LES AUTRES COUPLES DE PERSONNAGES NUS
C'est encore par un peu de bizarrerie et quelque chose de tourmenté que le couple nu « Adam et Eve » du château royal de Berlin peut prétendre à l'originalité. Adam, le dos très bombé, est assis, les jambes écartées, sur un tertre, et se penche vers une petite Eve assise sur le sol — se présentant presque entièrement de face par une pose contournée qui fait penser à certains groupes de statues antiques plutôt qu'à un mouvement d'ensemble transposé avec ordre de la nature dans l'art. Un serpent, la gueule ouverte, enroulé à la branche d'un arbre, nous désigne ces personnages comme étant Adam et Eve.
Cette recherche du mouvement théâtral, ce désir d'étonner, ce besoin de faire preuve de science anatomique, de puissance dynamique et de virtuosité d'exécution trouve son expression la plus complète dans le « Hercule et Antée » de la collection Miethke à Vienne, signé et daté de i523.
Hercule nu, les jambes écartées, d'un grand mouvement qui voudrait être furieux, porte à pleins bras son ennemi, la tête en bas, bras et jambes écartés, et se prépare à le jeter à bas. Des architectures Renaissance et un fond de ciel encadrent cette scène qui devrait être tragique et qui nous donne l'impression d'un tour de force pas très réussi. C'est déjà de l'art bolonais. Violences de mouvement, saillies de muscles, étalage d'habiletés.
Rien n'est plus contraire à l'esprit des antiques de la bonne époque que ces étalages de fausse puissance. On pense aux moins bonnes œuvres de l'école de Pergame et l'on constate que Mabuse est encore très inférieur à ces modèles de second ordre.
Adam et Eve.
(Musée de Berlin)