‹ Jean GersonChapitre 45 sur 51 · DE PARVULIS TRAHENDIS AD CHRISTUM · texte numérisé non relu

DE PARVULIS TRAHENDIS AD CHRISTUM

De l'action d'amejier au Christ les petits enfants. « Laissez les enfants venir à moi, et ne les empêchez point,

car le royaume du ciel est pour qui leur ressemble » (S. Math., xix). Notre Maître et suprême Législateur Jésus-Christ a pourvu à la conduite de l'Eglise universelle par des instructions, des œuvres et des exemples propres à guider dans le droit chemin les fidèles de tous rangs et de toutes conditions. Et parce que l'enfance et la jeunesse ne sont pas la moindre partie de sa divine Eglise, il ne les a point oubliées dans ses dispositions. Nous le voyons blâmer sévèrement ceux qui, par un respect mal entendu ou une rudesse insensée, peut-être, aussi par le dédain orgueilleux d'une fausse sagesse, éloignent les enfants qui accourent présentement à lui, comme ceux qui voudront y venir dans la suite des siècles. « Laissez, dit-il, les enfants venir à moi : Sinite parvulos venire ad me. Et afin qu'on laisse approcher ceux qui le cherchent, il ajoute la raison supérieure et divine qui le fait agir, disant : Talium enim est regniim cœlorum : Pour ceux qui leur ressemblent est le royaume du ciel.

« Saint Marc nous rapporte les mêmes paroles que saint Mathieu. « Les disciples, dit-il, repoussaient avec des paroles ru- « des les enfants qu'on lui présentait. Jésus, voyant cela, fut indi- « gné et leur dit : Laissez les enfants venir à moi et ne les empê- « chez pas, car le royaume du ciel est pour qui leur ressemble, « Puis, les embrassant et leur imposant les mains, il les bénit : « Et complexans eos^ et imponens matins super illoSj benedice- « bat eos » (S. Marc, x).

« Si nous mettons notre foi dans ces graves paroles, nous ne pourrons réprimer un blâme énergique et sévère pour ceux qui compromettent le salut des enfants et les empêchent d'aller à Jésus-Christ. Et le même blâme peuvent prendre pour eux, tous ceuxqui leur sont semblables. Bien loin cependantd'user envers personne d'aigreur ni de suffisance, nous nous abstiendrons de toute amertume dans notre censure. Ayant à parler de l*en~ fance, nous imiterons sa candeur et sa simplicité; rien, dans ce que nous avancerons, ne viendra d'un esprit de dispute ou d'animosité. Suivons plutôt l'exemple de Jésus-Christ qui, ayant à reprendre ses disciples de leur dureté, se bornait, tout indigné qu'il fût, à leur dire avec bonté : Laissez les enfants venir à moi. Ayons aussi pour la jeunesse un langage plein de douceur, et, s'il en est besoin pour nous mettre à la portée de son intelligence, ne rougissons pas de parler simplement comme feraient de bonnes et tendres mères. Le premier but de nos paroles,

SA VIE, SON TEMPS, SES ŒUVRES SyS

quand elles s'adressent aux enfants, c'est de nous faire comprendre d'eux; nous ne devons pas rechercher d'autre succès que celui de les instruire, de les animer à la pratique de la vertu, de les amener à Jésus-Christ, d'éloigner d'eux pour cela tout sujet de scandale, condamnant surtout sévèrement les railleries et moqueries touchant les choses saintes, qui sont un des plus dangereux.

« Nous rangerons sous quatre chefs les quelques considérations qui doivent former le présent opuscule.

« La première considération établira combien il est nécessaire à eux-mêmes et utile à l'Eglise de laisser les enfants venir au Christ.

« La seconde parlera des personnes qui scandalisent les enfants, et des différentes manières d'empêcher ceux-ci de venir à Jésus.

« La troisième exposera combien est louable l'œuvre de ceux qui les élèvent chrétiennement, et les mettent dans la voie conduisant au Christ.

« Dans la quatrième, enfin, nous présenterons la sanction et comme l'apologie de tout ce qui aura précédé, et nous exhorterons la jeunesse à se laisser conduire au Christ par nos conseils et nos enseignements, tout indignes que nous nous sentions d'une mission si grande.

« Nous soumettons d'ailleurs nos doctrines à l'examen de ceux qui nous sont supérieurs en ces matières, et nous subordonnerons toujours à leurs conseils, nos propres idées, notre prudence et nos jugements. Ainsi tempéré par une humilité qui n'est que la justice, notre zèle ne courra aucun risque de s'égarer. Puissions-nous mériter l'approbation des gens de bien dont nous parlons. Quant à ce que peuvent dire, dans leur légèreté ou leur malveillance, ceux qui ne cherchent pas le bien, nous sommes résolu à ne pas nous en émouvoir, pensant avec saint Jérôme que, si on arrive parfois à Jésus-Christ par un chemin glorieux, le plus souvent on y arrive par l'humiliation : per infamiam et bonam famavi perpeiiitur ad Christiim. »

Le pieux opuscule développe alors les quatre points annoncés et Gerson termine son travail en adressant un appel aux enfants.

« Venez avec confiance, leur dit-il, il n'y a point de piège dans mes voies, point de serpent caché sous mes paroles. Venez: nous échangerons nos biens spirituels, carde vos biens tempo-

rels, je ne veux nullement. Je vous donnerai l'instruction; vous me le rendrez en prières ; ou plutôt nous prierons ensemble et les uns pour les autres, afin d'être sauvés. Ainsi réciproquement nous réjouirons nos saints anges, en la fête desquels j'écris ceci. Ainsi peut-être, non pas même peut-être, mais certainement, nous obtiendrons la miséricorde de notre Père céleste, car nous obéirons à ses commandements ; et nous nous soutiendrons dans notre marche vers lui, moi, en vous appelant, et vous, en me suivant. Et ces bienfaits divins ne se borneront pas à consoler notre présente misère*, mais un jour, dans la gloire consommée, une perpétuelle unité s'ensuivra, à laquelle nous tous pouvons aspirer, qui avons une âme d'enfant. Jésus lui-même nous y convie en nous inspirant cet esprit dans son sublime entretien et disant : Siuite paiwoliis venire ad me : Laissez venir à moi tous les enfants, »

Quatre fois et demie depuis lors, les siècles ont accompli leur révolution sur la terre, et, des révolutions dans la société, le nombre serait beaucoup plus grand. Je passe par les rues et les places publiques; j'entends des propos qui m'arrachent des larmes. Je vois des enfants dont la parole ment à leur âge et à la candeur qu'ils devraient posséder ; je les vois blasphémer Dieu, outrager la vertu ; ils se moquent de nos sacrements et rient devant le Tabernacle. Leur front ne rougit plus, accoutumés qu'ils sont au mal, et la science précoce du mal étouffe en eux toute notion du bien. Est-ce leur faute? N'est-ce pas plutôt la faute de ceux qui devraient les conduire, ou qui devraient tout au moins laisser les chemins libres, afin qu'ils soient conduits par d'autres? Oui, il y a des messagers de mort qui ont accepté la tâche d'élever obstacle sur obstacle dans la voie qui mène au Christ et à la vie, ou la tâche de tromper les esprits sur la direction de cette voie. O puissance et stabilité de la parole qui ne passera pas, quand même le ciel et la terre passeront! je ne trouve encore aujourd'hui qu'un conseil à donner à ces hommes; mon cœur ému n'a qu'une parole, qu'une prière à leur adresser. Ce conseil, c'est de méditer l'opuscule de Gerson. Cette parole, c'est le mot qui revient fréquemment au cours de l'opuscule et qui tomba de ces lèvres humaines et divines d'où coulaient la vérité qui sauve et l'amour qui veut nous sauver ! (f Laissez venir à moi les petits enfants ». Et puis : « Malheur à ceux par qui leur arrive le scandale ».

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