‹ Jean GersonChapitre 49 sur 51 · SES ŒUVRES — LES MONUMENTS — APPRÉCIATIONS DE PERSONNAGES · texte numérisé non relu

SES ŒUVRES — LES MONUMENTS — APPRÉCIATIONS DE PERSONNAGES

AYANT QUELQUE AUTORITÉ DANS l'ÉGLISE

ERSôN se survit de trois manières : dans ses œuvres d'abord; dans quelques statues qu'on lui a élevées; dans la mémoire enfin, je ne dirai pas seulement du peuple, mais des théologiens, des docteurs capables de le juger. Le premier de ces souvenirs est sans contredit l'ensemble de ses oeuvres, puisqu'on y sent revivre sa pensée. Bientôt après l'installation des premières presses à imprimer, on réunit de ses écrits ce qu'on put le plus facilement trouver, et on en fit une première édition en 1489. Celle-là fut vite épuisée. On recommença 5 ans plus tard, et on en donna une seconde dont 3 tomes parurent en 1494, et un quatrième, dans lequel on avait ajouté divers écrits, en i5o2. Nous possédons un exemplaire parfaitement conservé de ces quatre volumes. Une troisième édition parut à Paris en 1606, et une quatrième, coUationnée avec soin par M. Ellies Dupin, en 1706. Elle forme cinq volumes in-folio. Ces cinq volumes ne contiennent presque que les œuvres latines. Il faut donc y joindre diverses œuvres françaises réparties dans un certain nombre de manuscrits, les unes seules, les autres précédées ou suivies de copies d'autres auteurs. Peu de ces œuvres françaises, en effet, ont été imprimées. Quelques-unes ont été traduites en latin ; quelques œuvres latines également

l'ont été en français, mais c'est le petit nombre. Tous les travaux de Gerson, nous l'avons dit, n'ont pas la même [valeur. Ils présentent de grandes inégalités, provenant soit du manque de temps, soit de la pression des circonstances. Mais, même en faisant un choix, il y a là des trésors capables d'enrichir la meilleure bibliothèque chrétienne. Un écrit qui mériterait surtout d'être répandu et qui serait utile, c'est le de Parvulis. Il a été traduit deux fois, à notre connaissance. La seule version que nous ayons pu voir ne rend pas le moins du monde la pensée de Gerson. Ce n'est pas incapacité de la part de l'auteur, il est facile de le voir : c'est parti pris. Il veut faire considérer au point de vue d'une éducation et d'une vertu tout humaines ce que Gerson considère au point de vue de la foi.

Il parle vaguement des bonnes habitudes à donner aux enfants; il ne recommandepointde les conduire à Jésus-Christ, ce qui est la pensée do- -»iv •--;'-• minante de l'original; STATUE DE GERSON saiut Jérôme est uommé

Érigée devant le portail de l'église Saint-Paul quelque part dans le de de Lyon Parviilis ; le traducteur

l'appelle un sage, et ne dit point son nom : ainsi du reste. Nous espérons, avec la grâce de Dieu, donner bientôt de ce petit ouvrage une traduction plus fidèle.

Passons aux oeuvres d'art dans lesquelles la postérité a voulu conserver le souvenir de Gerson.

Depuis que les environs de Saint-Paul ont été remaniés pour l'établissement de la gare des Dombes, on y a élevé une statue au chancelier. L'initiative en est due à MM. Mangini, l'exécution au sculpteur Charles Bailly. Une niche a été creusée pour elle dans le mur de soutènement du débarcadère ; elle fait face au portail occidental de l'Eglise. Là fut placé, en 1879, le groupe représentant Gerson, notre Gerson de Lyon, avec un des enfants qu'il instruisait. On lui a donné son ancien costume de cérémonie pour rappeler qu'à Paris même, au milieu de ses hautes fonctions, et au grand scandale de quelques esprits étroits, il catéchisait souvent les petits enfants. Il est donc vêtu de la simarre aux manches doublées de fourrure; le manteau de chancelier, doublé d'hermine, est jeté sur une épaule ; la tête est coiffée du bonnet de docteur. Un jeune enfant s'appuie contre lui ; une des mains de Gerson est posée sur son épaule en signe d'amour et de protection ; la main droite, dans un geste sublime, montre le ciel à l'enfant; c'est le commentaire d'une des devises favorites du chancelier : Sursum corda !

Paris ne l'a point oublié. Deux statues décorent à l'extérieur le portail de l'église de la Sorbonne : d'un côté, celle de Bossuet; de l'autre, celle de Gerson. Due au ciseau de M. Frelon, cette dernière représente Gerson jeune encore, tel qu'on a dû en garder le souvenir à Paris. Les traits expriment la sagesse, la gravité, la modestie; l'attitude révèle le penseur, l'homme qui vit dans la partie supérieure de son intelligence. La statue n'a pas moins de 2'"5o de haut; elle fut placée là en 1894, après avoir été exposée au Salon.

A l'intérieur de l'église, une fresque de grande dimension occupe, à droite, tout le fond de la chapelle où se trouve le mausolée de Richelieu. L'idée mère de cette fresque, qui représente la Théologie chrétienne, est exprimée par l'inscription du haut : Lux vera Christus : le Christ est la lumière ; toute lumière véritable réside en lui et vient de lui. La fresque est partagée en deux parties dans sa hauteur, et au-dessus l'une de l'autre sont" comme deux processions des plus illustres Pères et Docteurs de l'Eglise, ou des personnages célèbres parleur foi. Ceux de la. partie supérieure convergent, de droite et de gauche, vers une,, figure centrale : la Foi; ceux de la partie inférieure, vers un au—

tel central sur lequel tombent les rayons de la Foi, et où l'auguste sacrement de l'Eucharistie apparaît dans un ostensoir. Les personnages de la fresque supérieure sont : à gauche de la Foi : saint Jérôme, saint Ambroise, saint Augustin, saint Irénée, saint Rémi, saint Léon, saint Grégoire, sainte Monique, sainte Paule, sainte Eustochium, sainte Clotilde; à droite : saint Etienne, saint Jean Chrysostome, saint Basile, saint Grégoire de Nazianze, saint Athanase, saint Ephrem, saint Cyprien, saint Martin de Tours. Dans la série du bas se trouvent : à gauche : Saint Bernard, saint François de Sales, saint Vincent de Paul, le cardinal de Bérulle, Bossuet, Fénelon, Ollier, Pascal, Descartes, Malebranche ; à droite : saint Benoît, saint Bruno, saint François d'Assise, saint Dominique, saint Thomas d'Aquin, saint Bonaventure, saint Jean de Matha, saint François-Xavier, Pierre Lombard, Gerson, Robert Sorbon. Ces personnages sont représentés en diverses postures. Les uns, agenouillés, adorent le Saint Sacremenf,d'autres, debout, lèvent vers lui le regardde l'extase. Quatre d'entre eux sont plus rapprochés de l'autel ; ce sont : Robert Sorbon, sur les degrés mêmes, qui fait probablement les honneurs de sa fondation ; saint Thomas et Bossuet, montrant de la main le Très Saint Sacrement sur lequel ils ont laissé, l'un, des chants immortels ; l'autre, de solides instructions; et Gerson qui, appuyé sur l'autel, y dépose pieusement un livre. L'artiste a eu l'intention de représenter le livre d'or De Imitatione Christi^ dont la quatrième partie est consacrée au divin Sacrement.

Voici maintenant, d'après les renseignements de M. Miette, curé acuel de Barby (i), ce que possède le pays natal de Gerson :

1° Un portrait sur toile, d'assez bonne exécution, pouvant remonter au xvii^ siècle et donnant exactement le type de la gravure de Jollain (i66g), tel qu'il a été gravé de nouveau par M. Ad. Varin, vers 1880 {Jean de Gei'son, par H. Jadart, Reims, 1881).

2° Un autre portrait qui serait le plus authentique, appartient à M. Féquant-Créquy. Celui-ci le tiendrait d'un ancien maire, M. Rousseau, auquel il aurait été donné par un des curés-doyens

(i) Un autre ecclésiastique du diocèse de Reims a droit aussi à nos remerciments : Monsieur l'abbé Bussenot, vicaire général, chanoine, secrétaire général de l'Archevêché, a bien voulu nous communiquer les sceaux du chapitre, dont on a vu ailleurs la reproduction.

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