SUR LE PARALLÈLE QUI PRÉCÈDE
Nous ajoutons quelques généralités aux observations particulières que nous avons jointes à plusieurs des passages cités.
Gerson , bien lu , dans ses œuvres tant morales que spirituelles, malgré un style inégal et parfois un peu dur, dans l'immense quantité de sujets qu'il a embrassés, ne laisse pas d'avoir une grande diversité de tons ; et cette souplesse lui permet de la douceur et de l'onction dans les sujets qui en sont susceptibles. Il a partout alors le même esprit, la même effusion de sentiment, sinon la même forme ou la même ex-
pression.
Gerson distingue lui-même ses entretiens de ses discours d'apparat, ses leçons de morale et ses lettres d'avec ses considérations et ses traités. Dans ces derniers , il analyse et discute méthodiquement. Dans les premiers , il ne divise point son sujet ; il avertit , il exhorte et conseille : dans ses colloques ou entretiens, il converse gravement et on peut dire avec placidité '( i),
(i) Expression de M. Tardicu l'aîné, de Nancy, à la vue de noire tableau de Gerson, d'après lequel paraît gravé le portrait qui suit la miniature du docteur jeune, figure en tête du manuscrit in-folio, sous le nom de Gersou , dû aux soins de Thomas Gerson, neveu du chancelier.
mais sans sécheresse et sans frj leur. On reconnaît, clans le Dialogue du livre m de X Imitation, livre principal de l'ouvrage, l'onction du livre français le 2e de YInternelle Consolation, très-analogue pour le style à ses Conférences spirituelles avec ses sœurs, ou entre des êtres abstrails, tel que le cœur mondain et le cœur seulet ou solitaire, par lequel il entend le religieux de cœur qu'il distingue du moine, comme dans X Imitation. Quoique l'auteur n'y procède point analytiquement, mais plutôt syntbétiquement et par maximes, il n'en résulte pas qu'il n'y ait dans ce livre aucune méthode , comme l'a cru Amort parce qu'il ne s'en trouve pas en effet dans les opuscules de Rempis. Les raisons, surtout dans ce livre, s'enchaînent, se groupent, se succèdent suivant un ordre simple et naturel, s'harmonisent ou s'opposent ; et les conjonctions même n'y manquent point. Les maximes générales n'y sont pas des lieux communs ou purement applicables à ses confrères, comme chez Rempis; et ce qui fait lire avec plus de fruit l'œuvre de Gerson , c'est qu'il a tous les accens et tous les tons des Pères dont il est nourri, autant que des Evangiles, qu'il s'approprie et fond dans son texte. Aussi nous dirons en partie avec Claudien: 11 édifie et instruit comme Augustin et Jérôme dans leurs épîtres; il élève et réforme comme Hilaire et Basile, sollicite et provoque comme Eucher et Paulin , touche et console comme saint Grégoire et saint Bernard auquel X Imitation a été
attribuée : pèlerin comme Àtlianase, il se dépeint de même. Il parle aux grands, comme aux simples fidèles ; et il termine presque son livre, ainsi que sa vie, par s'humilier comme les enfans , et se faire petit avec les petits, à l'imitation de J.-C, son digne type et son modèle (i).
(i) Voira ce sujet un parallèle frappant, page 16, où Gerson descend des hauteurs de la contemplation pour s'abaisser au niveau d'un simple enfant , en s'exprimant avec une humilité digne de l'auteur de V Imitation, qui se qualifie de pauperrimus servulus au chapitre 10 du livre III. N'est-ce pas Gerson qui, dans le chapitre 5g, le dernier du livre III , invoque la miséricorde de Dieu en faveur de son pauvre serviteur exilé au loin dans la région de l'ombre de la mort, et qui prie le Seigneur de le conserver parmi tant de dangers, et de le conduire par une voie paisible vers la Patrie à laquelle il aspire? N'est-ce pas son exil, ses dangers , son voyage et la Patrie que désigne la Lettre ci-après, n. IV, de Gerson à ses frères? Enfin, le chapitre 17 du livre iv de Y Imitation est une action de grâces , où la recommandation du souvenir du pauvre serviteur semble rappeler la prière que l'auteur du livre De pueris ad Cliristum traliendis , cité avec intérêt par M. Onésime Leroy et traduit par M. Tardieu de Nancy, faisait répéter aux enfans, la veille même de sa mort : « Seigneur, ayez pitié de votre pauvre serviteur Gerson! »
Remarque de Leibnilz, relative à la note i , page 1 1 , sur la défense de la cause des clercs et des congrégations laïques par Gerson au concile de Constance.
Leibnitz ( in Collect. scriptorum Brunswick. introd., § 3g) écrit ainsi (nous traduisons ses paroles) : « Jean Gerson, chancelier de l'église de Paris, défendit la cause des clercs de la congrégation de Windeshem, non-seulement de la voix au Concile de Constance , mais dans un écrit exprès ; et il montra qu'ils étaient institués pour tenir école de lettres et de mœurs ; qu'ils enseignaient à leurs élèves à mener une vie studieuse et louable ; qu'ils vivaient en commun d'après les institutions de la primitive Église , sans biens propres comme sans mendier leur subsistance ; qu'ils étaient simplement soumis à leurs évoques diocésains ; ce qui plut tellement que le Concile, présidé par Martin V, ayant approuvé leur manière de vivre , les exhorta à se conduire courageusement, à établir leurs écoles et à instruire leurs disciples à fa piété pour devenir l'appui de l'Église de Dieu. En conséquence ces clercs de la vie commune propagèrent l'enseignement des humanités dans l'Allemagne
inférieure ( 1 ). Beaucoup de personnages célèbres sont sortis de leurs écoles, Didier Erasme, Pierre Canisi, etc. C'est pourquoi leur institut fut le jumeau de celui des Pères de la Société de Jésus qui se dédièrent aussi a l'instruction de la jeunesse. » (Ne semble-t-il pas que Gerson ait concouru à défendre l'établissement de l'institut d'où sont sortis des personnages plus ou moins cathliques , tels que ceux dont parle Leibnitz? Il ne serait pas étonnant que V Internelle Consolation fût un de ces ouvrages à l'appui de l'institut établi pour tous les chrétiens.)
(i) Les clercs ou frères delà vie commune , d'où sortirent les religieux de Windeshem , fondés par Gérard-Groot , formèrent en moins d'un demi-siècle plus de cent cinquante communautés, soit de clercs, soit de dévots laïcs et dévotes, qui s'occupaient de l'enseignement gratuit delà jeunesse. Us portèrent ombrage aux religieux mendians qui , par 1 organe de Mathieu Grabon , voulurent les astreindre aux trois vœux de religion. Son opposition fut déférée à l'évêque d'Utrecht et de là au Concile. Gerson , en défendant avec succès la cause des clercs et des congrégations laïques , leur acquit ainsi qu'à lui-même nne grande considération. Il eut des relations particulières avec les délégués de l'ordre de Windeshem commeavec les bénédictins abbés de Weingart, deMelck, etc., présens au Concile, selon Collet et Vanderhart. Dans les maisons des divers Ordres se sont trouvés dès-lors des Manuscrits de Y Imitation, multipliés plus en détail chez les Belges et moins partiellement chez les bénédictins en Allemagne et en France. Il en est résulté que plus le texte de Y Imitation s'approche du foyer de lumière qui caractérise cette époque, plus il est respecté et pur.
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Autorité alléguée.
Nota. Dès le début de la préface de son édition latine, page 1, M. de Grégory dénomme plusieurs écrivains comme historiens de Jean Gerseu. Ces écrivains, tous postérieurs de 400 ans au treizième siècle , où ce Gersen a été supposé exister , n'en ont parlé que d'après la contestation élevée en 1616, par l'abbé Constantin Cajetan. Francesco délia Chiesa,Piémontais, n'en avait fait aucune mention en 1614; c'est seulement en 1645, depuis l'édition de Constantin en 1644 , sous l'inspiration de ce zélé promoteur, qu'il cite le traité très docte de Gersen, qualification soufflée par le bénédictin, sans aucun titre ni témoignage ancien. Mais depuis, en 1657, dans son livre De viris doctrine illustribus urbis Vercellensis , il n'en dit plus mot. Voyez aussi Amort, Moral, certitud. p. 66.
Ex chronologicâ historié prœlatorum et abbatum regionis Pœdemontanœ , auctore D. Francisco Augustino ab Ecclesia , episcopo Salutiensi , cap. 34, pag. 290 et seq. éd. 164$.
De Abbatiâ sancti Stephani de Citadella de Verçellis ejusque abbatibus.
« Hoc monasterium quamplurimos habuit dignissimos abbates , quorum sequentes tantum ad meam cognitionem pervenerunt. Verùm ipsum monasterium circà annum i58i , cùin Garolus Emmanuel
— *9 — Sabaudiae dux civitatem et arcem . . . reformari visisset , solo rcquatum est. »
Hugo, anno 1 172. — ■ Joann. Scotus , doctor (1)
lus, anno 12.
egreg
Robaldus qui etiam fuit canonicus sancti Eusebii, anno tsi/J. — Joannes Gerzen 7 qui eruditissimum tranctatum de lmitatione Christi composuil, anno i23o (2). — Petrus anno 1245. — Guillelmus Advocatus ex dominis Queregnae (3), qui obiit anno i34o. — Simon de Bondonis nob. Vercell., anno i35i , et Guillelmus de Bondonis, nepos Simonis, anno i368. — Benedictusde Bulgarisnob. Vercell. anno i4oo. »
(1) J'observe qu'on ne connaît de 1200 à 12.,. aucun abbé du nom de Jean Scot. La qualification de doclor egregius l'eût fait connaître s'il eût existé à cette époque. Le Jean Scot, abbé de Verceil , vivait dans le neuvième siècle.
(1) L'expression eruditissimum tractatum composuit , suppose un docte traité dont un bénédictin seul a pu faire qualifier le livre de V Imitation . Son auteur, inconnu depuis lors, avait besoin d'un précurseur dit doctor egregius qui le fit valoir , quoique inconnu lui-même.
(3) Comment ce Guillelmus Advocatus , mort en i34o, n'est-il pas mentionné comme possesseur ou parent du possesseur de Y Imitation, tel qu'un Joseph de Advocatis, faisant don de ce manuscrit précieux en 1349, suivant un spécimen produit en i833 par M. de Grégory avec le nom et la date, qui manquent , il est vrai , dans une nouvelle attestation publiée en i835. Voyez l'article du Journal général de la Littérature de France , février 18 36.