HERCULE ET DÉJANIRE
DATÉ DE l5 I 7
Il n'y a pas à en douter. C'est dans l'ordre plastique et non dans l'ordre sentimental que Mabuse, à l'imitation des antiques, a cherché à réaliser un type nouveau de beauté masculine et de beauté féminine. Trouver l'un de ces types de beauté comparables à l'Hermès de Praxitèle, à l'Aphrodite dite de Médicis ou à l'amazone dite du Vatican, et sur lesquels l'admiration des siècles s'est accordé à tel point que ces chefsd'œuvre ont été copiés et reproduits à l'infini, n'est accordé qu'à un petit nombre d'artistes. Mabuse a ambitionné cette gloire. Osons avouer qu'il ne l'a pas méritée.
Dans le tableau de la collection Cook de Richmond, les personnages debout du tableau de Berlin se retrouvent assis sur un banc de pierre orné d'un bas-relief à la manière antique dans lequel on peut reconnaître un sujet de bataille ou d'enlèvement. Le fond se compose d'une niche demi-circulaire en imitation de marbre surmontée d'une petite corniche. Un attribut nous désigne quelle divinité le peintre a voulu nous montrer. L'homme nu tient dans la main droite une énorme massue. C'est par conséquent Hercule. On en conclut que le second personnage doit être Déjanire.
Hercule et Dêjanire.
(Coll. Sir Fted. Cook, Richmond)
Les formes sont belles et l'exécution admirable. Les modelés sont précis et savoureux. On a une impression de consistance et de force. L'arrangement de ces deux corps nus, placés près l'un de l'autre, et notamment des jambes qui s'entrelacent avec une chasteté suffisante et une adresse extrême nous font connaître quels progrès considérables Mabuse avait faits dans la science de son art et dans les habiletés techniques de sa profession. Ajoutons que la beauté des lignes est remarquable malgré que l'arabesque de Mabuse soit rarement très onduleuse. Les formes sont souples et rebondies, sans sécheresse ni fadeur.
Pourrions- nous cependant reconnaître une déesse et un dieu si les attributs ne nous l'indiquaient?.. Devant l'Hermès de Praxitèle, nul besoin de thyrse ni de pampre, nous nous trouvons en présence d'une beauté surhumaine. Le modèle nu n'a été qu'un point de départ, c'est de l'imagination de l'artiste, de sa foi païenne que la statue a jailli.
Devant l'Hercule de Mabuse, nous sentons que l'artiste n'a pas été soutenu par ces stimulants moraux. Il n'a pas pu se libérer du modèle. Sans doute l'a-t-il, dans une certaine mesure, transfiguré, mais cette mesure a été petite. Il en est de même pour la jeune femme nue. Le dessin n'est pas très inventé. C'est un dessin d'influence classique et qui n'est pas le contraire d'un dessin académique. Que Mabuse ait voulu se libérer, cela se voit par la façon dont Déjanire est assise. Le bizarre enlacement des jambes est plus ingénieux que logique. 11 témoigne d'un désir d'invention plus directement attaché à des détails qu'à la transfiguration et au renouvellement total du sujet.