‹ Jean GersonChapitre 38 sur 51 · VENITE AD ME. — TRAITÉ DE LA NOBLESSE ECCLÉSIASTIQUE · texte numérisé non relu

VENITE AD ME. — TRAITÉ DE LA NOBLESSE ECCLÉSIASTIQUE

ALPHABET DE l'aMOUR DIVIN. ANNONCE D'uN AUTRE OUVRAGE

JERSON, retiré aux Célestins, priait, avons-nous dit, et travaillait. A cette époque de sa vie appartiennent quelques écrits que nous avons eu déjà l'occasion de citer, à propos d'écrits de même genre, et d'autres, dont nous n'avons point encore parlé. Parmi les premiers, il faut ranger: sa Théologie mjstique spéculative, datée de 141 9, son Mysti' cisme pratique, daté de 1424; le Tj^ilogium astrologiœ theologiatce, adressé au Dauphin, fils de Charles VI, en 1419, exhortant ce prince à extirper de tout son pouvoir, les abus auxquels l'astrologie donnait lieu, et présentant les moyens de dégager cette branche des connaissances humaines, de ce qu'elle offrait de vain et d'incertain. Cet ouvrage complète les écrits sur le même sujet composés à l'occasion de ceux de d'Ailly. Il y a encore le Traité de la préparation à la messe et le Dialogue sur le célibat des prêtres^ destiné à réfuter un ouvrage qui attaquait la chasteté ecclésiastique.

Les autres œuvres sont en assez grand nombre. Elles comprennent : le Monotessaron^ le Compcndium de théologie, la Louange des moines écrivains ^\q Traité de V humanité du Christ ; 'écrit sur ces paroles du Sauveur : Venez tous à moi, vous qui

êtes chargés ; le Traité de la noblesse ecclésiastique, V Alphabet de Vamoin^ divin, etc.

Le Mo7iotessaron est l'harmonie des quatre Evangiles. Plusieurs auteurs depuis cette époque ont également fait concorder dans un récit suivi le texte des Evangélistes ; il ne faut pas oublier que Gerson surmonta, le premier, les difficultés inhérentes à un pareil travail. Il s'y attache scrupuleusement à la lettre du texte, et en emploie les paroles [Opei^a, t. I.)

Le Compendium ou abrégé de théologie traite : i" des articles de la foi ; 2° du décalogue et des différentes manières de pécher ; 3° des sacrements ; 4° des sept principales vertus ; 5° des sept demandes du Patei' ; 6° des sept dons du Saint-Esprit; 7° des huit béatitudes ; 8° des vices, tant de nature que de volonté; là se trouve l'explication détaillée des péchés capitaux. Puis viennent des règles sur l'intention et la fin des actions, les qualités ou manières d'être de la conscience, etc. Cette œuvre latine est le développement de ce qu'il avait écrit auparavant en français dans son œuvre tripartite. Cela forme une petite théologie assez complète, à laquelle on peut ajouter au besoin de nombreux opuscules séparés sur la confession, l'absolution, les indulgences, etc. Gerson termine en renvoyant à saint Thomas ceux qui désirent des développements plus amples. [Opera^ t. IL)

Le traité De lande scî^iptorum ou Eloge des moines écri' vains (t. I) répondait à une question qui venait d'être posée : s'il est permis de travailler gratuitement les jours de fête à copier des livres de dévotion. Gerson conclut pour l'affirmative, après douze considérations dans lesquelles il fait un éloge complet de la profession des écrivains copistes, telle qu'elle dut exister dans ses plus beaux jours. L'écrivain, comme le comprend Gerson, l'écrivain copiste de bons livres, réunit les mérites de diverses autres œuvres. Il étudie^ prêche^ enseigne^ p^i^, se jnortifie^ fait l'aumône spirituellement. Il désaltère et cofisole les âmes, éclaire les esprits, enrichit l'arsenal de l'Eglise., llionore, la garde et la défend. Son œuvre, loin d'être servile, est déjà bonne en ellemême ; elle devient méritoire si elle est détermmée par des motifs pieux.

A prendre le mot dans son sens général, les écrivains étaient alors de plusieurs sortes. Il y avait : 1° ceux qui écrivaient leurs propres compositions ; 2° ceux qui reproduisaient un modèle donné, sans s'inquiéter de le comprendre ; 3° des copistes inter-

médiaires, a3^ant plus ou moins l'intelligence de leurs textes. C'est de cette dernière cate'gorie que Gerson veut relever l'utilité dans l'état où les possédaient jadis les religions approuve'es (couvents), les écoles et les universités régulièrement établies.

Malheureusement les choses n'étaient plus ce qu'on les avait vues aux beaux jours du Moyen-Age. De là, en même temps que les éloges, les plaintes et les conseils de Gerson. « Notre âge, dit-il, éprouve une grande disette de livres utiles. Il reste à peine quelques vestiges de scriptorium dans les couvents où ces établissements ont fourni de précieux manuscrits. Je ne sais s'il existe encore des religieuses se livrant à cet exercice comme les vierges qu'Origène emplo3'a autrefois à transcrire des ouvrages. Peut-être a-t-on fait tort à cet emploi en y admettant sans les examiner, des sujets qui y étaient peu propices. Diverses fraudes se pratiquent maintenant dans ce travail ; il lui faudrait des règlements comme ceux qui régissent les industries mécaniques des draps, du pain, de la coutellerie ou autres. Nos bibliothèques de France ont éprouvé de grandes pertes, non seulement par le pillage à force ouverte dans les révolutions, mais par des soustractions frauduleuses à prix d'argent. Le travail des libraires copistes ne laisse pas que d'être lucratif; il peut donc aussi être recommandé comme un puissant moyen d'aumône. Il existe encore en Hollande des établissements de chanoines réguliers de Saint-Augustin, chez lesquels cette industrie fournit à toutes les nécessités. »

Ce travail de Gerson date de 1428, trente ans avant l'invention de l'imprimerie, une quarantaine d'années avant son apparition en France. Ainsi le dernier appel fait aux copistes de bonne volonté pour les engager à se tenir à la hauteur de leur mission, cet appel fut fait par notre Chancelier.

Le petit écrit De susceptione humanitatis Christi (t. I) a été qualifié d'admirable par plusieurs écrivains sacrés. Ce chef-d'œuvre de doctrine, éclos de la méditation des paroles de la Vierge : Siiscepit Israël piierum suum^ était adressé au Célestin Jean Bassand. Notre chancelier, humble toujours et cherchant volontiers les sentiments et les avis d'autrui, aimait à consulter ce religieux sur ses ouvrages et l'appelait « un homme plein de pénétration )). Gerson traite particulièrement, dans ce livre, des grâces que Dieu fit à la sainte Vierge, et des erreurs où quelques mystiques étaient tombés à ce sujet. Il trace, a dit un Jésuite

romain, le P. Perrone, il trace une règle d'or pour justifier le beau privilège de l'Immacule'e Conception.

Un ravissant petit traité, c'est celui qui a pour objet ces paroles du Sauveur : Venite ad me^ omnes qui laboratis et onerati estis, et eg-o rejiciam vos (t. IV). C'est un cri de l'amour divin porté par une voix humaine, un appel jeté dans ce monde pour rassembler les cœurs autour du Cœur qui est leur centre; pour ramener tout esprit et même toute chair à Celui qui, dit-il, est apparu au monde sous l'enveloppe charnelle. « Qu'il vienne, dit-il en commençant, à Celui qui est le salut, celui-là qui va périr;, qu'il vienne au Rédempteur, le captif; qu'il vienne au Roi, le combattant; qu'il vienne au riche, le pauvre et le misérable ; au médecin, le malade et l'infirme. Qu'il vienne celui qui est faible : il trouvera la force ; qu'il vienne aussi, celui qui est fort : il trouvera la douceur et l'humilité ; qu'il vienne, celui qui a faim : une table est toujours servie, où la miséricorde s'est faite le pain de la misère; qu'il vienne celui qui a soif: une fontaine de grâces coule sans cesse pour abreuver les brebis de la maison de Jacob. Qu'il vienne au feu, celui qui a froid, car il a apporté le feu sur la terre, ce Dieu qui est amour, et que désiret-il, sinon le voir brûler ! »

Ce petit traité comprend environ une quarantaine de pages. Il est plein d'une douceur suave, et on y sent un élan irrésistible. Il paraît avoir été une des oeuvres de prédilection du chancelier. Si Gerson a composé Vlmitation, ce fut à l'époque où nous sommes. Or, nous ferons remarquer que le IV« livre de l'Imita' iion, celui qui traite de l'Eucharistie, a pour préface ces mêmes paroles de Notre-Seigneur, développées ici avec tant d'amour. Quoique certainement, tout le monde les savoure, les répète, les aime, cette coïncidence ne serait-elle pas l'effet d'un même entraînement, la suite d'une même préoccupation ?

Il composa aussi à Lyon le traité de la Noblesse ecclésisaS' tique (t. II) divisé en 3 parties dont les deux dernières revêtent la forme de dialogue entre le maître et le disciple. La noblesse suprême lui paraît être la parenté intime, l'union avec l'Homme- Dieu. « Que les nobles, dit-il, soient, comme vous l'exigez d'eux, les imitateurs du Christ. » Cette pensée, qu'il est nécessaire d'imiter le plus possible Notre Seigneur, revient constamment sous sa plume depuis qu'il l'a émise au concile de Constance. Certes, depuis quatorze siècles, nul ne s'était sanctifié qu'en pra-

tiquant cette maxime et en prenant Jésus-Christ pour modèle ; mais la pensée de cette imitation avec sa forme précise et son terme propre, poursuit partout Gerson. Le traité de la Noblesse ecclésiastique était dédié à l'archevêque de Lyon. Gerson le prie de revoir cet ouvrage, de le corriger, et même de l'anéantir dans le silence de l'oubli a vel sepeliendtim silentio yy, s'il le juge à propos.

Un grand nombre d'écrits ravissants, les uns courts, les autres de longue haleine, coulent de sa plume, on pourrait dire de son âme, car ils sont remplis d'une douce piété, d'un mysticisme suave, et semblent l'écho de sa contemplation solitaire. Ce sont de petits traités sur Poeil spirituel, la méditatioUj Voraison ; sur Vilhimination, la stabilité et la pin^eté du cœur; sur la direction ou la perfection du cœur, laquelle consiste dans la charité ; sur la simplification du cœur, laquelle tend à le débarrasser de tout ce qui n'est pas chanté [Opéra, t. III).

C'est là du reste un principe constant de la théologie mystique de Gerson que la pureté de cœur est une condition essentielle pour connaître la vérité. Partout la même pensée que dans V Imitation : « Un cœur pur pénètre le ciel et l'enfer » (1. II, chap. 4). L'homme est le miroir, en effet, de la divine vérité ; plus ce miroir est pur, mieux elle s'y réfléchit. Gerson le savait mieux que d'autres. Son cœur si pur et si droit, ne cherchant et ne voulant que Dieu, était éclairé par cette lumière intérieure qui s'allume au rayon de la grâce, au contact de la raison divine. De là venaient la justesse de son esprit, la fermeté de son jugement, l'élévation de sa pensée.

Il faut placer encore parmi les meilleures œuvres mystiques de cette période, l'Alphabet de l'amour divin ou Elévation de l'esprit à Dieu : Alphabetum divini amoris {Opéra, t. III). Gerson y expose les voies par lesquelles passe ordinairement ou peut passer notre âme pour arriver, selon les desseins de Dieu, à cet amour parfait, à cette union complète, cet abandon de tout notre être à Dieu, qui est la perfection et le but de la vie. « Pour honorer le Tout-Puissant, dit-il, je veux écrire de toutes les manières par lesquelles notre âme s'élève à Dieu. » Il distingue quinze sorte de voies : via inchoativa, purgativa, illuminativa, instructipa, imitât iva, exetnplativa, admirât iva, peregriuatipa, comparativa, compassiva, aj^ectiva, superlativa, orativa, unitipa, cxultatipa. Ce qu'il y a dans cet opuscule de passages ravissants

et doux au cœur fidèle; ce qu'il y a de rapprochements ingénieux, de vues pour ainsi dire neuves sur des sujets anciens et éternels, on ne peut le comprendre qu'après avoir lu et savouré l'ouvrage. Et toujours beaucoup de citations ou d'exemples des saints Pères, des Docteurs, selon la coutume de Gerson. Ce ne sont plus ici les démonstrations de l'école; ce n'est pas l'aspect étudié des sermons d'apparat ; ce sont les élans d'amour d'une âme toute à Dieu, et des conseils simples et pratiques sur la manière d'aller à lui. Dans le paragraphe de la voie comparative, transporté d'amour à la vue de Jésus-Christ se dévouant pour nous, il s'écrie :

O amor meus, Eruditor meus, Ignis me incendens, Nutritor meus, Refugium meum; Christus, misericordia mea,

— beatitiido mea,

— finis meus ; Karitas me inflammat, Occursor meus,

Spes mea!

O mon amour,

O mon maître,

Feu d'amour qui me brûle.

Ma nourriture,

Mon refuge ;

Christ, ma miséricorde,

— ma béatitude,

— ma fin ; Charité qui m'enflamme, Vousqui venezau-devantdemoi, Mon seul espoir !

Dans la voie d'oraison, il conseille diverses manière de prier, et diverses intentions pour tenir l'esprit en éveil et éviter la distraction ou la routine. On y trouve par exemple le petit tableau suivant pour montrer qu'on peut prier :

Dans une disposition de crainte et de tremblement, se considérant

comme indigne de paraître devant la divine Majesté.

Dans une disposition de confiance en la miséricorde de Dieu et d'abandon à sa bonté.

En union

avec

Marie

Avec

les

Disciples

avec les Anges

Avec

les

Martyrs

Dans une disposition l Avec i Avec l de reconnaissance pour / les / les <

les bienfaits reçus. ) Patriarches ( Confesseursf

Pour les fidèles défunts.

Pour les

membres vivants

de l'Eglise.

Pour soi

et sa famille.

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