‹ Jean GoujonChapitre 27 sur 41 · ÉTAMPES · texte numérisé non relu

ÉTAMPES

Emprisonnement de Jean Goujon.

ous l’avons dit, l’existence du maître qui nous occupe n’est pas connue, et voilà qu’en ces dernières années, un érudit, M. Henri Stein, a eu la bonne fortune de découvrir un document, d’une nature étrange, sur Jean Goujon. D’après la pièce mise au jour par M. Stein, et qui n’est autre chose qu’un arrêt d’élargissement provisoire, l’artiste a été enfermé au cours de l’année i 5 5 5 , sinon plus tôt, sur l’ordre du bailli d’Étampes. Si invraisemblable que puisse paraître le fait, il demeure indéniable. Nous aurions voulu qu’il fût possible de voir, dans le prisonnier d’Étampes, un homonyme du maître; mais la qualification de « sculteur du Roy au Louvre » ne laisse pas place au doute. C’est bien le maître, ami de Pierre Lescot, auteur de la Fontaine des Nymphes et des sculptures d’Anet, que le bailli d’Étampes a fait appréhender. N’avons-nous pas vu que Jean Goujon travaille au Louvre depuis i55o?

C’est du moins à cette date que remonte le marché des Cariatides. Il est vrai que les paiements faits au statuaire, et connus de nous, ne se rattachent qu’aux années i 5 5 5 à i5Ô2; mais rien ne prouve que le temps ait respecté tous les livres de comptes. Il serait surprenant que Goujon, ami de Pierre Lescot, lié par sa signature pour un travail du plus haut intérêt, dès i55o, se fût éloigné des chantiers du Louvre durant cinq années.

Quoi qu’il en soit, Diane de Poitiers recevait en i 5 5 3 , de son royal amant, le titre de duchesse d’Étampes qui s’ajoutait, pour elle, à celui de duchesse de Valentinois, et une élégante demeure, dite Maison de Diane de Poitiers, s’élevait à Etampes en 1554. Ce millésime est encore lisible sur le cartouche de l’une des fenêtres de la cour. Ce que nous pouvons voir aujourd’hui de la construction primitive et de ses ornements n’autorise pas à les attribuer à Jean Goujon. Mais la présence du maître à Étampes, au moment même où s’élevait la Maison de Diane, ne pouvant être l'objet d’une discussion, nous avons le droit de penser que le sculpteur d’Anet fut sans doute appelé pour décorer l’habitation dont la ville d’Étampes se proposait de faire hommage à la favorite.

FRANCE. — SCULPTEURS

8o le;s artistes célèbres

Voici, d’ailleurs, le texte de l’arrêt de la Cour de Paris :

« Du vingt-septiesme jour de septembre l’an 1 5 5 5 , en la Tournelle criminelle du Conseil, où estoient Messieurs.

a Veue par la Court la requeste à elle présentée par Jehan Goujon, sculteur du Roy au Louvre, prisonnier, appelant en ladite Court de l’emprisonnement faict de sa personne par ordonnance du bailli d’Etampes ou son lieutenant, par laquelle requeste et pour les causes y contenues, il requéroit estre élargy par tout à tout le moins, en faisant les submissions en tel cas requises et accoustumées; oy sur ce le procureur général du Roy, lequel, après avoir veu ce qui auroit esté faict à l’encontre dudict Goujon, n’auroit voullu empescher icelluy Goujon estre eslargy; et, tout considéré, la Court a ordonné et ordonne ledict Jehan Goujon estre élargy et l’élargist, par ceste ville et faulxbourgs de Paris, seullement jusques au dict jour que sur ladicte cause d’appel sera plaidoyé en icelle Court, en faisant par lui les submissions en tel cas requises et accoustumées, élisant domicilie en ceste dicte ville de Paris, et baillant caution, ledict procureur général du Roy présent ou appellé, de se représenter et rendre en l’estât qu’il est audict jour, sur peine de perdicion de cause et d’estre attaint et convaincu des cas à luy imposéz, et à la charge de faire dedans troys jours, signifier ce présent arrest aux parties adverses, si aucunes y a, ou à leur procureur, sur peine d’estre privé et déboutté de l’effect et contenu d’iceluy.

« Séguier, Du Drac L »

Cette pièce, conservée aux Archives nationales, fonds du Parlement criminel, nous révèle que le lieutenant du bailli d’Etampes, après avoir fait appréhender Goujon, a permis qu’il fût conduit à Paris. Là, le prisonnier « eslisant domicilie en ceste dicte ville de Paris et baillant caution » est provisoirement élargi, « à la charge de faire, dedans troys jours, signifier le présent arrest aux parties adverses. » Les Archives nationales, pas plus que les Archives du baillage d’Etampes, n’ont livré de pièce initiale faisant connaître la nature du délit pour lequel Goujon fut emprisonné. Les « parties adverses » qui ont fait condamner l’artiste se dérobent à notre curiosité.

Jean Goujon, huguenot, est-il, dans la circonstance, victime d’une persécution? S’agit-il d’une simple dette? Nous serions tenté de le penser, car le sculpteur, remis en liberté provisoire le 27 septembre 1 5 5 5 , reçoit, à quelque temps de là, une somme de 56o livres pour ses travaux au Louvre. Pierre Lescot a donc immédiatement rappelé son ami dans le chantier placé sous sa direction? Mais nous pensons que Pierre Lescot dut être plus jaloux de s’assurer la collaboration du maître sculpteur, un instant retenu loin de Paris, que de procurer au prisonnier de la veille des ressources pécuniaires dont peut-être, au surplus, celui-ci n’avait nul besoin.

ï. Jean Goujon et la Maison de Diane de Poitiers à Etampes. Paris, H. Laurens, 1890. In-8° de !7lpages(p. î3),

Composition présumée de Jean Goujon.

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