CHAPITRE VIII
PARIS ( 1 55o)
Palais du Louvre. — Les Cariatides.
es beaux colosses, et les plus grands du royaume, par le marché fait en i55oavec Goujon, le 5 septembre, coûtèrent sept cent trente-sept livres tournois, à raison de quarante-six livres pour un modèle de plâtre qu’on lui fit faire, et de quatrevingts écus soleil pour chaque ligure1 ». Ainsi s’exprime Sauvai, au sujet des cariatides du Louvre. Ce texte est d’une haute importance. Il établit l’authenticité des quatre figures monumentales, sculptées par le maître pour la salle dite des « Antiques », dans des proportions plus grandes que nature. En effet, chaque cariatide mesure près de trois mètres. Clarac s’est donné la peine de rechercher ce que pouvait représenter, en monnaie de notre temps, la somme allouée à Jean Goujon, et son calcul lui permet d’avancer que chacune des quatre cariatides, en pierre de Trossy, valut à son auteur la somme modeste de 58o francs, non compris les 33 i francs que l’artiste reçut pour son modèle, qu’il dut reprendre deux fois, le jet des draperies n’étant pas identique sur les cariatides de gauche et sur celles de droite 2 .
Jean Goujon s’est affranchi de tout ressouvenir du bas-relief; il aborde résolument la ronde-bosse. Ses statues persiques sont isolées, et le spectateur peut les étudier sous toutes leurs faces. Or, de quelque point de station qu’elles soient observées, cesfières captives ne cessent pas de charmer l’esprit le plus exigeant par leur élégance et leur force. Disons, sans plus tarder, que les cariatides de Jean Goujon sont du sexe féminin.
Le maître, constant interprète de la grâce, incline à faire de la femme son modèle favori. Faudra-t-il l’en blâmer ici? Non. Les cariatides de la salle du Louvre ne suppor-