‹ Jean Gossart dit MabuseChapitre 23 sur 58 · LE BÉNÉDICTIN DU LOUVRE · texte numérisé non relu

LE BÉNÉDICTIN DU LOUVRE

N'oublions pas, d'ailleurs, que le Bénédictin du Louvre est daté de 1S26 et que, toutes proportions gardées, — l'un des costumes étant très somptueux et l'autre d'une pauvreté monastique — le portrait du Bénédictin est exécuté avec autant de sérieux, de sobriété, d'attention minutieuse, de science et de force vraie que le Saint- Donatien.

Ce Bénédictin se présente presque de face (comme c'est la coutume de Mabuse), légèrement tourné vers sa droite, le visage complètement rasé, le crâne nu, mais avec une touffe de cheveux châtains presque jaunes qui devaient former la couronne, mais qu'on ne voit qu'au-dessus de l'oreille gauche. Le portrait est coupé par le cadre au-dessous du coude. On ne voit qu'une partie des manches et les deux mains jointes qui se dressent, les doigts presque tout à fait droits dans le geste de la prière. Son vêtement est drapé avec autant de soin et autant de méticulosité que celui du Saint-Luc de Prague, que l'on s'accorde à dater de i5i5. La technique en est aussi soignée, aussi sérieuse, aussi grasse et aussi souple que la technique du Carondelet de i5i7- La main n'a pas changé.

Du point de vue couleur, ce portrait est presque trop grave pour être très séduisant. Peut-être le visage a-t-il perdu

no

de sa fraîcheur à la suite de restaurations. A première vue, il paraît pauvre, mais l'admiration grandit à mesure qu'on le détaille. La robe monastique est sombre mais d'un gris moelleux et drapée avec un soin savant. Les mains, le visage et les lèvres sont d'un rose pâle comme déteint. Les chairs sont de teinte un peu jaune. Les prunelles sont jaunes. C'était un roux, on le sent. C'est le teint d'un roux. Le modelé est simple et prestigieux. Arcades sourcilières, arête du nez, convexité du front et du crâne, pommettes et maxillaires, tout est sobre, vigoureux, puissant et simple. Les mains sont admirables.

Portrait d*un bénédictin (Musée du Louvre, Paris)

Page 1