CHAPITRE VINGT-TROISIÈME
LE CHEMIN DE L'eXIL — DISPOSITIONS d'aME
ICON PEREGRINI : l'iMAGE DU PELERIN — LES ARMOIRIES DU CHANCELIER
GERSON A l'abbaye DE MŒLCH
;E concile est terminé, et s'il reste des questions de réforme que le pape Martin V a promis d'étudier bientôt, du moins la chrétienté possède un chef unique et légitime-, elle peut respirer. Les abbés regagnent leurs monastères; les évêques, leurs villes épiscopales ; les princes ressaisissent le gouvernement de leurs Etats. Seul, un homme qui n'a pas tenu la moins belle des places dans l'auguste assemblée, ne reprend pas même la route de la patrie. Est-ce indifférence pour elle ? l'avenir nous prouvera que non. Est-ce oubli du devoir ? pas davantage. Quand les membres de la Synagogue, irrités de l'enseignement de Jésus, le jetèrent hors de la ville et le conduisirent au sommet de la montagne sur laquelle Nazareth est bâtie, pour l'en précipiter, Jésus ne laissa pas le crime s'accomplir, car son heure n'était pas venue, et il leur échappa. Gerson avait dit en plein concile : Heureux celui qui se fait l'imitateur de Jésus-Christ: Félix qui imitatus fuerit Christian. Il allait imiter le Maître dans les douleurs de l'exil et le support de la persécution; il était réduit également à fuir devant ses ennemis.
Les violences dont il avait été l'objet pendant les derniers temps du concile lui avaient prouvé qu'il tomberait infailliblement, s'il rentrait en France, sous le poignard des assassins
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bourguignons. Mourir sans utilité aucune pour sa patrie ni pour l'Eglise, n'avait rien qui pût le tenter. Et puis, Dieu, sachant que sa tâche n'e'tait pas finie, lui inspirait sans doute le dessein de se dérober au crime. C'est pourquoi, sorti de la ville conciliaire le 6 mai 141 8, nous le retrouvons longeant les rives du lac de Constance, se dirigeant ensuite vers le Sud-Est en traversant les montagnes de la Bavière, et, nouvel Athanase ou nouveau Chrysostome, cherchant la sécurité de monastère en monastère.
Et comment le retrouvons-nous ? Triste ? non pas, certainement. Les principes étaient saufs, que lui importaient ses intérêts et son bien-être à lui ? Mais rêveur, si l'on peut appeler rêverie cette tendance qu'ont certaines âmes à vivre toujours au-dessus de la terre; rêveur, de cette rêverie mystique et religieuse qui est une prière, parce qu'elle est l'union à Dieu d'une âme occupée incessamment de lui ; rêveur, de cette manière de voir enthousiaste qui lui faisait traduire fréquemment en langage poétique les pensées élevées de son âme. Tout le long de ce voyage, dans cette suspension forcée de préoccupations officielles ou administratives, il laisse s'envoler au dehors des chants doux et suaves. Tantôt c'est une pensée qu'il note en abrégé sur ses tablettes et qui lui servira plus tard ; tantôt c'est une prière qui jaillit de son cœur, un chant d'amour et de reconnaissance qu'il confie à sa mémoire et qui occupe son esprit dans les instants laissés libres par la récitation de l'Office divin et la méditation. Le spectacle de la nature le transporte ; c'est peut-être sous l'impression des souvenirs laissés par les nuits pleines d'étoiles qui éclairaient sa marche, par les arbres séculaires de la Forêt Noire, par les rochers énormes et l'écume argentée de leurs cascades bondissantes, qu'il écrira plus tard ces mots : « Voici le ciel et la terre, que vous avez créés pour le service de l'homme; ils sont toujours prêts et accomplissent vos ordres chaque jour ». Peut-être le souvenir de l'Ange qui l'avait accompagné vivait-il encore dans son esprit quand il ajouta: « Vous avez fait plus; vous avez ordonné à vos anges de servir l'homme ». Et probablement alors, sa foi lui rappelant que les bienfaits sont toujours moins que le Bienfaiteur : « Mais ce qui surpasse tout cela, dit-il, c'est que vous avez daigné servir l'homme vous-même et que vous vous êtes engagé à vous donner à lui ». [Im., 1. III, ch. x.)
Faut-il rattacher aux ouvrages qui charmèrent les tristesses
de son exil le petit traité du Portement de croix où il déclare qu'on trouve dans la croix, la sécurité avec la sainteté; \*Eloge de la croix, dans lequel il en chante les délices; les pièces poétiques intitulées Testament d'un pèlerin, Du bieyif ait de V épreuve — Comme quoi cette vie 7i est qu'un songe, cette dernière adressée au cardinal d'Ailly? On le croit; mais il est certain qu'à cette époque il composa le Josephiua. C'est en s'enfonçant dans les massifs de la Forêt Noire, c'est en cheminant le long des routes poudreuses, ou en gravissant les pentes escarpées du Tyrol, qu'il vivait en esprit avec le patriarche exilé, fuyant aussi devant les princes de la terre. Comment s'étonner que ce chant de l'exil, si plein de poésie, garde également la trace de ses larmes? Bienheureux qui souffre en union avec de tels modèles. Comment s'étonner de la beauté de certains passages sur l'épreuve et les desseins secrets de Dieu en éprouvant les hommes, desseins de justice pour les méchants, de miséricorde pour les bons ; des hautes considérations sur l'avantage que l'âme en retire quand elle est généreuse dans sa libre acceptation ? Comment s'étonner enfin qu'il pose avec certitude cette affirmation dans son poème : « Dieu q'a qu'à vouloir, et le secours le plus inattendu peut aussitôt se présenter à celui qui l'invoque ». La vérité de cette parole, il l'avait éprouvée lui-même.
Un soir la nuit l'avait surpris avant qu'il pût parvenir à aucune habitation. C*était une nuit sombre, et les tourbillons de vent qui enveloppaient le voyageur, et la pluie qui tombait à torrents l'empêchaient de découvrir toute trace de route, et de voir les obstacles auxquels il se heurtait. Epuisé de fatigue et de faim, complètement égaré dans une contrée inconnue, le pieux docteur s'adresse avec confiance à Marie et à Joseph, ces saints voyageurs dont il dépeint l'embarras en semblable occurrence. Tout à coup, au milieu de ce pays désert, une petite maison apparaît; il y est reçu avec la plus cordiale hospitalité par un homme et une jeune femme. Soit par un effet de sa modestie, soit le doute dans lequel il fut laissé, Gerson n'a pas fait la lumière plus grande sur cet épisode, mais on croit que les deux hôtes pleins d'attentions pour lui, n'étaient autres que Marie et Joseph. Et Gerson, poursuivant le lendemain sa route et son poème, notait ces lignes dans sa mémoire : « Pauvres voyageurs que nous sommes tous sur cette terre, nous ne saunons, après de semblables bienfaits, désespérer, même au milieu des
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tempêtes de la vie, d'arriver un jour au port désirable du salut » {Joseph ina) .
Saint Joseph traversant les solitudes de Bethsaïda, ou abordant la vieille terre d'Egypte, portait son Dieu avec lui. Gerson était-il seul ? Non ! le prêtre qui peut chaque jour faire descendre Jésus entre ses mains, n'est seul nulle part. Nombreux alors étaient les monastères, les églises, les chapelles et les ermitages dans la catholique Allemagne où Luther n'avait point passé; et Gerson ne manquait pas, dès qu'il rencontrait un autel, de s'y réconforter.
Comme compagnons de route il avait emmené avec lui ses deux secrétaires au concile, André et Cirésio. Le premier mourut à la suite des fatigues et des privations de toutes sortes qu'ils durent supporter. Un seul arriva au terme avec Gerson. Mais il y a plus. Ou, du moins, certaines expressions voilées, de ses lettres à ses frères, laissent pressentir la merveille, et quelques biographes, sur l'étude de cette correspondance, l'ont rapportée dans leurs ouvrages ; on croit que Dieu rendit visible à ses 3''eux la personne de son ange gardien ; sa vue et sa parole rassuraient Gerson contre tous les dangers. Il est dit dans l'Ecriture : Dieu a commandé à ses Anges de vous porter entre leurs mains, de peur que votre pied ne heurte contre quelque pierre. Oui, Dieu a des soins infinis, délicats, maternels pour ceux qui se confient en lui et ne cherchent partout que sa gloire; mais si Gerson est l'auteur de V Imitation de Jésus-Christ, quelle raison de plus pour le Seigneur de faire conduire par un ange au lieu qu'il avait choisi, celui qui allait devenir par son ordre l'ange conducteur d'un grand nombre ! Tobie revenant de son voyage avec Raphaël ne rendit la vue qu'à son père ; à combien d'âmes de bonne foi Vlmitation ouvrira-t-elle les yeux ! Raphaël avait désigné à Tobie les parties du poisson qui deviendraient salutaires par la grâce de Dieu ; peut-être l'ange de Gerson lui fit-il recueillir une à une dans les pensées de son esprit, celles qui deviendraient des remèdes pour l'âme de ses frères.
Gerson était alors dans cette situation où l'homme, s'il ne se laisse pas abattre et terrasser, est capable des plus grandes choses. Il avait assez vu le monde religieux, politique, savant, pour parler avec expérience des choses de ce monde, pour pouvoir dire avec Salomon : Tout n'est que vanité ! Il restait seul tout à
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coup avec ce Dieu qu'il avait aimé toujours par-dessus tout ; il pouvait dire que Lui seul demeure, et que tous les jugements des hommes ne sont rien quand le témoignage de la conscience reste. La preuve que son cœur garda toujours la résignation et la paix pour lui-même ; l'indulgence, le pardon pour les hommes -, un abandon complet entre les mains de Dieu, cette preuve se trouve dans les lettres qu'il écrit à ses frères, surtout au prieur des Gélestins de Lyon. Pas un mot d'amertume, pas une goutte de fiel contre ceux qui ont ainsi changé sa vie. Il ne trouve pas, après tout, le changement si malheureux. Encore moins de murmures contre la Providence ou d'inquiétudes pour l'avenir. Perdu dans les montagnes de la Bavière, il écrit à Lyon :
« La grâce et la paix à vous, frères bien-aimés. — Je vous en prie et conjure, par vos saints engagements et par la mémoire des biens éternels, vous que tout oblige à dire. « Notre vie est au ciel, » gardez-vous de vous inquiéter en que quoi ce soit, touchant ma pérégrination, mon état d'aujourd'hui, mes épreuves de demain. Pensez à moi comme si j'étais mort, comme si vous m'aviez perdu sur cette terre : Sed existimans me quasi mortuum et perditum super ten^am totam.
« Tournez la vivacité de votre souvenir à demander pour moi ce qui maintient la paix en Jérusalem, soit la Jérusalem du cœur où Dieu habite aussi, soit la Jérusalem d'en haut, notre mère et patrie. Que vos lettres sollicitent aux mêmes intentions notre frère, l'aîné après moi, le bénédictin de Reims, et chacune de nos sœurs, comme aussi tous ceux que nous connaissons dans le Seigneur, trop nombreux pour que je puisse les nommer ici.
« A travers toutes les leçons que je me fais pour bien vivre, je m'en suis proposé une qui est comme un dernier adieu et le mémorial de l'heure suprême. J'en fais mon exercice le plus fréquent et je vous l'envoie dans notre langue. »
Ainsi, loin de se répandre en récriminations, il s'était fait, dans sa vie de pèlerin, des habitudes pieuses, et il envoyait à ses frères des prières copiées de sa main.
Il y a de la tristesse cependant dans quelques-unes de ses lettres ; mais cette tristesse n'est pas pour lui : elle est pour sa patrie. Sur elle seule il pleure, comme Jérémie sur la sienne. Il apprenait, chemin faisant, que Paris était ravagé par l'insurrection, que des massacres avaient fait couler des ruisseaux de
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icoN PERF.GRiNi : l'Image du pèleriu
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sang dans les prisons. « O France, s'écrie-t-il, qu'est devenue ta pie'té, ta foi antique? Tes enfants subissent la mort ou la prison. Que de pontifes ont péri pour garder ta loi imprime'e dans leurs cœurs ! Et ceux qui ont fui, dénués de tout dans l'exil, sont comme étrangers sur la terre. »
Cette période de l'existence de Gerson où il vit pauvre, errant, détaché de tout, manquant de tout parfois, et où il ne trouve cependant en son cœur que des chants d'amour, et dans les choses, les personnes ou les événements, que des occasions d'élever ce cœur plus haut, cette période a paru le type de la vie entière de cet homme qui s'était appelé lui-même Gerson, c'est-à-dire pèlerin, exilé, et qui avait passé en effet, sans s'y attacher aucunement, au milieu des choses de ce monde. On a donc choisi cette situation pour le représenter. Presque toutes les gravures qu'on a répandues après sa mort reproduisent ce qu'on appelle Iconperegj^ini : l'image du pèlerin. Il y est représenté dans un costume pauvre, les reins ceints d'une corde ; un large chapeau garantit sa tête des ardeurs du soleil ou des injures du temps; une panetière est suspendue à son côté ; d'une main il tient le long bâton du voyageur, et de l'autre, l'écusson qui porte ses armoiries. Non loin de lui on aperçoit l'ange que Dieu, selon quelques auteurs, aurait rendu visible à ses yeux. « C'est bien cela, dit Mgr Bourret, un de ses panégyristes ; le voilà bien sous la forme d'un pèlerin qui marche vers l'éternité, emportant sous son bras les emblèmes du temps ; voilà l'expression de sa pensée sur la vanité des choses humaines et l'ingénieuse interprétation de son nom. »
L'écusson et les armoiries demandent une autre explication.
Dès l'ouverture du concile en 141 5, l'usage s'était répandu parmi les personnages qui s'3^ trouvaient, d'adopter certaines armoiries. Gerson avait suivi leur exemple. « J'ai cédé, écrit-il à son frère Jean, le prieur des célestins de Lyon, j'ai cédé à la curiosité ou la vanité, ou plutôt comme j'ai confiance, à la charité de Celui auquel j'ai dit : Vous êtes le Dieu de mon cœur, mon partage pour l'éternité. Et je me suis tracé des armes, un écu, gage et garantie de mon amour et de ma foi, emblème de cette milice où je suis engagé sur la terre, puisque, selon la parole de Job : l'homme est soldat.
« J'ai réfléchi longuement en moi-même. Enfin cette pensée qui m'est présente habituellement : Siirsiim corda^ a pris un
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corps en mon esprit. Je me suis figuré un cœur ailé et enflammé, marqué d'un Tiiau d'or, en champ éthéré de saphir, où rayonnent le soleil, la lune et plusieurs astres.
« Pèlerin et étranger que je suis, j'ai longtemps médité ces paroles de Paul, pèlerin céleste : Notre conversation est dans les cieux. Cette méditation a éclairé mon cœur quand tu l'as ouvert, Seigneur, à ta lumière ; quand tu lui as permis de voler librement dans les champs vastes et célestes de l'Ecriture sainte. Là se lisent des paroles pleines de vie, puissantes sur les cœurs ; là se cueillent nombre de pensées morales ou allégoriques ; là j'entends retentir partout ce mot de l'Eglise : Sursum coî'da : en haut les cœurs !
« J'ai voulu l'instruire de ceci, frère, mon compagnon de pèlerinage ; à nous deux, nous ne devons avoir qu'un seul cœur et qu'une seule âme, tant que tu voudras partager cette douce entreprise. Demandons pour tous deux l'aide de Celui qui maîtrise à son gré les cœurs des rois et des hommes, parce qu'il les a tous marqués de son sceau. Porte-toi bien de la santé de l'âme, et prends ton vol vers les cieux. » — Ecrit à Constance le I" jour de janvier 1416. — Jean, chancelier de Paris à son frère bien-aimé, moine de l'ordre des célestins.
Cette lettre nous explique la composition naïve de l'écu reproduit. L'écu signifie la foi et le combat pour la foi; le cœur, les affections de l'âme. Ce cœur est enflammé pour montrer qu'il est pénétré d'un ardent amour ; il est ailé pour montrer que ses affections et ses pensées tendent toutes au ciel. La lettre hébraïque Thau, imprimée sur ce cœur, fait allusion à un passage d'Ezéchiel : « Passez dans Jérusalem et marquez un T sur le front des hommes qui gémissent et sont dans la douleur à la vue des abominations dont elle est le théâtre » (ix-iv). LeT c'était la croix; c'est le signe de la servitude divine et de la prédestination. Gerson ne travaillait-il pas à la réformation de l'Eglise, et son cœur n'était-il pas tout à Dieu ? Quant au fond d'azur, il désignait le ciel et la vie éternelle à laquelle le cœur de Gerson aspirait. Ulcon peregrini se vit longtemps dans l'église Saint-Paul, de Lyon, où elle avait été placée après sa mort.
Si résigné que fût Gerson, il ne pouvait cependant errer toujours. Un premier asile temporaire lui avait été ouvert à Rathembourg dans le Tyrol. Le duc d'Autriche lui en fit offrir un autre à l'abbaye bénédictine de Mœlck. Gerson avait été lié d'une
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sainte amitié pendant la durée du concile avec l'abbé de ce monastère, lequel s'y trouvait. Il accepta, et sa joie fut grande de se retirer enfin dans une de ces solitudes qu'il avait rêvées toute sa vie. Là, s'abandonnant à son goût pour la contemplation, chantant l'office divin avec les moines, il observait la règle et faisait tous les exercices comme s'il eût été l'un d'entre eux. C'est là qu'il rassembla et mit en ordre les fragments du Josephma notés au jour le jour dans le cours du voyage : dans cette cellule bénédictine, peut-être, il jeta sur le papier quelques-unes des pensées et des maximes que lui inspirait son complet détachement du monde, car on a trouvé à l'abbaye de Mœlck une copie du troisième livre de Vlmitation^ lequel livre se trouvait le premier, lors de l'apparition de l'ouvrage.
Il composa aussi à Mœlck ses Consolations théologiqnes, dialogue apologétique de ses poursuites contre les doctrines de Jean Petit, qui est comme le dernier écho de sa vie publique terminée à Constance. C'est la protestation d'une conscience droite qui ne regrette rien de ce que ses ennemis peuvent lui ravir puisque la vertu lui reste. Il a vu, dit-il, régner au milieu de son peuple la discorde et l'iniquité; de toutes parts des pièges lui étaient tendus, et, comme l'oiseau échappé aux rets de l'oiseleur, il a pu fuir, gardant la foi intacte, et sauvant aussi du naufrage l'amour et l'espérance.
Mœlck devait être seulement une halte, et non le lieu désigné par la Providence pour le repos des derniers jours. Vers la fin de l'année 1419, Gerson apprend que le duc de Bourgogne est tombé à son tour sous les coups d'un meurtrier; il n'a donc plus rien à craindre. Dès lors le désir de revoir la France se fait entendre à son cœur. En vain l'archiduc Frédéric, désireux de conserver dans ses Etats un homme de ce mérite, lui offre un poste à l'Université de Vienne, et le fait agréger professeur; la voix de la patrie l'appelle : elle est plus forte que toute autre.