CHAPITRE II
Gossart et Philippe de Bourgogne
J. — Philippe de Bourgogne.
Dilettante aimable, joyeux compagnon de roule, spirituel commensal, tel est le protecteur à qui Mabuse va s'attacher. Philippe de Bourgogne, bâtard I de Philippe le Bon, duc de Bourgogne, cl de Marguerite Post, naquit en 1 565 à Bruxelles.
Il y recul une éducation brillante, étudia les langues anciennes, s intéressant à toute chose artistique et littéraire. En I j 7 7 Marie de Bourgogne, archiduchesse d'Autriche et comtesse du Ilainaut. femme de l'archiduc
(I) LliS BATARDS DE PHILIPPE IM Bo\, DUC DE BoUBGOGNE.
I" Corneille, seigneur de Bcvres, gouverneur de Luxembourg, -f- 1552.
li* Philippe, mort jeune.
S' Antoine, seigneur de lièvres,
4" David, cvèquc d'Utrecht.
5° Philippe de Bourçjorjnc.
()° Raphaël de Marcatel, abbé de Saint-Pierre d'Àldenboui'g, -J- Bruges le 3 août 1508.
7' Jean, prévôt de Sainl-Donat à Bruges en I i38. s" Baudoin de Lille.
'•»" Marine, épouse Pionv de Baufremont le 30 septembre 1448. I0- Anne, femme d'Adolphe de Clôve», f l< janvier 1504 et enterrée à
Saint-Dominique de Bruxelles.
II" Irlande, femme de Jean d'Ailly.
1-1° Corneille, femme d'Adrien de Toul'ougcon. 13" Marie, religieuse.
l'r Catherine, femme d'iiumberl de Lugrieulx, 15" M ideleine, femme de Bompar de l'Aage. I fi" M u-guerite.
Extrait de l'Histoire généalogique de la Maison de France par le P. Anselme, augiistin dérhaux, revue par M. du l/ourny, les P. P. Ange et Simplicien carmes déehaux., page :2i>, Paris M DCC XXVK
Maximilieix, l'amena à la cour. L'enfant <!<■ douze ans plut à l'archiduc qui lui enseigna l'arl de la guerre. ( in<| ans plus tard, dans des circonstances terribles, Marguerite <le Bourgogne « étant allée à Bruges, lil la chasse au héron et aultres volages : les cingles de sa selle se débendèrenl et elle tomba à la renverse, par terre. Elle mourut le 27 de Mars étant enceinte du quatriesme enfant, âgée de 25 ans ( h ».
En 1484 « Le dernier jour du mois de Mai s, par un jeudy, leste de l'ascension de Notre Seigneur », l'archiduc, désormais empereur d'Autriche, tint chapitre de la Toison d'Or dans la ville de Bruges : « il fut premièrement créé chevalier dudit ordre par le seigneur de Raves tain, puis, comme chef de l'ordre, esleut douze chevaliers pour les mettre en la place des décédés, se avoir : Pierre de Luxembourg, seigneur de Saint-Paul : Jacques de Savoye, seigneur de Romont : Philippe de Bourgogne, seigneur de Bièvres, etc. (2).
Marie de Bourgogne morte et Maximilien empereur. Philippe s'en alla vivre chez son frère David, p rince évèquc d'Utrecht, mais son caractère indépendant, ses goûts voluptueux et mondains ne s'alliaient pas avec celte Vie ecclésiastique. C'était un charmeur jusqu'au bout des ongles, érudit et brillant causeur, savant, mais d'une science aimable, d'un tempérament passionné et tendre : « QUare non tam amabat quam amabatur, laseiviores enim qUaedam matronae, in tantum eu m, seposita oinni verecundia.deperibant, ut h arum causa l'ère in vitae perieulum incidisset, nisi is qui ci morte m intentaturus putabatur, occisus fuisset. Ea res, et ipsi qui coactus occiderat, et Davicli (Va tri non parum maeroris attulil » (Gérard «le Nimègue '3).
Bientôt David mourut. Philippe alla habiter Bruxelles où il dépensa royalement l'héritage ('■norme qu'il axait reçu de sa sœur Anne de Bourgogne. Chevalier de la Toison d'Or, seigneur de Sommelsdyck, conseiller et
(!) cl'. Annales du l raiuai.it, tome V. (2) Annales «lu Élamaut, V. 13.
(:)) Gei'àrdus Noviomagus : Vita Phiiippi ;i Burgundia. Argentorati Egenolfi (I.V2*\8tràsbourg (I.V>9). (Réimprimé dans les germ. rer. sor'ip. t. III, et dans les Veter. aevi anal. t. 1.)
chambellan (1) de Philippe le Bon, 11 reçut en 1502 le litre d'amiral de la mer et gouverneur de Gueldre et de Zutphen 2). « Praefectus ciri ni rébus maritimis et regiarum ciassium clux constitutus est ». (Gérard de Nimcgue). Mais, après une belle défense de la Gueldre. un échec contre les révoltés à Vuagening le dégoûta des honneurs. Justement la mort du prince survint le 25 septembre 1506, qui lui fournil une occasion : il démissionna, rêvant d'aller
(1) Extrait «l'un manuscrit acheté â la vente de M> de Roovere de Rch semerch, n" I !» t :
« lestai de l'hôtel de Philippe le Bon, duc de Bourgogne, en l'an 141)6 à Bruxelles.
... Philippe le Bastard est un de- 6 chambellans comptez à 36 sols par jour.
(2) Philippe im. Bourgogne homme ue guerbe.
Compte de Charles Leclerc du 22 juillet 1506 au 31 août 15<»'.t.
Folio 13. — A Mcssirc Philippe, bâtard de Bourgogne, seigneur de Blatun, chevalier de l'ordre, conseiller et clmnbcllan du Roi et de 1erehiduc, amiral de la nier, gouverneur et lieutenant général des comtés de Zulphen U duchés de Gueldre, chef el capitaine de 25 hommes d'armes, et [>U archers d'ordonnance, ayant élé naguères en plus grand nombre sous le comte de Nassau, pour les gages de sa compagnie depuis le Ie' mai I5j6 jusqu'au :il janvier 1507 suivant les revues passées au camp devant Wageningen le 22 avril 150'"), et à Arnhem le Pr décembre et le ?8 mars 1507. — 8.970 livres.
Folio 31. — Payements faits durant les mois d'août, septembre cl octobre et novembre 1506 aux gens de guerre, au nombre de 20 combattants à cheval et 3.144 1/2 paris de piétons. Retenus au service du Roi par M essire Philippe, bâtard de Bourgogne, gouverneur et lieutenant général du pags de Gueldre, tant pour le siège mis par lui devant Wageningen que ]>uur les garnisons cludit pays.
Les gens de guerre dont la solde l'ait l'objet de ce chapitre avaient été levés par le Bâtard de Bourgogne dès le 8 juillet 1506.
Les 20 combattants à cheval étaient sous la conduite «le Heindriok, jeune seigneur de Wys — ils étaient payés à raison de S philippus par mois.
Les gens de pied avaient les chefs qui suivent :
Mcssire Andriés Knop, chevalier, commandant 400 piétons allemands. Michel Varewater, écuyer, 2)0 piétons allemands.
LIans Scaffuser, écuyer, 1 r>3 1/2 paies (Luc d'un trait à poudre devant
Wageningen h' 17 septembre 1506.
Laurent van Rchelleberghe, écuyer, 216 piétons, allemands, flamands
cl autres.
Gaspard van Fini, écuyer, 20? piétons.
Jacques Quaetrebbe, 15 piétons.
retrouver son château de Suytbourg, reprendre sa A ie d'indépendance, de s'entourer d'amis, cl de eollationner 1rs œuvres d'art.
11 s'y réunit des hommes d'esprit, biographes, peintres, musiciens et sculpteurs : Gérard de Nimèguc. savant homme du monde, écrivant le latin avec élégance, cl qui lit la biographie de Philippe : Jacques de Barbary, le vénitien, né en 1450. tëgaré dans les Pays-Bas. il avait peint en li7*2. Charles Bembo, qui se trouvait alors comme ambassadeur à la cour de Bourgogne « pour engager Charles le Téméraire à seconder les efforts de Venise contre les Mahométans ». — (cf. Muratori : Bcriptorum rerum italianarum historiae,t.XXIII,p. 1135). Il avait peint aussi plusieurs miniatures pour Prancesco Zio. amateur vénitien, et pour Marguerite d'Autriche.
Il faut croire que c'est à ce moment que Jean Gossart connut Philippe de Bourgogne. Notre peintre était alors à Anvers, il venait de fonder son atelier, y avait reçu quelques ('lèves, devenait déjà célèbre dans le pays. Il esl probable que la demeure du gentilhomme Mécène l'attira.
Toujours est-il (pie le *2(> octobre 1508, partit de Malines un brillant cortège que composaient, avec des suites éclatantes. Philippe de Bourgogne avec Jean Gossart. Jacques de Barbary et Gérard de Nimèguc, le Cardinal de Sainte-Croix, le protonotaire de Melun. le prévôt de
George Stcenberghe, dit Buusmester, 120 picl nia bis-allemands. Sjimon Muldré, 120 piétons bas-allemands.
Jean de Strasbourg, éeuyer, capitaine de 2 • piétons allemands) qui (levaient demeurer près de l'artillerie, soit au siège devant Wagenin;.en. suil pendant les balailles.
Les piétons étaient payés à raison de î florins d'or 'le 28 sols et 2 gros par mois de 30 jours.
Les capitaines comptaient pour '> paies, excepte Knop qui comptait pour Les enseignes, les wiffelaires, litres, tambourins, hallebardiers, les gentilhommes attachés au capitaine et lé clerc «le la compagnie pour
paies chacun.
Le chapelain ne comptait que pour une paie, comme le simple soldat. Le total du chapitre est de 34.708 livres :; s ils ."> .1.
(Extrait «lu « Uapporl sur différentes séries de documents concernant l'histoire de la Belgique et conservés a la Chambre des Comptes, à Lille, par- M. < lachard). - Bruxelles 1841 .
Nantes I et l'archidiacre de Campine, envoyés par Maximilien en mission diplomatique auprès du pape Jules IL
Le but 2 en était assez obscur : « Voyage faict par devers noslre Saincl Père !<' Pape et le collège des Cardinaulx, tant pour l'obéissance de mesdits seigneurs l'archiduc et des pays de par deçà, devers noslre diet Sainct Père le Pape, comme pour aultres grandes matières cl affaires secretz dont n'est besoin icy de faire déclaration ». (Registre X" P \\)~\. loc. cit.!
Il semble (pièces choses secrètes aient été la conclusion contre Venise de In ligue de ('ambrai signée le Kl décembre 15Q8 (3) et machinée par la Régente «les Pays-Las. J'ai découvert à la Bibliothèque Nationale le rapport de Philippe à son retour, et les instructions à lui données ;i son départ. Je les publie à la lin de ce volume. On verra qu elles renferment des renseignements très intéressants sur les discussions au point de vue du droit laïc et ecclésiastique, qui existaient alors entre la cour impériale et la cour Romaine : mais elles ne l'ont aucune mention du but politique que la mission aurait pu avoir.
(!) cf. le Registre N" P 195 I'" ijol \v. Chambre (les Comptes. Archivés «lu Nord k Lille-.
(•>) Toute la question est élucidée par 1rs pièces suivantes : Bibliothèque Nationale de Paris. Manuscrits. (Supplément français 32 M). Nouvelle cote 9010 XI 135 Induits.
Pièce 1. — Numérotée XI. — Instructions données à Philippe, bâtard de Bourgogne, amiral ; François de Melun, prévôt de Saint-Omer ; Luc Me Raynalde, prévôt de Cologne, et Jean de Caslillor, archidiacre de Campine. envoyés par Charles, prince d'Espagne, et l'Empereur Maximilien, son aïeul, à Rome. (Sans date. Copie du XVII* siècle).
Pièce II. — Numérotée X. — Rapport l'ait à l'archiduchesse Marguerite, duchesse douairière de Savoye, a La Haye le 28 juin 1509 par Philippe, bâtard de Bourgogne, et le prévôt de Saint-Omer, de bues négociations à li cour de Rome. — - (Copie du XVII" s.j
(:>) cf. Gachard. — Rapport sur les archives de l'ancienne Chambre des Comptes de Lille, p. 305.
Leglay. — Correspondance de Maximilien et de Marguerite d'Autriche de 1507-1519. — 2 vol. in-8°, Paris 1839.