CHAPITEAU CORINTHIEN DE LA TRIBUNE DES ORGUES
(Eglise Saint-Maclou, à Rouen.)
LES ARTISTES CÉLÈBRES
et dont les plis se profilent jusqu’aux pieds du gisant. La disposition de cette draperie n’est pas sans rappeler le bas-relief de Gisors. Toutefois, nous sommes ici en présence d’une ronde bosse. La tête du personnage se présente de profil. La main gauche pose sur le cœur; le bras droit a glissé le long du corps. Les différences sont nombreuses entre les deux œuvres, mais la statue de Louis de Brézé pourrait être, sans témérité, inscrite parmi les compositions de Jean Goujon.
Le tombeau de Georges Ier et de Georges II d’Amboise, également dans la cathédrale de Rouen, ne renferme plus trace du talent de notre artiste. Mais, on y voyait, en i 5q i , la statue de Georges II, alors archevêque de Rouen, neveu et successeur de Georges Ier. Le monument de Georges Ier, antérieur à cette date, comportait la statue à genoux du cardinal, accompagnée d’anges pleurant. Georges II conçut le projet de modifier ce tombeau, en substituant aux figures d’anges sa propre statue, et c’est à Jean Goujon que l’archevêque la demanda. Deville, auquel il faut toujours recourir lorsqu’on veut parler des œuvres d’art de Notre-Dame de Rouen, cite ce paiement inscrit dans les comptes de la fabrique.
« A Jean Goujon, tailleur de pierre et masson, pour faire la teste du prians et sépulture de monseigr et pour parfaire et asseoir icelle en sa place ou elle doibt demourer par le marché de VIe april et par ses quittances, xxx 1% L »
Mais, quelques années s’étaient à peine écoulées que Georges II, à l’exemple de son oncle, était nommé cardinal. Sa statue, en costume d’archevêque, cessa de lui plaire, et dans son testament dicté, paraît-il, la veille de sa mort, le 24 août 1 55o, il inséra la clause suivante :
« Voulions nostre corps estre inhumé en nostre église de Rouen, en la chapelle Nostre- Dame, au lieu et soubz la tombe et sépulture de marbre noir de feu, de bonne mémoire, monseigneur le légat d’Amboise, que Dieu absolve, nostre oncle et prédécesseur, archevesque de ladite, avec telles obsèques et funérailles que sera advisé estre honeste et raisonnables par nos exécuteurs cy après nommez, et pour ce que nostre portreture de priant qui est de présent près celle dudict feu légat nest que en habit d’archevesque, nous voulions que au lieu d'icelle en soyt mise une autre de marbre ou de albastre portant habit de cardinal1 2 . »
C’en était fait de l’œuvre de Goujon. Celui-ci était alors aux ordres du Roi et de Diane de Poitiers; il avait quitté la Normandie, sans retour, et ce ne fut pas lui qui sculpta la seconde statue de Georges II, en costume cardinalice. Qu’est devenu son travail de 1541? Nul ne le sait.
Que faut-il entendre par les « pourtraictz du portail et de la fontaine » mentionnés plus haut dans les comptes de la cathédrale, sinon que Jean Goujon fut appelé à fournir le dessin de Tune des portes de cette église et le plan d’une fontaine voisine, dépendant, sans doute, de l’édifice. Mais, nous manquons d’indication précise qui permette d’identifier le travail de l’artiste.