‹ Jean GersonChapitre 43 sur 51 · CHAPITRE VINGT-NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-NEUVIÈME

GERSON A SAINT-PAUL LES PETITS ENFANTS DU QUARTIER — LE <t DE PARVULIS »

E voyageur qui devait parcourir une route longue et semée d'obstacles, qui avait à chercher son chemin au milieu de nombreux écueils, pousse un soupir d'allégement quand il lui est donné d'apercevoir le port. Et si, près de ce port ardemment désiré, s'élève le clocher du village natal, son cœur bat avec plus de force; un sentiment de joie plus vive et de plus grande reconnaissance fait monter un chant à ses lèvres.

Ma route était longue à travers cet océan de vicissitudes humaines où je devais suivre Gerson ; elle était semée d'obstacles redoutables pour ma faiblesse. Aujourd'hui je touche au terme et j'aperçois le port. Et le port, c'est mon clocher natal; c'est, tout au bord de la Saône paisible, le vieux Saint-Paul de mon enfance.

Ma mère y passa sa jeunesse ; les murs de cette église ont bien souvent entendu sa prière ; ils ont vu bénir son mariage ; ils ont vu l'eau sainte répandue sur la tête de tous ses enfants, et les archives de Saint- Paul gardent nos titres de chrétiens. Comment ne serais-je pas émue en pensant qu'après un travail de longue haleine, je viens reposer à son ombre ma pensée et mon âme ; que j'y suis le pieux héros dont la vie, jetée à toutes les tempêtes, a trouvé là l'entrée du port? Béni soit Dieu de m'avoir réservé cette joie; et que la paroisse où Gerson opéra tant de bien, où son tombeau fut l'objet d'un si grand culte, soit comblée aussi, en souvenir de lui, de toutes les bénédictions.

Pourquoi Gerson, si heureux d'avoir trouvé une cellule et du silence, ne passa-t-il pas le reste de sa vie au monastère des Célestins ?

Peut-être comprit-il que le repos complet n'e'tait pas ce que Dieu attendait de lui, et un pieux scrupule s'éleva-t-il dans son âme ! Peut-être entrevit-il au-dessus de la contemplation pure, une beauté plus grande pour ce monde : celle de la contemplation jointe à l'apostolat ! Il y a entre Saint-Bernard et notre chancelier de nombreux points de ressemblance. Or, je trouve dans les écrits du moine de Cîteaux certains passages qui semblent éclairer la conduite du chancelier. « L'épouse cherche et désire le repos, dit saint Bernard; cependant les délices de la contemplation ne sauraient l'absorber au point qu'elle se désintéresse des affaires de l'époux. Et l'époux, au contraire, l'excite au travail en lui rappelant qu'elle ne peut entrer dans le royaume des cieux qu'en passant par un grand nombre de tribulations » (Serm. 47, n. 5). — « Quand elle a soif de la présence de l'époux, on la charge de donner des enfants à son bien-aimé et de les nourrir. Cela nous apprend qu'il faut parfois laisser les baisers, malgré leur douceur, pour allaiter ces enfants qui ont faim, car personne ne doit vivre seulement pour soi-même, mais pour tous. Malheur à ceux qui ont reçu la grâce de produire des pensées et des paroles dignes de la majesté de Dieu, s'ils font servir la piété à leurs seuls intérêts; s'ils tournent en vaine gloire ce qu'ils avaient reçu pour conquérir des âmes; si, caressant de sublimes spéculations, ils ne savent condescendre à la faiblesse des petits » (Serm. 41, n° 6). « La perfection, pour les âmes que Dieu appelle aux travaux de l'apostolat, c'est de savoir unir, dans une juste proportion, la contemplation et l'action. La véritable et pure contemplation a cela de propre que celui qu'elle embrase du feu divin, est rempli parfois d'un zèle et d'un désir si grand de gagner des âmes à Dieu, qu'il abandonne volontiers la contemplation pour la prédication. Puis, quand il a contenté les ardeurs de son zèle, il retourne à l'oraison avec d'autant plus d'empressement, qu'il se souvient de l'avoir quittée avec plus de fruit; et de même, après avoir goûté de nouveau les délices de la contemplation, il se remet avec allégresse à faire de nouvelles conquêtes pour Dieu « (Serm. ôy, n. 9).

On dit que saint Bernard s'est peint dans ces quelques lignes; elles me semblent peindre ausi le chancelier. Lorsqu'il vit la pos-

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