CHAPITRE PREMIER
GISORS ET ROUEN (i5oo? — 1542)
De l'origine normande de Goujon. — Le cadavre sculpté de l’église de Gisors. — Les tombeaux de
Louis de Brézé et de Georges II d’Amboise à la cathédrale de Rouen. — La tribune des orgues et
les portes de l’église de Saint-Maclou.
Jean Goujon doit être originaire de Normandie. Les historiens de cette province, dès le milieu du dix-septième siècle, rapprochent volontiers son nom de celui de Poussin, revendiquant les deux maîtres pour leurs compatriotes. Ce n’est là, sans doute, qu’une indication, mais nous devons en tenir compte. A une époque récente, M. Léchaudey d’Anisy, membre de la Société des Antiquaires de Normandie, a voulu serrer de plus près la question. Il a tenté de désigner le lieu de naissance de l'artiste'. Ses déductions ont paru plus spécieuses que solides, et l’un de ses collègues, M. Mancel, n’a pas tardé à réfuter le travail de M. Léchaudey1 2. Ces études contradictoires, publiées dans le même recueil, démontrent le peu de fondement des découvertes relatives au berceau de Goujon. Léon de la Sicotière, mort en ces dernières années sénateur de l’Orne, s’était, dès 1 85 3 , attaché à ce point d’histoire. Nulle preuve que le sculpteur soit né à Alençon, à Séez, à Saint- Laurent de Condéel, à Rouen ou sur tout autre point de la terre normande3 4.
Cependant, c’est en Normandie, et non pas à Paris, comme on l’a trop souvent écrit, que doit être cherché le lieu natal du maître. Les biographes qui ont fait de Goujon un Parisien se sont référés aux Briefs éloges des Hommes illustres, sorte de placard in-folio, paru en 1604, avec des portraits et de courtes notices rédigées par Michel Angevin. Chose surprenante, Goujon n’est ni représenté, ni même nommé sur cette feuille, d'ailleurs très rare, et à laquelle on a trop souvent fait allusion sans l’avoir vue. L’unique sculpteur, dont parle Michel, est Germain Pilon. Au surplus, un homme se rattache à une contrée par la naissance ou par l’adoption. Goujon fût-il qualifié Parisien, dans un écrit de son époque, il resterait à savoir si ses longs travaux à Saint-Germain-l’Auxerrois, à la Fontaine des Nymphes, et surtout au Louvre, n’auraient pas suffi pour que ses contemporains vissent en lui un citoyen de Paris h
Ce sont également ses travaux de Rouen, et aussi le bas-relief allégorique de la Mort , conservé dans l’église de Gisors, longtemps attribué au maître, qui inclinent à tenir Goujon pour Normand. Les sculptures exécutées par lui sur terre normande sont les plus anciennes; il est permis d’y voir, sinon les premiers ouvrages de l’artiste, tout au moins les œuvres qui ouvrent l’éclatante série de ses créations durables d’Ecouen, d’Anet et de Paris. Si Jean Goujon se révèle à nous, dans les sculptures de Rouen, comme étant déjà en possession de tout son talent, on peut cependant admettre que sa maturité est
1. Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, année. i85o, t. XVII, p. 102-106.