FONTAINE DE SAINT-MACLOU, A ROUEN
Les artistes célèbres
Ce ne sont pas, au surplus, les portes de la cathédrale que l’on attribue d'ordinaire à notre artiste, mais bien celles de Saint-Maclou. Déjà, nous l’avons vu, Goujon a donné le dessin d’une custode ou ostensoir pour cette église. Il ne peut être question de ressaisir, à trois siècles de date, une pièce d’orfèvrerie. Par contre, les portes du xvie siècle ont été respectées. Elles sont en bois et décorées, sur leur face intérieure, de dessins géométriques disposés avec non moins de goût que de richesse. Mais, c’est la face extérieure, on le conçoit, qui a reçu du maître l’ornementation principale. Ces portes sont au nombre de trois. L’une est placée au transept gauche. Elle est la plus remarquée. La tradition veut qu’elle soit de Jean Goujon. Le décor en est riche, trop riche peut-être. C’est ce qui a tait hésiter Anatole de Montaiglon, un bon juge, à l’attribuer au maître. Cet écrivain ne consent à reconnaître comme authentiques que les deux portes du porche et, de préférence, celle de gauche, la plus petite. Quant à la porte du transept, elle serait une imitation, plus ou moins adroite, de la petite porte du porche. Nous nous rallions volontiers à cette opinion. Le style diffère au transept et trahit l’interprète d’un type initial. Quant aux portes du porche, elles peuvent être, sans crainte, attribuées à Goujon. Je laisse d’ailleurs, à Montaiglon, le soin de les décrire et de nous révéler un détail qui l’a frappé. Ses observations ne sont pas sans crédit. Elles seront faites par tous après lui, mais c’est au fin critique, dont j’invoque le souvenir, qu’appartient la découverte.
« La partie supérieure, écrit Montaiglon, est séparée de l’inférieure par une corniche sur laquelle se dressent cinq statuettes de saints, en haut relief; mais, entre elles, et pour leur servir de fond et de repoussoir, on remarque, aujourd’hui plus qu’autrefois, quatre figures en relief très plat; elles ne sont qu’un remplissage, mais elles ont déjà, et d’une manière très frappante, malgré leur petitesse, le sentiment et la condition presque absolument plate des grandes figures de la Fontaine des Innocents et des bas-reliefs du Louvre. C’était alors une nouveauté et, malgré la différence de dimension, la ressemblance est saisissante. Les deux portes du porche peuvent être du dessin de Jean Goujon, mais la porte gauche est certainement de sa composition ; sa marque y est et saute aux yeux L » L’examen des trois portes de Saint-Maclou justifie pleinement la démarcation que se plaît à faire Montaiglon. Il a, le premier, fixé la chronologie de ces sculptures et gradué l’éloge auquel elles ont droit, avec autant de mesure que de logique.
Jean Goujon a-t-il sculpté lui-même la porte de bois qu’on lui attribue avec tant de certitude ? Rien ne s’opposerait à ce qu’il eût travaillé ces panneaux tant admirés, mais il les a, tout au moins, composés et, selon toute vraisemblance, ils ont été sculptés sous ses yeux.
Est-ce à des ouvrages de cet ordre que Goujon fut redevable du titre d’architecteur, qui lui est officiellement donné dans les comptes de la cathédrale ? Nous ne le pensons pas. De simples ornements, une décoration de porte ou de tombeau ne lui auraient pas valu d’être « architecteur juré » de la ville de Rouen. Goujon a dû construire des édifices dont nous ne songeons pas à lui faire honneur ; il a dû se montrer maître d’œuvre dans toute l’acception du mot, sans quoi nous ne le verrions pas qualifié « tailleur de pierre et
i » Galette des Beaux-Arts , t. XXX, p. 383.
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massün » en i $4 1 . La distinction que nous faisons volontiers, de nos jours, entre un architecte décorateur, comme Yiollet-le-Duc ou Duban, et un architecte constructeur comme Baltard ou Ballu, n’était pas soupçonnée au xvie siècle1.
1. Nous venons d’examiner à nouveau, dans ses détails, la petite porte de Saint-Maclou. Les statuettes de saints, posées directement sur la corniche, ne sont pas au nombre de cinq, comme l’écrit, par inadvertance, Montaiglon; il n’y en a que quatre ; et les figures méplates qui les séparent sont au nombre de trois, alors que Montaiglon en cite quatre. Ajoutons que ces figures, très lisibles sur le fond, très acheve'es, représentent V Automne, YHiver et le Printemps. Cette dernière est d’une élégance exquise. Elle laisse deviner, par sa pose, la fluidité de ses voiles flottants, les naïades de la Fontaine des Nymphes, mais les profils ne sont pas sans quelque sécheresse. Goujon a dessiné et modelé cette figure : il ne l’a pas sculptée dans le bois.
t-RANCE. — SCULPTEURS.
LA DÉPOSITION DE LA CROIX, PAR JEAN GOUJON Pour le jubé de Saint-Germain-l’Auxerrois. ( Musée du Louvre.)