‹ Jean Gossart de MaubeugeChapitre 10 sur 33 · II. — Le Voyage en Italie · texte numérisé non relu

II. — Le Voyage en Italie

Le voyage fut une éclatante procession à travers les villes fastueuses qui marquaient la route de l'Italie. Philippe de Bourgogne fut reçu avec pompe parles souverains, le prince I. F. Pic de la Mîrandolc, par les villes de Vérone cl de Florence. Le pape Jules II surtout l'accueillit avec une bienveillance particulière. « Philippe aimait les tableaux, écrit Gérard de Nimègue, et. non seulement il était bon juge, mais il jugeait en praticien : car. dans sa jeunesse, il avait étudié la peinture et l'orfèvrerie. TJ connaissait ton (es les règles et proportions usitées en architecture, et discutait des bases, des colonnes, et de leurs couronnements, avec autant d'exactitude que s'il eût puisé la science dans Vitruvc. Si. dans la conversation, on parlait de fontaines et d'aqueducs, il prouvait qu'il n'était rien moins qu'ignorant en cette matière ». Jules 11, grand amateur des sculptures antiques, s'éprit d'affection pour cette ambassadeur si raffiné et voulut mettre ses galeries du Vatican à la disposition de tous ces visiteurs : il offrit même à Philippe des toiles de grand prix et des marbres superbes, mais la grandeur d'âme du prince était telle qu'il ne voulut accepter que deux statues, l'une de Jules César, l'autre d'Hadrien. Gérard de Nimègue ajoute une phrase très intéressante : « Rien ne lui plaisait tant à Rome que de contempler ces monuments de l'antiquité qu'il faisait peindre par Véminent artiste du nom de Jean Gossart de Maubeuge I Elle nous donne le secret de la foi-mal ion italo antique de M abuse.

A quelle date revinrent-ils '( M. Michiels propose la date de 1513, après la mort de Jules II. ('elle date est évidemment erronée. Jules II. en effet, dès 1510 chercha à se rapprocher de Venise et à en faire son alliée. L'eût-il osé devant l'ambassadeur de Maximilien, envoyé pour com-

(lj Nihil magis eum Romani delcctabal quam saeva illu vctusfcati.s monumenta quao per elaris.sumum pictorenï Joannem Gossaiu'Um Malbor.»iUM depingenda sil>i curavil.

(ierardus noviomaejus dans 1rs Veteris sevi rmalcctfi (ÏAntonius Maltlmeus editione secunda, tomus 1', p. J5?, llagae comitum M DCC XXXV1I1.

battre, auprès du vieux pontife, l'influence des doges vénitiens i D'ailleurs le registre de la Chambre des Comptes de Lille ne peut laisser de doutes : « Il y a eslé occupé jusques au XXïJe jour <le Juing, Fan XVe neuf (t) ».

Donc. !<• 22 juin 1509 2 . avec (ouïe sa suite. Philippe revient droit à Bruxelles. — « Legatione peracta in Brabantiam rediit » G. Xoviomagus puis il se rendit à La Haye où se trouvait Marguerite d'Autriche, pour faire à la « Gouvernante » son rapport sur les résultats de sa mission diplomatique.

III. — Le Retour d'Italie — Gossart à Suythbourg — Mort de Barbary.

Dans le château de Suythbourg, en Zélande, entre Flessingue et Middelb.ourg, Philippe de Bourgogne, ayant abandonné toute carrière honorifique et ayant cédé à Adolphe, seigneur de Beveren, la charge d'amiral do /('■lande, s'entoura d'artistes et de gens de lettres (3), et I on recommença cette vie facile et indépendante qui avait permis à Mabuse de produire ses premières peintures importâmes. Barbar\ et Gossart, Krasme et Jean Palu-

(1) Registre Nn \\ 196 l" iij, XIX, V°. — Chambre des^ Comptes à Lille,

(2) A 1;» lin 'le 1500 e*l inscrit, dans le registre de la confrérie de No" re- Dàme à Middelbourg nn .Tanin de Wae.le, ou Jennin If ^Y*allon. C'est de notre [.cintre qu'il s'agit et cette mention corrobore l'assertion que Jean (Jossart est rentré d'Italie en f5<H).

(3) Aecersierat sibi magnis exponsis, piclores el architcctos primi nominis. .laeobum Barbarum Venetum et Joannem Malbodium, nostrae aetatis Zeuxin et Appellent. — Bonarum praelerea litterarum professores mire amabat. Ex horum numéro imprimis sibi farniliares fecerat D. Erasmum, Roterodanum,in optimis studiis orbi notum el Joannem Paludanum, Lova niensis Academiae rhetorem — Gerardus Noviomagus, loc. cit. p. I,"e'..

et. .'gaiement. — Epistolae Era*mi 1. 3, il (Lettre de Philippe datée du VI Déc. CIoIoXVU).

riunus. Gérard de Nimègue Ij ci aie ni les plus assidus ci les | ► I u s intimes. On discutait art. littérature, sciences, philosophie : chacun collaborait à la rédaction des notes de ( lérard de Nimègue.

Cependant de ces sept années 1509-1516 nous n'ayons aucun renseignement précis. Il est probable que c'est à ce moment que Gossart épousa Marguerite S'Molenaers. dont il cul plusieurs ('niants. On n'est pas d'accord sur leur nombre. On connaît de sources exactes Jean Gossart cl Gertrudc Gossart. mariée au peintre Van der Heyden de Louvain.

Le 1G juillet 1515. Philippe partit pour conduire au toi de Danemark (2), Chrisliern II, sa fiancée Isabelle d'Autriche, sœur de Charles-Quint, âgée de I î ans cl demi. Pendant la traversée du retour, la nièce de Philippe, tille de Baudoin de Lille (3), bâtard de Philippe le Bon.

(I) Gérard de Nimègue avait étudie à Deventcr sous le même Alexandre TIégius qui avait dirigé les premières études d'Eiasme. 11 avait appris à faire do très bons vers latins et il recul on lu 1 7 la couronne poétique des mains de l'empereur Maximilien I. 11 s'était fait moine, mais avait quitté l'habit. Attaché ensuite à (maries d'Autriche, après avoir séjourné à Louvain, lecteur et historien du prince, il refusa de le suivre en Espagne et quitta son service. Entré alors au service de Philippe de Bourgogne t omme lecteur et secrétaire, il se brouille avec Erasme à la suite d'une discussion religieuse, devient luthérien en 1529, écrit les « Lettres d'Érasme » et les & Annotations d'Erasme » (cf. Epist. Erasm. il - 1. 3 — 2) 1. G), meurt le 10 janvier 1542, soit de la peste (Epist. 52 t. :> ), soit attaqué par des brigands pendant qu'il se rendait à Wittenberg (cf. Foppens, Bibliotheca belgica).

(Vie d'Erasme par M. de Burigi.y. Paris, chez de Bure aîné, M DCC L Vil).

[2j Ee 22 novembre 1519 Jean Suekel part en Danemark pour le paiement île la dot royale. Pour ce voyage il reçoit 300 livres. (Compte de Jehan Micaull du l'11' janvier au 31 décembre 1518).

(3) Baudoin de Lille, bâtard de Philippe le Bon. seigneur de Palais, de Bredam et de Sommelsdyek, lils de Catherine de Tiesferies, lille de Martin il de Richarde de la Planque, né à Lille en K45. Guerroyé en Afrique contre les Infidèles, puis passe chez Louis XI qui le fait vicomte d'Orbec. Revient chez le Duc, fait prisonnier à .Nancy {\'ilC\>, relâché le ::j nov. 1-190, meurt à Bruxelles en 1508, enterré à Palais.

l ue de ses bâtardes, dont on ignore le nom, née d'une dame nommée Marine Maurice, mourut de la peste près de son oncle Philippe, en 1515. sans avoir été mariée.

(Histoire- --généalogique de la Maison de France par le P.Anselme, Paris M DCC XXVI).

mourut de la peste (1).

Pierre revint juste à temps pour voir mourir Jacques de Barbary (2), son fidèle ami. Jacques venait d'achever,

(1) Dum in patria revertitur pestitentia naves invasit. In sua etiam navi, Balduini a Burgundia, fratris sui, fiiia quam ei nobilissima domina M \rina Maurica pepererat, hoc morbi generi correpta obiit.

(Gerardus Noviomagus, loc. cit. p. 164).

(2/ Jacopo de Barbary. — Jamais lieu de naissance ne fut plus discuté que celui de Jacopo de Barbary, dit le Maitre au Caducée ; les uns prétendent qu'il est originaire d'Allemagne, les autres le font contemporain et compatriote de Lucas de Leyde ; ceux-ci veulent qu'il soit né en France, ceux-là que Ferrare soit sa pairie ; enfin les auleurs les plus récents le confondent avec Jacob Walch qui naquit à Nuremberg. La vérité est qu'il naquit à Venise vers 1440, date qu'un tableau signé et portant le millésime de 147 ? rend probable.

Son œuvre de graveur : Saint-Sébastien, Mars et Vénus, Le grand sacrifice à Priape. Les trois suppliciés, Pégase.

Une grande Vue de Venise, gravée sur bois vers ir»00, lui a été attribuée à cause d'un caducée qui est dans le haut de la planche. Cette planche, dont le bois original est au musée Correr à Venise, a subi plusieurs transformations. Le campanile de la Place Saint-Marc apparaît sur les premières épreuves, surmonté d'un toit en bois très bas, qui fut constru t après l'incendie qu'alluma la foudre en 1489. Vers loi 4 les éditeurs qui possédaient a planche originale firent graver à nouveau le toit tel qu'il avait existé aut efois, et, pour rajeunir la pl nche qu'ils entendaient vendre, firent enlever la date de 150''. Enfin, au milieu du XVIIIe siècle, on rétablit tout ce qui avait été enlevé ou modifié. Mais aucune confusion n'est possible entre ces épreuves postérieures et les originales, car de nombreux trous de vers apparaissent sur les estampes obtenues par ce dernier tirage.

Sa manière. — Médiocrement doué du côté de l'imagination, il exécutait une figure isolée mieux qu'une composition Ses personnages sont maigres avec des tètes ou d'une grosseur démesurée, ou d'une petitesse presque ridicule. Son principal mérite consistait à donner à ses t'gures une grâce, et aux attaches des membres une finesse qui, en dépit de grossières incorrections du dessin, révèlent un artiste d* beat, et par ce côté du moins, disciple de l'école qu'inspirèrent Jean BJlini et le Giorgone. Quant à l'exécution matérielle, Jacopo de Barbary étudia beaucoup les procédés d'A. Durer. Son burin fin coupe le cuivre avec précision et netteté et se plie aux exigences de l'art. Sans pouvoir être compté parmi les maîtres, Barbary, à cause du goût de son dessin qui est bien personnel, mérite de prendre rang parmi les artistes secondaires de l'ancienne école vénitienne.

cf. (Histoire de la Gravure par G. Duples=is. — Hachette MDQCCLXXX).

Il — Le supplément au Dictionnaire de Basan (Bruxelles 1721) l'appelle François de Babilonne.

Babilonne (François dej, dit le Maître au Caducée. Plusieurs auteurs l'ont nommé Is. Martin et prétendent qu'il était contemporain d'A. Durer

pour la gouvernante des Pays-Bas, quelques peintures, perdues aujourd'hui : L'arbalétrier, — Saint-Antoine, — un camaïeu représentant les traits d'un seigneur portugais, quand, dans les premiers mois de 1516, il mourut. Cette date nous est connue par l'inventaire des collections de Marguerite, dressé par Mgr de Montrevel et M. de Montbaillon, et qui, à la date du 17 juillet 1516, désigne un certain nombre de toiles comme dues à « feu Maître Jacques de Barbary ».

L'œuvre du Vénitien est assez médiocre : quelques estampes marquées d'une main ou du P bourguignon, une Adoration des Mages, mi-flamande, mi-mantouane, deux femmes nues dans le style de Mabuse, un Saint- Jean à l'étendard, toutes au British Muséum à Londres. On lui attribue souvent les tableaux d'Anvers : Justi Judices et les Quatre Marie, que d'autres donnent à Jean Gossart.

L'année 1516 fut marquée par une importante commande que le roi Charles-Quint fît à Mabuse. Il le chargea de faire le portrait de sa sœur, la princesse Eléonore d'Autriche. Pour ce travail il reçut quarante livres de gros de Flandres, par lettres patentes du 3 avril 1516.

et de Lucas de Leyde On connaît de lui plusieurs sujets de la Sainte Famille, une autre petite estampe représentant Apollou et Diane, et un sacrifice à Priape. Cette pièce est attribuée à Marc-Antoine'.

III. — A l'époque où Durer visita pour la dernière fois Malines, Marguerite d'Autriche lui fit voir son cabinet de tableaux, sa bibliothèque et sa collection d'objets d'art.

« Vendredi, raconte Durer, Madame Marguerite m'a montré t >utes ses belles choses et entre autres ses quarante tableaux à l'huile ; je n'ai rien vu de plus magnifique. J'ai vu encore d'autres bonnes choses de Johanncs et de .Jacques l'Italien. J'ai demandé à Madame le pftit livre de Maître Jacques, mais elle m'a répondu qu'elle l'avait promis à son peintre ».

« Und den Freitag, wis mir Fraù Margareth ill ihr schon ding.darùnter sahe ich bep 40 Kleiner Tafelein fon Oehlfarben, dergleichen ich von K inigkeit ùud gùth darzù nie pesehen hab, do sahe ich nich ander gùt ding von Johannes Jacobs Walchs. Ich bat mein Fraùen ùmb Mastv.r Jicobs Bù'chtern, aber sagt sie botta ihrem Maler zùgesagt ».

Voici les pièces officielles :

7. — Ordonnance de paiement — sur parchemin — un scel de cire vermeille.

Chwrlea, par la Grâce de Dieu, Roy de Castille, de L.éon...., etc., à nos amez et féaulx les chiefs et trésoriés générais commis sur le fait de noz domaines et finances, salut et dilection.

Nous, eu sur ce vostre avis, voulons et vous mandons, par ces présentes, que par notre amé et féal conseiller et receveur général de nos dites finances, Jkhan Mtcault, et des deniers de recepte, vous faictes payer, bailler et délivrer comptant a «9 eh nu de ISauÏM-ug-e peintre, ou à son command pour luy, la somme de quarante livres du pris de quarante gi os de nostre monnoye de Fbmdres, la livre, pour don que lui en avons faict, de grâce espéciale, par ces présentes pour une fois, en récompense de doux tableaux de la pourtraicture au vif de nostre très chière et très amée seul* dame Lyénore d'Austrice, qu'il nous a bailliez et pour aultres menues parties de paintures qu'il nous a faictes à nostre plaisir, et dont ne voulons ici aucune aultre déclaration estre faicte. Auquel nostre receveur général mandons par ces dites présentes, qu'ainsi le face, et par rapportant à ces mesmes présentes, quictance souffisant dudict Jehan de Maubeuge, de la dite somme de quarante livres des pris et monnoye que dessus tant seulement,

Nous, voulions icelle somme être passée et allouée ès comptes et rabatuo de la recepte de nostre dit receveur général, par nos amez et féaux les gens de noz comptes à Lille, ausquels Nous mandons aussi, par cestes, ainsi le faire, sans aucun c< ntredit ou difficulté, car ainsi nous plaist-il nonobstant quelszconques ordonnances, restrictions, rnàndemens ou défïènces à c contraires.

Donné en nostre ville de Bruxelles, le IIIe jour d'Avril, l'an de grâce 15!6 après Pâques et de nostre règne le premier.

Par le Roy, le S* de Montigny, Nicasius; Hackeney, chiefsz ; maistre Jehan Ruffault, trésorier général des Finances, et d'aultres présons.

Signé : Hanneton.

f Archives du Nord Chambre des Comptes à Lille. B. 22". 3, N° 2)

//. — Reçu de Jean Gossart.

Je, dk'han de Manbeiiçe, paintre, confesse avoir reeeu da Jehan Micault, conseiller, receveur général de toutes les finances du Roy de Castille, de Léon, de Grenade, d'Arragon. . . , etc., archiduc d'Austrice. duc de Bourgongne. . ., etc., la somme de

quarante livres du pris de quarante gros, monnoye de Flandres, la livre, pour don que icelluy seigneur Roy, par ses lettres patentes du jour d'huy, daete de ceste, m'en a faict, de grâce espéciale, pour une foiz, en récompense de deux tableaux de la pourtraicture au vif de Madame Léonor, sa seur que je luy ai baillée et pour aultres menues parties de paintures que je luy ai faictes à son plaisir, dont il ne veult déclaration icy estre l'aicte. De laquelle somme de XL livres du pris, et pour la cause que dessus je suis content et bien payé, et en quitte le Roy, son dit receveur général et tous aultres.

Tesmoiugs, le sein manuel de Maistre Charles de la Yerderue secrétaire d'icelluy seigneur Roy, cy nrs à nu, requeste le IIP jour d'Avril l'an mil cinq cens et seize après pâsques.

Signé : Verdeuue.

(Archives départementales. Chambre des Comptes à Lille. B. ?>63 N°

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