DON JOSI F DE RIBERA
Vers l'an i5o5, il y avait .1 Rome un pauvre enfant de quinze allait couvert de haillons par la ville, étudiant aux I
les jardins, dans les églises, étudiant les lieux d'où sa misère ne II
repousser, les chefs-d'oeuvre des artistes Je toutes les époques. Il é; i amis, sans personne qui s'inquiétât de lui, étranger et d'une race maudite depu du pays par les soldats du connétable de Bourbon. Avec cela il avait un c
et une santé délabrée par 1 ms continuelles de sa vie miserai
Cependant il avait conservé une grande énergie de caractère; vrai Castillan, il était fter de son origine espagnole et il affectait, en parlant, de garder l'accent de
Tel esl le fragment mystérieux dont nous avons pris copie, voilà plus de douze . innées, dans l'atelier de notre peintre.
Le maréchal Moncey, duc de Conegliano, était Bisontin. Le conseil municipal ayant exprimé le désir d'avoir son portrait, le vieux soldat, comblé de jours et de gloire, gouverneur des Invalides, ne permit pas à ses concitoyens de supporter les frais du tableau. GigOUX l'exécuta. Sa peinture est au Musée de Besançon. La toile mesure 2m5o. Le maréchal est représenté en pied . debout, la tête tournée à droite; il a le costume de maréchal de France; sa main gauche est appuyée sur le bâton de commandement, et ce bâton porte sur un rocher où se trouve un manteau et une carte d'Espagne ; à terre est un chapeau à plumes blanches, près d'un portefeuille et d'une lunette d'approche. Plus loin, on aperçoit un cheval blanc, maintenu par un dragon. Moncey en possession de son portrait en fit l'offre à sa ville. Puis la pensée lui vint d'en léguer une copie à l'Hôtel des Invalides qu'il gouvernait depuis [834. GigOUX fut charge de la copie. A son tour, il eût voulu se montrer généreux envers son illustre compatriote. Il offrit au maréchal d'exécuter à titre gracieux la copie qui lui était demandée. On connaît la lettre de Moncey refusant, en août [8i5, au roi Louis XYIII de présider la commission militaire qui devait juger le maréchal Xev. Pour être moins connue et d'un tout autre caractère, la lettre du vaillant soldat, adressée le 7 avril [840 au peintre (îigoux. n'est pas moins chevaleresque :
Monsieur GigOUX, mon cher compatriote.
Je vois seulement ce matin la lettre sans date que vous avez écrite a M. Lheureux, mon aide Je camp, que j'avais prié de vous porter quatre mille francs pour acquit du portrait
en grand que vous avez fait pour la ville de Besançon, et aussi de celui qui doit être placé aux Invalides, comme Gouverneur de l'Hôtel.
Je suis très sensible à l'hommage que vous voulez bien me faire de ce dernier, et à l'offre que vous faites d'abandonner sur la somme de quatre mille francs, celle de mille francs à laquelle il était estimé. Je vois avec regret qu'il ne peut m'ètre permis d'accepter cette offre ; je suis un vieillard à la fin de sa carrière, qui ne peut vous permettre ce sacrifice, et vous, vous êtes un jeune homme encore au milieu de la vôtre, qui devez avoir le besoin de recevoir le prix de vos travaux ; ainsi je vous prie d'agréer les quatre mille francs que je vous solde de bon cœur, et d'autant plus que vous jugerez vous-même que mon portrait étant placé aux Invalides, comme Gouverneur, je dois le paver et non le recevoir en hommage particulier.
Recevez, mon cher compatriote, une nouvelle assurance de mes sentiments d'estime et de considération.
Le Maréchal, duc de Conegliano, Gouverneur des Invalides,
MONCÉY.
Gigoux ne cesse de produire. Il multiplie ses portraits. Corot lui devra le sien et Francis Wey, un littérateur comtois, celui de sa femme. Un billet de Wey, pressant le peintre de se dessaisir de son oeuvre, est à rappeler.
J'apprends, mon cher ami, que notre portrait est chez vous, et dans la crainte que vous ne dérangiez quelqu'un pour me l'envoyer, je prends les devants.
Il y a bien aussi quelque impatience enfantine que vous excuserez. La vie est fort courte et il ne faut point ajourner ce qui fait plaisir.
Mon empressement vous donne la mesure de toute ma reconnaissance et du bonheur avec lequel je me plais à contempler votre ouvrage. Puis, il faut dire aussi que ma femme repart aujourd'hui pour Luciennes, et que je serai bien aise d'être un peu moins veuf.
Merle, un journaliste influent de l'époque, se montre exigeant et plein de mystère. Qui nous dira le nom de la femme voilée dont le portrait a besoin de tant de retouches pour que le modèle se déclare satisfait ?
Je vous envoyé, mon cher ami, le portrait dont vous avez eu l'obligeance de me pro mettre une lithographie. Voulez-vous être assez bon pour faire faire à cette copie quelques petits changemens que la personne que cela intéresse m'a expressément recommandés ?
Elle désire qu'on baisse un peu la coiffure, beaucoup trop élevée sur le haut de la tête, et qu'on supprime la fleur qui la surmonte. Elle voudrait aussi faire supprimer le voile et faire disparaître le mouchoir qui est dans la main droite, et enfin diminuer l'ampleur des manches. Tout cela donnera un peu plus de grâce et de simplicité à ce très médiocre dessin, qui n"a d'autre mérite que celui d'une grande ressemblance.
Il est difficile de rien saisir sous ces phrases enveloppées. Apparemment il y a là quelque secret. Ne cherchons pas à le surprendre. Ce serait peine perdue.