Musée de sculpture, t. I, p
LES ARTISTES CÉLÈBRES
tent qu'un fardeau léger. La tribune ajourée qu’elles soutiennent n’est pas de nature à
fatiguer leur corps; l’artiste pouvait donc, sans crainte, appeler à son aide quatre femmes de Caryes, lorsqu’il eut résolu de substituer, aux colonnes accoutumées, des figures humaines pour maintenir à hauteur le frêle balcon que lui-même avait sans doute dessiné.
Debout, droites, entièrement drapées dans leurs robes de lin, qui épousent la forme de leurs corps sans en rien cacher, les quatre captives portent, sur leur tête, un voile aux plis épais, comme pour amortir le contact du chapiteau, dont le gorgerin se confond avec leur chevelure; et les extrémités de ce voile, habilement traitées, tombent sur leurs épaules, sans masquer le cou qu’elles rendent plus solide en augmentant son volume. Les grands yeux blancs de ces belles condamnées, largement ouverts, semblent dirigés vers le ciel avec une expression suppliante. Leur vêtement se déroule en légères cannelures jusqu’à leurs pieds robustes, bien posés sur le sol, et dont le fin modelé avertit le spectateur que ces statues-colonnes sont des êtres doués de vie. Sur les hanches de chacune des cariatides est jetée une sorte d’écharpe, nouée sur le devant de la statue. Les plis de cette draperie ne suivent pas une ligne absolument horizontale; ils penchent avec symétrie sur la hanche droite de deux figures et sur la hanche gauche des deux autres. Ce seul détail différencie d’une manière sensible les cariatides placées vers l’une des extrémités de la tribune et celles qui occupent les points opposés.
On a blâmé plus d’une fois l’effet de cette draperie, le nœud qui la fixe formant un ressaut dans le modelé général, d’un caractère très sobre et très méplat. Assurément, Goujon eût pu se dispenser de cet appendice; mais il ne faut pas oublier que, la plupart du temps, dans les cariatides, l’artiste se borne à sculpter un torse humain, et le motif se termine par une gaine. Une draperie, placée horizontalement, devient alors indispensable pour bien marquer le point où prend fin la forme vivante, où commence le fût rectangulaire qui n’est, en somme, qu’un membre d’architecture nettement avoué. Goujon ayant pris le parti de ne rien esquiver dans l’exécution de ses captives, dont il a voulu faire des femmes posant sur leurs pieds, il lui eût été facile d’ajouter à leur aspect de force et d'élégance par les plis ininterrompus du voile et de la tunique. S’il ne l’a pas fait, c’est