.

VANT de suivre notre chancelier sur cette route de l'exil qui, par les vues admirables de la Providence, va le conduire au port de'siré par son cœur, c'est-à-dire à une vie toute cache'e en Dieu, il nous reste à parler d'une autre mesure adoptée à Constance sur son initiative. Si nous avons terminé l'histoire du concile en la passant sous silence, c'est que, beaucoup de détails devant se grouper autour d'elle, elle mérite une mention à part.

Il était alors, parmi les phalanges glorieuses de l'Eglise triomphante, un saint, le premier incontestablement de ceux qui approchent du trône de l'Agneau; un saint dont la mémoire était encore voilée sur cette terre, presque autant que l'avait été sa vie. Depuis quatorze siècles sans doute, le charpentier de Nazareth avait eu partout des serviteurs, mais isolés, disséminés, cachés au fond des cloîtres. Aucune manifestation publique et générale n'avait réuni les hommages de ses fidèles. Les prédicateurs prononçaient son nom quand ils parlaient de la sainte enfance de Jésus, des vertus de la Vierge; nul n'avait écrit ni parle in extenso sur sa vie, ses vertus, son rôle providentiel et son culte. Dieu qui tient en réserve dans les profondeurs de ses décrets divins, des ressources pour tous les périls,

JEAN GERSOisr, SA VIE, SON TEMPS, SES ŒUVRES 29 1

des grâces pour tous les besoins, Dieu sait l'heure de toute chose et l'homme de toute mission. Au quatorzième siècle, l'Eglise courut le plus grand de tous les périls et subit la plus rude de toutes les épreuves; à ce moment-là devait être levé le voile qui cachait le chef de la sainte Famille, et le spectacle de ses vertus, comme le secours de son intercession, devaient rendre espoir et courage à la grande famille chrétienne. Gerson fut l'homme chargé par la Providence de lever ce voile et d'entonner les premières louanges publiques au Père nourricier de Jésus. Promoteur du culte de saint Joseph dans l'Eglise, il est, dit le Père Faber, « l'évangéliste et le théologien par excellence de celui qui eut l'honneur d'appeler Dieu son fils » ; et tous ceux qui, depuis cette époque, ont écrit ou parlé du grand saint, n'ont guère fait que répéter ou commenter Gerson.

De l'Orient, où elle avait pris naissance, la dévotion privée à saint Joseph avait été apportée en Europe par les Carmes. [Les enfants du séraphique saint François l'avaient reçue avec bonheur; ceux de saint Benoît l'acceptèrent également. C'est à l'ombre des cloîtres où trois de ses frères servaient le Seigneur sous la règle bénédictine, que Gerson cueillit cette fleur cachée et parfumée de l'amour de saint Joseph et de l'imitation de ses humbles vertus. Car, si nous osons dire ici notre pensée, peutêtre y avait-il dans la constante justice, dans la ferme droiture, dans l'humble soumission du chancelier à toutes les manifestations de la volonté divine ; dans son amour de la retraite et de l'obscurité, joint cependant à l'acceptation des charges que Dieu lui imposait, bien des traits de ressemblance avec le grand Patriarche de la sainte Famille. Tout chrétien est porté par les tendances de son caractère ou l'attrait de la grâce, à imiter particulièrement tel ou tel saint ; il en est aussi protégé d'une manière plus sensible. Nous laissons hors de toute comparaison l'auguste Vierge Marie dont l'amour envahit la vie entière de Gerson, dont le nom se retrouve en toutes ses paroles, comme le culte de Marie, du reste, tient un rang à part dans l'Eglise catholique. Mais certainement parmi les saints, le saint de Gerson fut saint Joseph, et nous ne doutons pas qu'il ne fût souvent assisté de l'esprit de ce juste incomparable, et qu'il ne lui dût l'inspiration de plus d'une sage mesure. Bien que ce titre ne fût point encore tombé comme un enseignement indiscutable du haut de la chaire pontificale, saint Joseph n'en était

pas moins le patron de l'Eglise universelle, lui à qui furent remises ici-bas les destinées de la sainte Famille; et Gerson, qui n'eut d'autre but en sa vie que le salut et la paix de l'Eglise, ne pouvait mieux choisir.

Dès l'année 1400, à l'époque où il découvrait les périls de la vie publique, la difficulté de se conduire soi-même et de conduire les autres au milieu des écueils semés de toutes parts, il avait cherché à s'assurer la protection de saint Joseph en étendant son culte, et en le faisant reconnaître comme patron de l'Eglise. Une lettre envoyée au chantre de l'église de Chartres, prie celui-ci de promouvoir, autant qu'il lui est possible, la dévotion au bienheureux époux de la Vierge. Cette lettre fut suivie d'une autre, adressée dans le même but à toutes les églises particulières. Il avait composé en l'honneur du saint un office complet, le premier qui ait paru, et dont faisait partie, ainsi que nous l'atteste le P. Lambillote, l'hymne Te Joseph célèbrent . « Que les chants des anges, disait-il, que les chants du peuple chrétien, vous célèbrent dans tout l'univers, ô Joseph, car vos vertus vous ont mérité d'être uni par un chaste lien à une Vierge pure. »

En 141 3, il s'adressa au duc de Berry dont il était le confesseur, et qui avait enrichi Notre-Dame de plusieurs reliques et de riches ornements. Dans une épître chaleureuse, Gerson l'exhorte à tourner aussi vers saint Joseph sa piété et sa générosité. Il l'en supplie au nom du Sauveur Jésus dont Joseph était le gouverneur et le gardien, au nom de la Vierge Marie dont il était le protecteur dévoué, au nom de Joseph lui-même qui jouit dans le ciel d'une puissance et d'une gloire incomparables. « Tant de fois, dit-il, il a porté le divin Enfant dans ses bras, l'a couvert de baisers, l'a traité avec une familiarité qui devait faire l'admiration des anges ! Quel secours ne vous prêtera-t-il pas pour agir au nom des princes de la terre ! Vous tirerez plus d'avantages de travailler à étendre le culte de saint Joseph que de la fondation même d'un obit pour le salut de votre âme, car saint Joseph sera pour vous un patron incomparable, un ami généreux, un intercesseur puissant près de Jésus et Marie, pour le temps et l'éternité. »

Il ne faut donc pas nous étonner si, appelé à prendre souvent la parole dans une assemblée auguste représentant l'Eglise catholique tout entière, il a profité du retentissement donné à sa

voix par l'importance de ces immortelles assises, pour plaider la cause de son saint de pre'dilection, et le proposer à l'Eglise comme son protecteur universel, son libérateur et son guide.

« Mon grand désir, s'écrie-t-il, est de voir célébrer dans l'Eglise une solennité nouvelle, soit en l'honneur du mariage de saint Joseph, soit en mémoire de sa bienheureuse mort, afin que, par les mérites de Marie, et par l'intercession d'un Patron si puissant, lequel exerce une sorte d'empire sur le cœur de son épouse, l'Eglise soit rendue à son unique époux, le Pape légitime, qui tient auprès d'elle la place du Christ. » Il termine son discours en suppliant les pères du Concile, de placer leurs travaux sous son patronage et de propager sa dévotion parmi les fidèles, dans l'espérance qu'elle sera comme un signe avant-coureur de la paix des esprits et de la pureté des mœurs, dans l'union de la sainte Eglise de Dieu.

Paroles prophétiques qu'ont répétées d'écho en écho les voix autorisées des Vicaires du Christ, et qui sont venues se répercuter sur celle de Léon XIII, donnant à l'Eglise universelle saint Joseph pour patron, et invitant le monde catholique à célébrer sa fête avec solennité.

Au xviii'^ siècle, Benoît XIV écrivait de Gerson, dont il a souvent adopté les doctrines en les résumant : « Il fut le premier et le plus grand promoteur de la glorification de saint Joseph dans l'Eglise. Le chaleureux et émouvant discours qu'il fit en plein concile général à Constance, fut vivement acclamé, et hautement approuvé par l'Eglise universelle » (Bened.XIV. Sum. Pontif. de Beatif. et Canonis. Sanct., lib. IV). — « Ce discours, dira plus tard le cardinal Pie, restera, non seulement comme un mouvement d'éloquence, mais encore comme un traité de profonde théologie sur la matière. Il emprunte, d'après le sentiment de Benoît XIV, une autorité considérable à cette particularité attestée par les contemporains, à savoir que : // fut entendu avec une entière faveur par V Eglise assemblée conciliairement. Or ce grand et savant Pape, même dans ses opinions privées, met toujours beaucoup de réserve dans ses jugements. (Card. Pie. Instr. pastorale sur le culte de saint Joseph.)

Et lorsque un siècle après Gerson se leva celui qui fut le second chantre et le second théologien de saint Joseph, le père Isolani ou, comme on l'appelait alors, Isidore des Iles, fit remarquer que le Saint-Esprit lui-même avait inspiré le chance-

lier en cette circonstance, et qu'il approuva ses paroles puisque, à partir de ce moment, un culte public beaucoup plus solennel et plus étendu, fut rendu au saint Patriarche.

Il y avait en effet, remarquons-le, un à-propos admirable et une inspiration toute divine dans la résurrection de ce culte que l'Enfant-Dieu avait pratiqué le premier. Il confondait les paroles imprudentes de ces prédicateurs qui en avaient appelé à Dieu et à la Vierge pour être leurs vrais papes. Au foyer de Nazareth, sous ce toit béni entre tous, Dieu résidait certainement aussi, et cependant un autre était le chef de la Sainte Famille.

Gerson a donc découvert le premier la source de ce fleuve de grâces caché longtemps au monde et qui féconde aujourd'hui le champ de l'Eglise : nous voulons dire l'intercession publique à saint Joseph. Aussi le P. Patrignani, dans son beau livre sur ce dernier, consfdère-t-il Gerson comme la première de ces onze étoiles que, par allusion à l'histoire de l'ancien Joseph, il fait lever autour du nouveau. Bientôt après lui vint Bernardin de Sienne, et un siècle plus tard, Isolani et sainte Térèse ; mais ce que firent le premier par ses prédications, le second, par sa Somme des dons de saint Joseph ; la troisième, par son ardente dévotion et son influence, le pieux chancelier l'avait fait avant eux et plus largement qu'eux. « Gerson, dit le P. Barri dans son livre sur saint Joseph, a, plus que tout autre dans l'Eglise, avancé la glorification terrestre du saint époux de Marie, du père nourricier du Sauveur. »

De nos jours même le souvenir de Gerson a été rappelé à propos du culte du grand saint. En i863, un grand nombre d'évêques du monde catholique se réunissaient à Trente pour y célébrer le Soo*' anniversaire de la clôture du concile général qui y a été tenu, et pour aviser en même temps aux moyens d'obtenir du ciel des secours extraordinaires pour l'extraordinaire danger qui menaçait l'autorité spirituelle et temporelle du Pontife romain. En cette circonstance, l'archevêque de Spolète présenta aux évêques réunis un mémoire qui fut ensuite porté aux pieds de Pie IX. Ce mémoire renfermait le passage suivant : « Pendant qu'un concile général se tenait à Constance, sous la présidence des légats du Saint-Siège, alors le chancelier Gerson, homme saint, aussi remarquable par sa foi et sa piété que par sa doctrine, lut aux Pères assemblés un rapport tendant à développer parmi les fidèles le culte du Bienheureux Epoux de la

Vierge Marie. Son espoir, disait-il, était de voir le secours et la protection du saint Patriarche, dissiper les orages et les tempêtes qui, dans ces temps si troublés, avaient agité la nacelle de Pierre, et rendre la paix et la tranquillité à l'Eglise universelle. Tous approuvèrent cette proposition, et le vœu du pieux chancelier fut accueilli par d'unanimes suffrages. Or, continuait l'éminent archevêque, l'Eglise de Jésus-Christ est en proie de nos jours à une profonde affliction. Elle pleure la perte d'un grand nombre de ses enfants. Elle ne peut entrevoir le terme ni pressentir la fin de la guerre que ses ennemis très perfides, ameutés contre le Seigneur et son Christ, lui font en tous lieux. Il paraîtrait donc opportun que les nombreux évêques réunis à Trente pour célébrer avec actions de grâces le Soo" anniversaire de la conclusion du concile, eussent recours encore une fois au même remède et implorassent de nouveau le patronage de samt Joseph dans l'intérêt du rétablissement de la paix et de la tranquillité. »

Cette supplique, lue par l'archevêque de Spolète, avait un double but. En premier lieu, celui-ci voulait demander au souverain pontife d'ajouter le nom de saint Joseph à celui des autres saints qui sont dans \eConfiteo?\ Déjà Benoît XIV avait inséré le nom du saint Patriarche dans les grandes litanies générales, et dans les litanies plus courtes, usitées pour la recommandation de l'âme. Pie IX lui-même, dans l'allocution adressée à deux cents évêques pour la canonisation des martyrs japonais, avait joint le nom de Joseph aux noms de Jésus et de Marie, et des saints apôtres Pierre et Paul, ce que ses prédécesseurs n'avaient point encore fait. La seconde demande soumise par le même archevêque au Souverain Pontife était l'institution d'une fête en l'honneur de la Sainte Famille, afin de placer sous ce patronage auguste, et de consacrer à cet immortel exemplaire, tant de familles qui ne sont plus hélas! chrétiennes que de nom; où l'autorité du père tombe en désuétude ; où le respect est perdu, la concorde brisée ; où régnent les discordes et les haines.

Passons sur quelques mois afin de réunir en une seule gerbe tout ce qui, dans la vie de Gerson, se rapporte au culte du grand Patriarche, et parlons du poème Josephina.

Les proses, les hymnes, les oraisons, les antiennes d'un office complet composé en l'honneur du grand saint n'avaient pas épuisé l'enthousiasme de Gerson pour son protecteur préféré;

il lui fallut un vrai poème : ce fut le Joseplima, composé pendant son exil ; le Josephina dont les vers, éclos d'une similitude d'épreuves, charmèrent ses longs jours de marche à travers la Forêt Noire, et emportèrent son esprit sur une terre plus lointaine, plus aride ; à la suite d'autres fugitifs plus grands, plus innocents que lui.

Le Josephina^ premier ouvrage en l'honneur de saint Joseph, compte près de trois mille vers. Il est divisé en douze considérations, précédées d'un prologue, et se termine par une prière. Son principal objet est de reproduire la fuite en Egypte, et il arrive à la mettre vivante sous nos yeux, par les images les plus touchantes, les notes les plus poétiqjaes. Saint Joseph sauvant le Sauveur du monde; saint Joseph, véritable protecteur et guide d'un jeune enfant, d'une faible femme qui sont le roi et la reine des cieux, et écartant tout danger de leur route, c'était un tableau plein d'enseignement pour le genre humain tout entier ; c'était aussi une consolation intime pourGerson. « Nos voyageurs, ditil, ont suivi pendant tout le jour des sentiers détournés, et quand la nuit commence d'étendre ses voiles sur la nature, ils dirigent leurs pas vers une pauvre demeure, car ils sont fatigués, et la bête de somme elle-même a besoin de repos. Joseph frappe à la porte d'une cabane isolée au milieu des champs; il demande une hospitalité qui lui est accordée. Il prend dans ses bras le petit enfant, qui ne peut se résoudre à quitter le sein de sa mère sans pousser quelques vagissements; puis, avec un empressement affectueux, il aide sa sainte épouse à descendre de l'humble monture, qui se dirige d'elle-même vers l'étable.

« A l'instant, le foyer s'allume, le repas des hôtes se prépare; mais en attendant, la Vierge-Mère prodigue à son bien-aimé nourrisson tous les soins de la maternité. Elle l'embrasse mille fois à travers ses larmes, le réchauff"e sur son sein, l'entoure de nouveaux langes, prend dans ses mains virginales ces petites mains, les mains de son Dieu, pour leur communiquer une plus vive chaleur ».

L'émotion coupe alors le récit. Gerson s'écrie dans un élan d'amour : « Que ne puis-je aussi vous contempler, ô le plus beau des fils des hommes ! que ne m'est-il donné de voir vos membres délicats ! que ne puis-je goûter ce doux sourire qui réjouit les anges, et qui fait oublier à votre Mère et à Joseph toutes leurs fatigues ! »

Et plus loin : « Mon âme s'attache aux pas de ces saints voyageurs. J'aime aies contempler, j'aime à les entendre; j'aperçois quelquefois des larmes, mais à travers les pleurs je devine de suaves sourires. Leur conversation est comme une hymne chantée à deux chœurs dans un pieux monastère ».

Il les suit partout en effet : sur la terre d'exil, plus tard à Nazareth. Il se plaît à redire le bonheur de cette vie cachée aux yeux du monde et coulant dans l'intimité de Dieu même. Et de tout il tire les enseignements que le Sauveur a voulu mettre dans les moindres détails de sa vie, et des deux vies par conséquent, qui étaient liées à la sienne. Gerson parle du bonheur de Joseph savourant longuement les caresses divines, de Marie recevant les doux baisers de cette bouche humide de son lait. — Peut-être, dit-il alors, trouvera-t-on que c'est une puérilité.

Dixerit hoc aliquis totum puérile relatu Nulle, sed risu dignum ; puérile fatemur, Sed puérile Dei, sed stultum et débile majus, Fortius et sapientius isto est, crédite, mundo.

« Puérilité, dira-t-on, enfantillage digne de risée! Puérilité, je l'avoue, mais puérilité divine, enfantillage plus sublime, plus fort, plus sage, croyez-le bien, que la sagesse du monde entier. Nul cœur, si pervers et si endurci soit-il, qui ne s'amollisse et ne se sente touché quand la foi lui montre le Souverain Etre réduit à cet état d'enfance pour nous, hommes misérables, et pour notre salut. Il a voulu se faire enfant comme nous pour nous apprendre que celui qui prétend arriver au sommet des cieux, doit se faire petit enfant comme lui, être innocent, pur, humble, simple par-dessus tout. Oui, comme de petits enfants qui viennent de naître, demandez le lait, le lait de la vertu, de la sagesse et de la vie.

Infantes quasi nunc geniti lac posciie nempe. Lactescit vobis virtus, sapientia, vita Josephina (D. II.)

On trouve encore dans les œuvres de Gerson, outre le long poème du Josephina, diverses autres pièces en l'honneur du grand saint. Tantôt c'est une prose dont nous ne pouvons résister au désir de citer une ou deux strophes :

Ad Joseph mittitur Justum alloqiiitur Assensum numini Proies Davidica Jus sa te cœlica In somnis nuncius Spirans interius Noli jnetuere Sponsam accipere Nubunthinc Virgini.

Tibi Rex gloriœ Mira vis gratiœ Hoc matrimoniiim Audi nil hœsites Cur novum cantites Mariant copulat Pudicum postulat Crede magnanimis Hœ sunt magna nimis Epithalamium

Un ordre céleste est adressé à Joseph, au juste descendant de David, pour qu'ildonne son consentement. Une voix intérieure l'avertit de ne rien craindre, et d'accepter pour épouse, la Vierge qu'on veut lui donner en mariage.

C'est à vous, ô Roi de gloire, de mettre dans cette union la force admirable de la grâce.

Pour toi, Joseph, n'hésite pas ; laisse chanter le merveilleux cantique qui célèbre ton union avec Marie. Elle aussi implore pour sa chasteté. Aie confiance ; crois à de grandes choses. Ce sont là des noces magnifiques auxquelles il faut un très beau chant nuptial.'

Tantôt il s'adresse à la Vierge elle-même pour plaider auprès d'elle la cause de son époux et de son protecteur, et pour qu'elle le fasse honorer sur la terre comme il est honoré dans le ciel.

« Or, vueillez, Vierge, pucelle saincte et sacrée, vueillez quérir grâce envers votre chier et doulx Enfant Jhesus que on puisse en vostre dicte Eglise et toutes aultres par chrétienté, célébrer dignement, sans fol usaige, le virginal mariage du sainct et juste et vierge Joseph avec vous, à l'honneur d'iceluy votre espoux, lequel comme tant purement vous garda et le benoict Enfant Jhesus, tant loyaument vous gouverna, tant soigneusement vous accompaigna, tant continuement, chastement et sainctement vous honnoura, et tant bénignement et humblement vous aima; autant glorieusement règne avec vous ce jour d'huy; afin que moyennant ses services et intercession, le béning et glorieux Jhesus qui voulust estre nez et norri en ce mariage sacré, nous face participant des noces célestiales en pardurable gloire, il qui est Espoux de toute l'Eglise et Dieu benoist sans fin. — A?nen. »

Gerson fut fidèle jusqu'à la fin de sa vie à la tâche qu'il s'était donnée d'éveiller au cœur des chrétiens la dévotion à saint Joseph et à la Sainte Famille. Pendant les dix années de son séjour parmi nous, il conquit à ce culte la piété des Lyonnais. Si nous devons à saint Pothin le culte public de la Vierge, nous devons à Gerson, celui de son fidèle époux. L'auteur des i^echerches sur les antiquités de Lyon croit que la première chapelle qui ait porté le nom de ce saint, était située sur le rivage du Rhône, en face de Lyon, et s'appelait Saint-Joseph des Champs.

Gerson, choisi de Dieu pour cette mission, a donc appelé l'attention des chrétiens sur la figure un peu oubliée jusqu'alors du père nourricier de Jésus; il a offert à leur admiration cette famille complète et divine, modèle des familles humaines ; trinité de la terre, image de la Trinité du ciel, et il est le premier qui l'ait saluée de ce nom. « O veneranda Trinitas — Qiia co?ijiinxit divi^iitas etc. ». Saint Joseph l'a visiblement protégé durant sa vie ; il a fait luire sur le pieux chancelier ces lumières intérieures qui l'avaient illuminé lui-même, et qui avaient permis à l'humble charpentier cherchant la paix, l'oubli et le recueillement, de remplir la plus haute mission dont jamais homme fut investi. Gerson avait eu besoin de ces lumières et de ces grâces intérieures. Lui aussi, amoureux de la paix et de la solitude, épris d'obscurité, et de recueillement, il avait été jeté au milieu des agitations du monde, et en butte aux contradictions. Pendant des siècles, sa gloire resta voilée comme le fut celle de saint Joseph. Est-ce ce dernier qui nous pousse aujourd'hui à rappeler aux âmes la beauté méconnue de cette âme ? Nous n'oserions le dire ; et cependant depuis le travail que nous avons accompli en l'honneur du grand patriarche, cette idée, croyons-nous, germa dans notre esprit. Qui sait si l'Econome admirable de la maison de Nazareth, lequel reste encore le pourvoyeur autorisé du ciel, ne veut pas faire plus encore pour son serviteur dévoué ! Qui sait s'il ne ramènera pas ces temps d'enthousiasme où le peuple lyonnais élevait un autel à Gerson, et si la voix autorisée du père commun des fidèles, ne consacrera pas un jour ces témoignages de vénération de quelques-uns de ses enfants !

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