‹ Jean GoujonChapitre 17 sur 41 · CORNICHE, FRISE, ARCHITRAVE · texte numérisé non relu

CORNICHE, FRISE, ARCHITRAVE

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de ceulx qui ont escrit les plus vieulx exemplaires sur quoy son œuvre a esté imprimée. Si est ce que toutes les autres proportions d’iceulx chapiteaux se concordent : considéré que l’ordre des premières feuilles monte tousiours à vne tierce partie du vaisseau, le second a vne autre, et la volute faict le reste : pour ainsi n’y a de différence sinon ladicte espoisseur du tailloer adioustée plus que le diamètre.

« 11 y en a encores vn autre au cinquantième et vnieme feuillet, dont la lizière figurée au hault du vaisseau surquoy pose le tailloer n’est si grande que des deux autres, et ie l’ay ainsi voulu faire tout exprès, a raison que plusieurs architectes veulent dire que cela luy est donné pour beauté et que le vaisseau en est plus esgayé, memes que les volutes s’en tournent de meilleure grâce. De ma part ie suis bien asseuré que ces chapiteaux sont mesurez comme il faut, parquoy ne m’estendray plus auant a en escrire, ains remettray le surplus au texte de Vitruue, qui peult suffire en cest endroit.

« Toutes les quantités et mesures des chapiteaux Ioniques sont bië côprises dedâs le texte, et n’y ay trouvé aucune erreur: mais bien me semble que la circüuolutiô ou tournoyemët de la volute, autremët Limace, n'est assez clairemët expliquée, a l’occasion de quoy ie ay faict vne figure mesurée de poTct en poïct, par laquelle pourrez cognoistre que noz modernes ont tousiours failly a la faire iusques apresent, veu qu’ilz ne la tournoient en rondeur de Lymace, ains en ouale, et afin de ne frauder personne de sa deue louenge, ie confesse qu’homme ne l’a point faicte selon l’entente de Vitruue, fors Albert Durer paintre qui l’a tournée perfectement bien, et ce que monsieur Philander en a faict en ses annotations latines, a esté pris sur icelluy Albert, mesmes afin de prouuer mon dire, vous trouuerez l’ouale et la plus ronde aux trente sept et trente huitième fueilletz de ce liure, chose qui vous doit contenter.

« I’ay faict aussi vne figure du chapiteau de Corinthe, despouillé de tousenrichissemens, pour monstrer comment il est exprimé dedans le texte de Vitruue, déduisant la grosseur de son vaisseau et l’application du tailloer.

« Encores pour faire plus facilement en congnoisse la saillie de ses cornes, i’en ay bien voulu pourtraire le plant, et le proportionner selon la reigle de Vitruue, mesmement présenter les lignes seruâtes a tirer son arson pour la càbrure du susdict tailloer; et faire veoir de quelle grosseur doit estre la rosace ou fleur d’acanthe, sortant de son mylieu en toutes ses quatre faces. Ladicte ligure est au cinquantième fueillet.

« I’ay pareillement mis vne base soubz ledict chapiteau, pour donner a entëdre que la plinthe ne doit pas excéder la saillie des cornes de son chapiteau : et l’ay formée de membres Doriques, pour autant que ceste la peult seruira toutes colonnes, réservé a l’ionique, et a la grosse Tuscane : mais afin qu’il ne soit trouué que i’aye a faire celle qui appartient a la Corinthienne, ie l’ay bien voulu mettre en grand volume auprès de l’autre, comme vous pourrez veoir en la figure qui est audict cinquantième fueillet.

« La proportion du chapiteau Dorique est bien exprimé dedans le texte de Vitruue, et tous ses membres suffisamment déclarez : mais pour ce qu’vn iour fut communiquée a messire Sébastian Serlio vne figure que i’en auoie faicte, et qu’il trouua que elle estoit bien selon la reigle de l’autheur, si ne se peut-il tenir de dire que le vaisseau de la balance ne deuoit estre tiré d’vn seul poinct, a cause qu’il seroit trop rond, et ne se monstreroit

pas assez doulx, cela me feit accorder a son dire : neantmoins qu’il n’en soit rien dit au texte, et pour oster les lecteurs hors de peine i’en voulu faire toutes les differëces des chapiteaux Doriques lesquelz vous trouuerez aux cinquâte quatre, cinquante cinq, cin¬

quante six, cinquante septième feuilletz de ceste œuure afin que les ouuriers puissent asseoir leur iugemët la dessus, et prëdre celluy qui plus beau leur semblera.

« Au regard de la grosse Tuscane ie l’ay figurée ainsi comme elle est entendue en

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Vitruue : et la pourrez veoir au quarête sixième fueillet, maïs ie ne me veuille arrester a vous déduire les proportions de ses membres, pource qu’elles sont assez amplement spécifiées par nostre autheur.

« Quant est du chapiteau Latin ou composé, ie l’ay faict ainsi que le texte me l’a donné a entendre, excepté que i’ay formé vne de ses moytiez selon l’intelligence de Vitruue, et l’autre ainsi que d’aucuns maistres veulent dire qu’il entendoit, chose que i’ay faicte afin d’en laisser le iugement aux ouuriers, spécialement à ceux qui peuuent entendre l’escriture, et discerner si elle est bien ou mal, quand ilz en verront la figure au quarante et huitième fueillet.

« Les feuilles dont doivent estre enrichiz nos chapiteaux Corinthiens et composez, se trouveront au feuillet quarante neufieme. Celles d’ Acanthe ou Branque Ursine se doiuent appliquer sur iceulx Corinthiens, et celles d’Oliuier, et de Laurier donner aux Latins, autrement composez.

« Considéré que les proportions des cinq ordres des colonnes sont assez manifestement deduittes dedans le texte de Vitruue, il me semble que ce serait superfluité d’en escrire : parquoy ie m’en desisteroy, vous remettant aux figures que i’en ay faictes, lesquelles verrez aux trente quatre et trente cinquième feuilletz, ou pareillement trouuerez leurs piedestalz, bases, chapiteaux, et autres membres qui posent dessus, le tout mesuré selon ce qu’il doit estre.

« En la cornice Dorique figurée au cinquante septième feuillet, ie vous ay mis les quantitez, afin que la puissiez entendre, parce qu’elle n’est de prime face entendible, mesmement en ce qui concerne les proportions qui se doiuent garder pour asseoir les Tryglyphes et Metopes; mais ie pense que mon trauail vous pourra ayder en cela.

« le vous ay semblablement pourtraict un frontispice dorique, lequel est au feuillet cinquante deuxieme, et est ainsi faict certainement comme il est entendu en Vitruue: spécialement la frize que i’ay faicte de ce mesme ordre, afin que prenez garde a la quantité des Metopes et Tryglyphes. D’auantage les petits piedestalz que les Grecs nomment Acrotères, situez sur le frontispice, sont selon la réglé de Vitruue, qui veult que ceulx des extremitez n’ayant en haulteur sinon la moytié de l’arc du platfons du tympan : mais que celluy de dessus la poincte, ayt vne huitième partie de plus, et aussi l’ay ie faict ainsi.

« Maintenant vous conuient entendre que les cornices, frizes et architraves que i’ay faict tant de l’ordre Tuscan, que du Dorique, Ionique, Corinthien et composé, lesquelz vous trouverez deuant les passages ou notre autheur en parle, ont tous leurs mëbres proportionez selon le contenu de son texte : car ie n’ay en aucuns lieux abuzé de licence voluntaire ; mais encores vous veuil ie bien aduiser que toutes les proportions des cornices prouiennent et se tirent des architraves : et entre autres choses la face ou lizière estant au mylieu d’iceulx architraves, correspond à vne des faces de ladicte cornice ou les dentelures sont figurées et taillées : chose qu’il fault bien observer, encores qu’en aucunes cornices il y ait par foys des mausoles ou consolateurs : et en ce cas est requis prendre garde que l’on n’y face des dentelures ou canaulx, car ce seroit directement contreuenir aux préceptes de notre Vitruue, qui le défend expressément.

PROPORTIONS DU CORPS DE l’hOMME, d’aPRES VITRUVE.

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« Les formes de toutes icelles cornices ont esté par moy mises en grand volume, afin que les ouuriers puissent facilement prendre dessus les grandeurs et grosseurs dont ilz pourront avoir afaire ; et semblablement leurs saillies, mesmes à ce que l’on puisse trouver sans grande peine que mes figures se conforment au texte.

« Il n’est ia besoing d’escrire des entrecolonnes, considéré que nostre autheur en a dict tout ce qu’il fault, pour planter au deuoir toutes colonnes selon les cinq ordres de bastimens, tant sur les frontz, que deuers les costez, au moyen de quoy chacun pourra bien aysement congnoistre comment se doit conduire l’ordre dont il se voudra seruir.

« Au regard des portaulx, ouuertures ou lumières, mon aduis est que le texte de Vitruue n’est gueres facile a entendre, mesmement en ce qu’il dict estre conuenable que l’architraue, frize et cornice doiuent pencher de certaine quantité : et pourtant i’en ay bien voulu faire une figure, laquelle vous trouuerez au feuillet quarante deuxième, et seruira pour vous donner a entendre le texte ; mais il fault bien que celluy qui en vouldra faire son proffit, et mettre la main à l’œuure, ne soit ignorant de perspective : autrement il ne fera chose qui soit bonne, si ce n’est par accident, et non par art.

« Pour les proportions du corps de l’homme, vous en aurez suffisante déclaration dedans le texte aux feuilletz vingt sept, vingt huyt et vingt neuf, ou vous trouuerez les figures que i’en ay faictes correspondantes a l’intêtion de l’autheur; parquoy n’en repeteray autre chose, pour autant que le langage superflu est ennuyeux a toutes gens de bon entendement. »

Cela dit, Jean Goujon prend congé de son lecteur. Il le fait avec une bonne grâce et une modestie toutes particulières. On comprend que l’écrivain qui parle ainsi de luimême ait été empressé de recourir aux lumières d’un homme tel que Serlio, dont la haute maîtrise lui imposait :

« Or, vous ay-je escrit ce que j’ai entendu des membres d’architecture selon les règles de Vitruue, et que Dieu m’en a donné l’intelligence. Toutesfois, je supplie estre excusé si aucune chose se treuve oubliée : mais, Dieu aydant, vous me treuverez avoir suivy la vraye intention de Vitruue, et aux lieux auxquels il a esté mal entendu par aucuns maistres, ie l’ay bien voulu donner à entendre et déclarer selon que mon petit et débile entendement l’a peu congnoistre et comprendre. »

Ainsi s’est exprimé Jean Goujon, dans le seul écrit qu’il nous ait laissé. Ces pages sont une œuvre de savoir et de bonne foi. L’aridité de certains passages atteste la conscience de l’écrivain, désireux d’instruire son lecteur. L’artiste témoigne en même temps de son application à bien saisir la pensée de Vitruve et à l’exposer avec clarté. Ce « salut d’un studieux d’architecture » a donc une importance exceptionnelle, et par l’homme qui l’a tracé, et par le soin qu’il a su mettre à l’exposition de la doctrine d'un Ancien.

L’écrit de Jean Goujon ne passa point inaperçu. Ses contemporains lui surent gré de ce commentaire éloquent, offert aux lecteurs du Vitruve de Jean Martin. Et, lorsqu’en i 556 parut, à Toulouse, VEpitome ou extrait abrégé des dix livres d' architecture de Marc Vitruve Pollion, édité par Jan Gardet, Bourbonnais, et Dominique Bertin, Parisien,

ceux-ci rendirent hommage à la science et au renom de Jean Goujon, en des termes qu’il nous est interdit d’oublier :

« Quant à la pourtraiture de Vitruve, est-il dit dans l’Avertissement des éditeurs, elle s’est perdue par l’iniure du tems, au grand dommage et préiudice des ouuriers. Lesquels

ont été secourus en ce défaut, premièrement par Ioconde, puis par quelques Italiens de bon sçauoir, consequemment par Ian Gouion, sculpteur et architecte de grand bruit. »

Ce témoignage nous est la preuve de la célébrité du maître, alors qu’il travaillait aux sculptures du Louvre. N’avait-il pas, précédemment à 1 5 56, laissé des traces de son génie à la Fontaine des Nymphes, à l’hôtel Carnavalet et au château d’Anet ?

FRANCE. — SCULPTEURS

SOUBASSEMENT DE LA FONTAINE DES INNOCENTS, PAR JEAN GOUJON. [Autrefois sur 'la façade de la rue aux Fers et actuellement au Musée du Louvre.)

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