‹ Jean Gossart de MaubeugeChapitre 32 sur 33 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

Jean Gossart n'a pas été un original. Je dirais, — si ce n'était accoupler deux mots qui s'excluent, — que toute son originalité a été dans son imitation ; et en effet, sa destinée fut d'être perpétuellement placée en face de modèles. Il y a des artistes qui se révèlent sans maîtres, Gainsborough par exemple ; le malheur de Gossart fut d'en avoir trop, de venir après des hommes comme Van Eyck, Memlinc, Van cler Weyden, Metsys. Placé d'abord en face de cette pléiade de devanciers incomparables, il les imite, sincère admirateur de leur art ; puis une nouvelle lumière luit ; il y court, non pas en halluciné comme Frans Floris, mais comme un sage, pour essayer des voies nouvelles.

11 se trouva que cette lumière lui brûla les yeux : Ce qu'il vit dans l'art italien, ce n'est pas son imagination féconde, sa couleur lumineuse, ses femmes harmonieuses et souples, mais la nouveauté de ses sujets, son érudition orgueilleuse, son architecture pseudo-antique, ses mythologies, ses emprunts au paganisme, ses allégories bibliques, ses personnages de la fable, tout ce qui constituait le grave défaut de la Renaissance, tout le bric à brac sonnant faux, ses cnémides d'étain et ses glaives de ferblanc, ses tridents, ses coquillages, ses couronnes, ses guirlandes, attirail ridicule et dépareillé.

11 fut malheureux dans sa tentative, sachons lui gré de l'avoir osée. De tout temps les innovateurs déçus ont été raillés : Ce sont les « arrivistes » qui ont escaladé l'admiration populaire. 11 faut bien dire que les grandes époques ne se sont pas fondées d'un coup, que, si quelquesuns sont montés si haut, c'est sur les épaules de bien des petits qui ont servi d'échelons.

Telle qu elle est, l'œuvre de Gossart est belle. 11 y a des inégalités, il y a des maladresses ; mais à côté nous avons vu des pages de belle inspiration, d'exécution magistrale qui rachètent ces erreurs. Peut-être ne pouvons nous plus l'appeler « Hujus aetatis Appelles » comme Gérard de Nimègue ; cependant, nous pouvons lui garder une belle place clans notre admiration et notre souvenir : Il fut bien près d'être un grand maître.

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