II-.AN GIO »UX
Nous avons dit que le peintre exposa en 1.S41 un second p trait du général Donzelot. Quatre autres toiles signées de lui parurent au même Salon : Sainte Geneviève, patronne de Paris, le Martyre de sainte Agathe en 2$o, un portrait en pied de Sigalon et
celui de M de Ricard, femme d'un gênerai aide de camp du roi Jérôme. Le premier de ces tableaux fut acquis par le Gouvernement. 11 a été gravé, lithographie, et la composition du peintre fut en outre reproduite sur une enseigne. Publicité bien imprévue. C'est au Musée de Lyon qu'il convient de chercher le Martyre de sainte Agathe, dont il existe également une lithographie. La ville d'Aix abrite dans son Musée le portrait de Sigalon.
Le 27 juin 1841, l'architecte A. de Gisors écrivait à Gigoux:
La nouvelle chapelle du Palais sera placée sous le vocable de saint Philippe. M. le duc Decazes désire que les peintures qui en seront l'ornement rappellent des épisodes Je l'histoire de ce saint.
Gisors était l'architecte de la Chambre des Pairs. 11 s'agit ici de la chapelle du Palais du Luxembourg pour laquelle Gigoux reçut la commande d'un tableau. L'œuvre parut au Salon de [842. Elle a pour sujet Saint Philippe apôtre guérissant une malade. La même année, notre peintre expose au Louvre Souvenir de la jeunesse d'Hoffmann : Séraphine dans le Majorât. Le Saint Philippe est dans la chapelle du Luxembourg, ainsi que diverses autres compositions dont la dernière fut terminée seulement en [846. Nous trouvons en effet ce billet au milieu des papiers de l'artiste :
Finissez-vous votre tableau ? Il nie tarde de le voir en place.
A. de GISORS.
2 3 octobre 1846.
Le seconde composition dont il vient d'être parle. Souvenir de la jeunesse d'Hoffmann, traversa diverses péripéties. Elle fut volée, puis restituée à son auteur. Gigoux la possédait encore en [882. Il en existe une lithographie.
Cave n'oubliait pas son ami, qui d'ailleurs se prêtait de bonne grâce aux plus modestes études. Un arrête ministériel du 18 avril [843 charge notre peintre de copier le Christ en croix, de Michel-
6o JEAN GIGOUX
Ange, moyennant i5oo fr., pour la petite église de Mirambeau dans la Charente-Inférieure.
Gigoux, en ceci, fait preuve de bon vouloir. Ce n'est pas assurément une somme de quinze cents francs qui a pu le tenter. Depuis une année, Gigoux est chevalier de la Légion d'honneur. Il a quitté le quai Malaquais pour prendre à l'Abbaye un vaste atelier et un appartement spacieux. Son travail ininterrompu, sa vogue, son talent réel lui assurent l'aisance, mais il est de ceux qui estiment que l'État doit être servi par les meilleurs citoyens, et quand l'État a besoin d'une copie, un peintre de valeur ne déroge pas en prêtant son pinceau à l'État. Au surplus, copier un maître n'est pas une occupation d'oisif. On apprend toujours dans le têteà-tête prolongé avec les maîtres. Gigoux ne l'ignore pas. S'il a quelques loisirs, c'est au Louvre qu'il se hâte de courir. En ce temps-la, le Louvre était le rendez-vous de quiconque savait tenir le crayon. Une étude perpétuelle était le penchant des peintres de cette génération robuste et bien inspirée. Vivre pendant une ou deux semaines dans l'intimité de Michel-Ange était, à tout prendre, une bonne fortune pour notre artiste.
Entre temps, il obligeait un ami. Mine Ancelot avait eu à su plaindre des sévérités du Moniteur. De Grùn, le rédacteur en chef du journal, était connu de Gigoux. Il fut convenu que Mme Ancelot exposerait à de Grùn ses doléances et que le peintre ferait parvenir à destination la requête de l'écrivain. Cette intervention lui valut la lettre qui suit, datée du 21 novembre i8q3 :
Mon cher Monsieur Gigoux.
Je vous remercie beaucoup de la communication de la lettre que vous avez bien voulu nie confier. J'y ai trouvé des choses trop gracieuses pour moi, et que je ne puis accepter que comme preuve d'une disposition bienveillante à laquelle je dois être et suis fort sensible. Madame Ancelot rend une parfaite justice à mes sentiments personnels, et je n'hésite pas plus qu'elle à croire que si j'avais l'honneur de la voir, nous nous entendrions trèsbien. Entre nous, il n'y a qu'une pierre d'achoppement ; cette pierre c'est M. Sauvage, mon rédacteur des théâtres. Madame Ancelot attribue à des causes de vengeance personnelle les critiques de cet homme de lettres. Je n'espère pas dissiper cette erreur qui parait bien profondément enracinée. Mais à vous, juge désintéressé, par conséquent bon juge, je pourrais fournir quelques explications péremptoires.
Ostrowski est l'ami de Gigoux. Nous avons vu le peintre exposer le portrait du comte polonais en i833. Celui-ci veut
Il- \\ GIGOUX 61
reconnaître par une marque flatteuse les attentions de l'artiste et il lui adresse le brevet ci-après
En vertu de l'article 7 de la décision du 7 juin 1841, concernant 1 in Ju pro-
tectorat de la bibliothèque polonaise, actuellement établie a Versailles, j'invite M
... chevalier Je la Légion d'honneur, a accepter le titre de protecteur honoraire de la dite institution, ayant en vue ses lumières, ses talents éminents et l'intérêt qu'il a toujours témoigné pour la cause polonaise. — Fait a Versailles le 25 janvier :
Le palatin Antoine l ..rai anc. commd' Je la Garde Nationale de Varsovie.
Les crayons de GigOUX demeurent-ils inactifs? Xe le croyez pas. Marie Nodier, devenue M Menessier, a une charmante enfant. Georgette, dont notre peintre exécute le portrait. Mais voilà tout à coup la pauvrette défigurée par une fluxion ! La mère s'émeut et demande grâce à l'artiste.
Georgette est tout .1 fait borgne ce soir, cher monsieur et ami, je tiens cependant a vous fournir un bon œil, et même deux, si c'est possible.
Voulez-vous que nous remettions a dimanche la séance de demain ? Xe vous occupe/ pas de me le faire savoir, si cela vous convient : sauf avis contraire, nous serons chez, vous a une heure après midi.
Je raffole de ce charmant portrait. Que vous êtes donc aimable et bon d'y avoir pensé, et que nous serons heureux de vous devoir encore cette nouvelle reconnaissance !
David d'Angers modela le médaillon de (iigoux en [844. Au cours de la même année, le sculpteur s'était occupe du buste de Balzac. Nous avons raconté ailleurs le plaisir que prenait David à appeler un peintre dans son atelier lorsqu'il avait devant lui quelque illustre modèle. Il aimait à rivaliser de vitesse et de talent avec l'un de ses confrères dans la traduction d'une haute effigie. De l'œuvre peinte, il tirait une indication précieuse pour sa sculpture, et de l'œuvre modelée, le peintre tirait profit de son côte. A ce double travail exécuté simultanément, le modèle gagnait des heures de séance, et les heures sont quelque chose pour l'homme d'étude. David avait ainsi appelé dans son atelier Ary Scheller. le jour où lui-même sculptait le buste de Bélanger. Lorsque Balzac vint s'asseoir sur le fauteuil légendaire où Chateaubriand, Cooper, Lamartine s'étaient assis. David invita Louis Boulanger à peindre le mâle visage de l'auteur de la Comédie humaine. Balzac joignit son appel à celui de son statuaire. Louis Boulanger ne vint pas. Écoutons son excuse :
Mon cher Poète,
Il faut que votre bonne amitié se montre en cette occasion, c'est-à-dire qu'elle me pardonne de ne pouvoir tenir la promesse que je vous ai faite d'aller aujourd'hui peindre votre image, chez notre grand David.
Il faut que je garde mon modèle toute la journée et cela toute la semaine ; je suis dans la fièvre du travail, et voyant clairement que pour arriver au Salon je n'ai pas une minute de trop, si toutefois je puis arriver. Vous savez par vous-même ce que c'est qu'une grandebesogne commencée, et vous me pardonnerez. J'y compte et je serais désolé de penser que cela est une défaite à vos yeux : le moment est diabolique, voilà tout.
J'espère que nous en retrouverons bien un quelque jour pour faire cette besogne. J'ai été prêt plus d'une fois, vous le savez, et je le serais dans ce moment, sans cette toile qui me talonne.
Merci de votre beau cadeau, cher ami. Personne ne pouvait être plus touché que moi d'un pareil présent.
Je vous serre la main,