Archives de l'Art français, t. II, p. 35o
4. Voyc\ Anatole de Montaiglon, Galette des Beaux -Arts, 2" période, t. XXX, p. 379-381.
d’époque récente, car il donnera plus tard des preuves de souplesse et de grâce qui distanceront ses sculptures de Notre-Dame et de Saint-Maclou.
Vers quelle date le sculpteur est-il né ? Nous parlons plus haut de i5ioet de i52o. Aucune pièce ne peut être fournie à l’appui de ces millésimes. M. Deville, dans son précieux ouvrage sur les Tombeaux de la cathédrale de Rouen , cite deux paiements faits à Jean Goujon en 1541, à l’occasion desquels l’artiste est qualifié « maistre ». Ce titre laisse supposer que le sculpteur a dépassé l’âge de la jeunesse L En outre, le bas-relief de l’église de Gisors porte une date, 026 1 2. Si cette œuvre était de la main de Goujon, comme Millin l’a pensé, notre artiste serait nécessairement né vers l’année i5oo. C’est, d’ailleurs, l’opinion de Longpérier qui place la naissance du sculpteur a au commencement du xvie siècle » 3 4 5. Acceptons cette hypothèse ; elle n’a rien que de vraisemblable.
On connaît les Monuments français de Millin . L’un des chapitres de cet important ouvrage a pour sujet : « Ville et château de Gisors ». C’est au cours de cette monographie que l’auteur, décrivant l’une des chapelles de l’église, dédiée à saint Clair, s’exprime ainsi : « On voit, sous le vitrail de cette chapelle, un superbe bas-relief de Jean Goujon, le premier sculpteur célèbre, à qui la France ait donné le jour * . Ce bas-relief est sur une pierre d’environ cinq pieds de long sur près de deux pieds de large ; elle est enclavée dans le mur et taillée en évier. La sculpture représente un cadavre presque décharné, et sur lequel toute l’anatomie extérieure du corps humain est parfaitement rendue; la tête, qui exprime la douleur, est d’une vérité frappante. Ce bas-relief a été coloré, mais par un artiste qui n’a pas gâté la sculpture, en sorte que cela ajoute encore à l’illusion3 ».
Millin ajoute que cet ouvrage, lorsqu’il le vit, avait beaucoup souffert. Des enfants y gravaient volontiers leur nom à la pointe d’un couteau. Toutefois, l’œuvre était encore assez belle pour que l’historien souhaitât qu’elle fût transportée à Paris. L’auteur donne ensuite le texte de deux vers latins et de deux vers français, inscrits au-dessous du bas-relief, et accompagnés de cette mention :
Je fus en ce lieu mis L'an quinze cent vingt-six.
Millin fait plus que de décrire la sculpture qui l’occupe, il en donne une reproduction gravée ; mais le bas-relief subsiste encore, nous n’avons donc pas besoin du secours de l’estampe pour en parler. Le personnage est étendu sur une dalle. Il est nu. Le linceul, d’étoffe légère, qui laisse à découvert tout le torse, entoure les reins, se développe en plis sans ressauts sur la dalle funèbre, puis, formant banderole, passe sur la jambe gauche et se dérobe sous la jambe droite. L’extrémité de la draperie, discrètement ramenée sous les
1. Les Tombeaux de la cathédrale de Rouen , par A. Deville. Rouen, 1 833 , in-8°, p. 126.